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Y después?

Y después?

André Péloquin
7 août 2010

Le 22 juillet dernier, Guillaume Déziel, gérant de la formation électro jazz Misteur Valaire, révélait à Philippe Papineau du Devoir que les internautes déboursaient 2,61 $ en moyenne pour télécharger le plus récent disque du groupe.

2,61 $!

Après une opération promotionnelle efficace, après un lancement qui tenait du « happening », après des critiques chaleureuses, après un vidéoclip « featuring » Bran Van 3000 et une fuckin’» équipe de baseball mexicaine (est-ce que Bernard Adamus ou Pierre Lapointe ont une équipe de baseball mexicaine dans leurs clips, eux? Bon! C’est ce que je croyais)!

2 dollars et 61 sous, bordel!

Et ça, c’est quand le consommateur paie pour!

Déziel confiait aussi qu’en date du 14 juillet, 64 % des mélomanes ont « downloadés » l’œuvre gratuitement. Si Misteur Valaire ne dépendait que des ventes sur le Web pour financer ses projets, les membres du collectif devraient probablement « coacher » une équipe de baseball mexicaine pour joindre les deux bouts.

Bref, des mois après la mise en marché de Golden Bombay, la question se pose : et puis après?

Si les porte-étendards d’un nouveau modèle économique local sur le Web se font 2,61 $ par téléchargements, est-ce que ça vaut vraiment la peine de donner sa musique ou, du moins, de laisser le mélomane mettre un prix sur son art? Artistes et acteurs de la scène émergente se prononcent sur le sujet (et je vais sûrement faire d’autres jokes d’équipe de baseball mexicaine au passage, les Expos me manquent faut croire).

Le risque de la découverte

Lorsqu’on lui demande pourquoi des artistes de tout acabit offrent la possibilité aux mélomanes de déterminer le coût du téléchargement de l’album, Pierre B. Gourde, conseiller en communications et stratège numérique qui a autant bossé en France qu’au Québec, n’hésite pas : « C’est toujours une question de découverte  et, dans un contexte de crise économique, c’est parfois “difficile” pour un consommateur de payer pour une découverte ! », ajoute celui qui a autant collaboré avec des étiquettes indépendantes à la Indica qu’avec de « gros joueurs » comme Universal. « Prends Marie-Pierre Arthur, par exemple », poursuit-il en faisant référence à l’offre de téléchargement gratuit de l’album d’Arthur, paru en 2009. « Elle est établie, mais pas tant que ça. On s’entend que ce n’est pas Radiohead ! Si un consommateur n’a pas déjà acheté son disque, il ne l’achètera pas maintenant. » Derrière ce « don », se cache, bien sûr, une stratégie.

« Offrir ton album en téléchargement gratuit peut faire en sorte que tu te ramasses avec deux, trois spectateurs de plus dans tes shows ou, encore, que des personnes achètent finalement ton CD après l’avoir découvert en ligne. » En plus d’offrir aux consommateurs la chance de fixer un prix à un disque, les artistes et leur entourage offrent la musique, la rend de plus en plus disponible à des fins de consommation. « C’est ce que je privilégiais chez Indica », confie Pierre. « Je voulais qu’on retrouve une version « streaming » de l’album de l’artiste sur le site du label, sur sa page personnelle, sur SoundCloud, etc. » En offrant toute une panoplie de moyens pour avoir accès à la musique de l’artiste, on évite ainsi que le consommateur soit tenté d’emprunter certains « raccourcis ». « Afin d’éviter que le consommateur ne télécharge illégalement, on lui fournit un maximum de moyens de découvrir cet album et même de l’acheter en ligne. » Cette stratégie ne se limite évidemment pas qu’à l’industrie de la musique. « Un autre exemple : un ami me faisait remarquer dernièrement que la série Mad Men n’était pas disponible en « streaming » au Canada. Il télécharge donc les nouveaux épisodes illégalement pour répondre à sa propre demande. C’est à l’industrie culturelle de permettre aux consommateurs d’avoir accès à leurs produits. » Bien vu, mais quand ces produits sont achetés 2,61 $ par unité, est-ce que ça vaut VRAIMENT la peine?

2,61 $ et plus…

Lorsqu’on aborde le fameux 2,61 $ que rapporte, en moyenne, chaque téléchargement de Golden Bombay, Pierre est immuable. « Je demeure fan de ce modèle », tranche-t-il. « Ça demeure une moyenne… et elle ne tient pas compte des ventes en magasin à coups de 10-15 $. » Selon Gourde, la possibilité de « négocier » le prix de vente de l’œuvre peut aussi faire en sorte qu’un consommateur va privilégier cet achat si on lui donne le choix entre deux œuvres de qualités égales. Après tout, 2,61 $, c’est toujours mieux que rien, un téléchargement illégal ou une bonne vieille claque su’ a yeule ! « Mieux encore, ce 2,61 $ peut aussi faire en sorte que ce même consommateur va acheter des billets de concert en plus de se procurer de la marchandise à l’image de l’artiste », renchérit Gourde. Définitivement, 2,61 $, c’est vraiment mieux qu’une claque su’ a yeule. Parlez-en à Caribou…

« Je suis un grand consommateur de vinyles », confie Pierre. « J’en consomme souvent APRÈS avoir écouté un album en ligne. Prends Andora de Caribou, par exemple. Lorsque je l’ai vu chez un disquaire, je me suis lancé dessus, même si j’étais venu acheter un autre truc, parce que je l’avais écouté en ligne et que j’avais adoré ça, je savais déjà que c’était un bon achat. Caribou est d’ailleurs sur SoundCloud. Il a compris, lui! »

Créer, c’est investir…

Pour jongler une fois de plus avec ce montant symbolique, est-ce que télécharger Golden Bombay à 2,61 $ est un achat « au rabais »? Est-ce que Misteur Valaire dévalorise leurs efforts en permettant qu’on appose ce montant à leur œuvre? Pierre Gourde ne bronche pas. « Un album, après tout, c’est un investissement », muse-t-il. « T’as un artiste qui va l’écrire et le composer chez lui gratuitement. Puis, il achète du temps en studio pour l’enregistrer, puis c’est la mise en marché, etc. Puis il le met en vente dans l’espoir de rembourser ses frais et de faire un profit pour en vivre. C’est clair que donner son album n’est pas un modèle d’affaires viable à long terme, mais ça demeure une belle vitrine pour l’exposer, surtout lorsqu’il est question d’une première œuvre ou d’un musicien qui débute. Encore là, il faut avoir une stratégie de promotion derrière. » Un plan que le groupe indie pop Sally Paradise suit présentement, d’ailleurs.

Le cas Paradise…

Interviewée il y a quelque mois, alors que son groupe se préparait à lancer un premier maxi, Catherine Debard affirmait que L’Ascension du Mont Shing serait vendue qu’en boutique et lors de concerts afin de remettre une œuvre « physique » aux mélomanes. « On était un peu utopique dans notre façon d’aborder ce disque », confie-t-elle lorsqu’elle revient sur l’expérience. En juin dernier, elle annonçait qu’elle offrait finalement le EP en téléchargement libre. « C’était la seule solution pour qu’il soit diffusé », ajoute-t-elle. Une fois de plus, la question se pose : et puis après? « Plusieurs personnes ont téléchargé le EP, mais on ne constate pas encore qu’il y a vraiment plus de gens à nos spectacles », avance la chanteuse. « On a aussi ajouté un bouton “Paypal” pour permettre aux gens de « payer» le disque s’ils le veulent à l’aide d’un don, mais encore là, on ne constate pas vraiment de retombées concrètes ». Quel genre de retombées? « La musique est une passion. Notre objectif n’est pas de « faire du cash » avec ce disque, mais on croit tout de même que tout ce temps et cet investissement doivent être rémunérés, mais, pour ce faire, le disque doit aussi circuler. »

À défaut de rapporter, L’Ascension du Mont Shing est maintenant une chouette vitrine pour le trio. « Offrir le disque en téléchargement gratuit nous a tout de même permis de créer des liens avec des bands avec qui on a ensuite joué en shows. »  Une vitrine qui a aussi des airs de carte postale. « On a aussi parlé de nous sur des blogues. Comme pour plusieurs autres, les blogues me permettent aussi de découvrir de la nouvelle musique. On a donc contacté des blogueurs qu’on aimait bien. Ceux-ci ont bien répondu. »

Ces jours-ci, le trio prépare sa troisième participation au festival Pop Montréal. Il planche aussi sur son premier album. Une œuvre qui sera plus dansante que planante. Sally Paradise ne sait toujours pas si elle répétera l’expérience « gratuite » pour ce disque à venir.

Pour terminer, une citation de Pierre B. Gourde : « Je ne crois pas que ça dévalue l’art. On pourrait dire que ça l’amène ailleurs, même. C’est une œuvre d’art et un produit qu’on peut monétiser sur un maximum de plates-formes : en magasin, en ligne, comme fond sonore de pubs, de séries télé et web, etc. Suffit d’utiliser une stratégie efficace. »

Un autre qui utilise une stratégie efficace : Alfredo Aceves, lanceur né au Mexique et jouant au sein des Yankees de New York. Son talent et sa flexibilité (le gars est réputé pour la précision de ses lancers) ont contribué à la conquête de la Série mondiale de 2009 de son équipe. ÇA c’est de la métaphore musicosportive à saveur mexicaine!

myspace.com/sallyparadiseeuh

Blogue de Pierre B. Gourde

2 commentaires
  • [...] This post was mentioned on Twitter by Émilie L.Pratte, BangBang. BangBang said: Y después?: Le 22 juillet dernier, Guillaume Déziel, gérant de la formation électro jazz Misteur Valaire, révélait… http://bit.ly/aIrW0L [...]

  • Pistov
    12 août 2010

    Ce qui semble être le plus payant en ces temps modernes c’est l’achat de pièce à l’unité, toujours la quête du hit.

    Ce qui me chicote depuis Napster et toute cette révolution de l’industrie musicale c’est la chose suivante. Comment ce fait-il qu’à l’époque, les radio-cassette se vendaient avec deux slotes, une pour lire et l’autre avec un bouton REC? On se copiait allègrement les Rap Traxx de Polytel sur cassette audio sans remords. Le CD et son graveur sont toute venus scraper avec la bonne conscience.

    Il faudrait que Misteur Valaire fasse des pochettes sexy à la Beyoncé pour vendre oubien de se faire classer country pour percer les tablettes du Jean Coutu.

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