BangBang : bangbangblog.com

Reportages et entrevues

The Barr Brothers : avec diligence... modérée

The Barr Brothers : avec diligence… modérée

Julie Ledoux
17 octobre 2011

Ce ne sont pas que deux frères unis par la musique, ces Barr Brothers. C’est une histoire d’amour, un studio dans une chaufferie, des amis, des déménagements entre Boston, New York et Montréal, des transitions et des coups de cœur musicaux. Tout en poésie, en folk et en blues, The Barr Brothers (re)présentent leur premier disque, homonyme.

Au départ, il y avait Brad et Andrew. Ils jouaient de la musique. Ils formaient The Slip (avec Marc Friedman). Puis, il y a eu cet incendie, au bar le Swimming, en 2004. Il y eut la rencontre d’Andrew et Meghan sur le trottoir, pendant que les pompiers s’affairaient à éteindre le brasier. Andrew est déménagé à Montréal et a suivi Brad, l’année suivante, alors que ce dernier devait initialement déménager à New York. « On joue ensemble depuis toujours, tout le temps. Ça aurait été trop difficile de rester seul aux États-Unis. » De Providence, au Rhode Island, jusqu’à Montréal, le destin musical des frère Barr a été provoqué par de nombreuses rencontres fortuites.

Derrière Brad et Andrew, se cachent la harpiste Sarah Pagé et le multi-instrumentiste Andrés Vial. L’histoire de la rencontre de Sarah et Brad s’est répandue à un point tel qu’une petite vidéo l’expliquant fût tournée :

Brad en parle encore du bout des lèvres : « Je me sens bizarre d’avoir fait ce vidéo-là, c’est gênant! C’était une époque où j’écrivais beaucoup. J’essayais de trouver ma voie, ici, ou peut-être de ne pas la trouver, je ne sais pas. En fait, c’était une bonne période pour écrire, avec ce sentiment d’instabilité, de ne pas me sentir à ma place. », raconte celui qui arrivait tout juste à Montréal, en 2005.

Puis, la découverte de leur futur studio, aménagé à même une ancienne chaufferie au pied du Mont-Royal, amena le groupe à expérimenter, avant d’enregistrer ce premier album, tous ensemble. « C’est un genre d’oubliettes. Il y a un long couloir et notre pièce était celle qu’il ne fallait pas regarder, au bout du couloir. Un genre de débarras ! Nous avons ajouté des murs, arrangé le tout. Maintenant, on partage l’endroit, on expérimente. Nous n’avions pas d’expérience en tant que réalisateurs ou ingénieurs de son. Nous avons vraiment appris par nous-mêmes, sur le tas! », lance Brad Barr, incrédule.

En a résulté un produit fini oscillant entre le folk, le blues et le rock. Leur rencontre avec le blues, ils la doivent à leur oncle, Ted Barr, résident de l’Oregon. Le clin d’œil fait à ce dernier, est peint dans l’interprétation que les Barr Brothers font de la pièce Lord, I Just Can’t Keep from Crying, de Blind Willie Johnson, présente sur leur album homonyme. « C’est un peintre, ainsi qu’un super joueur de guitare et de blues. C’est un genre d’ermite et c’est lui qui nous a ouvert au blues et à la musique de Blind Willie Johnson. Il m’a guidé vers un chemin qui a influencé notre musique. Et puis, nous aimons beaucoup jouer des pièces plus heavy, hard et bluesy, précise Brad. J’ai toujours eu le sentiment qu’il y avait du blues dans la vie. Je ne veux pas prétendre que je suis un musicien noir du sud des États-Unis qui vit du blues, mais je crois que le blues est beaucoup de choses, vit dans beaucoup d’éléments de la vie », conclut celui qui compose le squelette de la majorité des chansons du groupe.

Avec une harpiste et un multi-instrumentiste dans le groupe, la qualité technique et sonore des pièces des Barr Brothers est grandement augmentée. « Sans leur instinct musical, mes chansons ne seraient que des pièces à jouer dans ma chambre, sans public, rappelle Brad. Parfois, je vois la chanson d’une manière et mon frère la voit d’une autre. Et, en bout de ligne, je finis par écrire une toute nouvelle chanson, à force d’en discuter et de jouer avec Andrew! »

L’intérêt des Barr Brothers pour les petites vidéos a continué de se manifester, l’hiver dernier, alors que le groupe tentait de trouver une maison de disques prête à les héberger.

Après une première rencontre infructueuse avec Secret City Records, le groupe allait opter pour l’auto-financement avec l’aide de la plateforme Kickstarter. « Après la rencontre, nous étions déçu, c’est sûr. Nous voulions sortir un peu de la recherche constante de label, de faire le tour des showcases. Nous avons fait ce petit film, Royal Moutain Master Blues, pour résumer notre processus. En fait, c’était une vidéo destinée à Kickstarter, pour financer la production. Finalement, nous n’avons pas eu à le faire mais c’était très drôle à tourner! »

Secret City Records est finalement venu les repêcher, permettant ainsi au groupe de rééditer leur premier disque, tout en réenregistrant la pièce Ooh, Belle « car nous voulions lui donner un meilleur traitement, avec une meilleur fidélité. Elle méritait mieux que ce que nous lui avions fait auparavant. »

Leur histoire s’est tout de même bien terminée, sans braquage de train, ni heurts majeurs, et sans décès… ou presque. « Lhasa de Sela était une amie, mais surtout une bonne amie de Sarah. Je l’ai rencontrée dans sa cuisine, sans savoir qui elle était et à quel point c’était une artiste formidable, raconte Brad Barr. J’ai écrit la chanson Cloud (for Lhasa) en pensant à elle et j’ai toujours voulu la lui chanter. Je l’ai composée juste avant son décès, sans savoir qu’elle était malade. Je ne l’avais pas vue depuis plusieurs mois. C’est un peu un conte pour enfant qui rappelle la façon dont nous la voyions. »

Ainsi, parmi les compositions originales et les emprunts, The Barr Brothers ont créé un univers qui leur correspondait, à la hauteur de leur imagination. Une création qui rend Brad Barr particulièrement fier : « J’ai vraiment confiance en ce groupe-là et en notre musique. Quand nous jouons ensemble, il y a un sentiment de confort et de facilité qui se dégage. Il n’y a rien de forçant. »

The Barr Brothers seront en spectacle ce mardi 18 octobre, à Latulipe, à Montréal. The Low Anthem ouvrira le bal de la soirée qui débute à 20h30.

barrbrothers.com

Crédit photo : Andre Guerette

2 commentaires