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Shebam! Pow! Blop! Wizz!

Shebam! Pow! Blop! Wizz!

André Péloquin
30 décembre 2010

En cette fin de troisième période de 2010, les médias croulent sous les palmarès en tout genre, portraits de personnages de l’année et autres efforts de recyclage. En attendant mon « top 20 » de l’année (quelle torture!), je bosse sur mon bilan 2010 (bonjour la psychanalyse!). Comme d’habitude, je me suis égaré et je me suis finalement retrouvé en 1996. « Nom de Zeus! »

Parce qu’avant le marché du travail, y’avait le secondaire. Avant Rosemont, y’avait Sorel. Avant la musique « underground »? Y’avait la BD! Parce qu’avant Paul à Québec, Paul-sur-une tablette-de-chocolat et Paul-le-film-produit-par-Karine-« Mature »-Vanasse, y’avait vraiment des figurines de Kitty Pride et de Nightcrawler dans ma bibliothèque. Zik locale et X-Men. Y’aurait-il un lien? Tentons le coup…

Alors que la pop québécoise a regagné ses lettres de noblesse à l’aide d’Ariane Moffatt, Pierre Lapointe ou encore Cœur de Pirate, le comic book, un autre produit culturel issu de la culture populaire, demeure « marginal ».

On parle beaucoup de la BD d’auteur au Québec, mais quand est-il des bonnes vieilles histoires de bons et de méchants qui se tapochent sur la ‘yeule au nom de la veuve et de l’orphelin? J’en jase avec Benoit Mercier et Simon Chénier, animateurs de l’émission de radio Les Mystérieux Étonnants.

Les Mystérieux quoi?

Hebdomadaire diffusée à CHOQ.FM depuis cinq ans, Les Mystérieux Étonnants se veut une émission (et un blogue, et une web télé) axés sur la culture geek qui tente d’unir les deux solitudes : les fans de comic books, de jeux vidéo et de cinéma de genres… et les autres. « C’est un dérapage contrôlé », précise Mercier. Diplômé en communications qui abhorre autant le format « conventionnel » du média que la discussion de sous-sol ou les « insides » fusent, Benoit tente surtout de « demeurer accessible sans prendre les gens pour des caves! » Mais si les geeks ne sont pas caves, qui sont-ils? D’où viennent-ils? De formidables robots des temps nouveaux !?

« Les geeks sont toujours représentés comme des gens qui n’ont pas de vie », déplore Chénier. « Des geeks, c’est des passionnés, des gens qui adorent les concepts », ajoute Mercier. « C’est la même chose du côté des sports avec les trucs à la « Guy Lafleur contre j’sais-pas-qui-parce-que-je-ne-connais-pas-les-noms! C’est la même effervescence.»

Punkers et geeks, même combat?

Si j’ai tenté, de façon assez nébuleuse merci, de lier la musique pop aux « comic books » et ses dérivés, Mercier, lui, se rapproche davantage de l’étique DIY si cher aux artistes punk. Malgré ses ambitions (trouver du financement pour vivre de son projet), Benoit n’est pas prêt à se plier à n’importe quelles demandes. « Ce milieu ne m’intéresse pas dans la forme qu’il a actuellement », clame l’animateur qui privilégie le Web aux médias conventionnels.  « Je me vois bosser que sur un projet à moi et entouré de gens qui sont vrais. Cette fameuse recette d’amener une vedette dans le lot que pour de la visibilité ; c’est trop mince. Ce n’est pas très subtil. On nous mettrait sûrement une pitoune qui va se contenter de lire un résumé sur Wikipédia dix minutes avant et qui s’en fout. » En attendant, Mercier finance le projet à l’air  d’une jobine et d’une marge de crédit.

« Ma job est purement alimentaire », confie le geek qui peut passer jusqu’à 30 heures par semaine à préparer son émission. « J’fais ça uniquement parce que j’ai l’impression que ça va nous mener quelque part.  Que ça va rapporter un petit peu. Assez pour laisser ce travail par la suite. » Un rêve qui n’est pas si fou lorsqu’on s’attarde aux retombées de la culture geek chez nos colocs du Sud.

Une culture de geek$

« Big Bang Theory », un sitcom tournant autour d’un quatuor de scientifiques geeky, attire, en moyenne, plus de 13 millions de téléspectateurs par épisode. Les films inspirés du comic book « Iron Man » ont rapporté des camions remplis de millions de dollars et de diamants. Le magazine Wired rapportait en octobre dernier que les ventes de Thinkgeek, une boutique en ligne se spécialisant en cossins de nerds, tournaient autour de 50M$ en 2009. Bien que le phénomène demeure « parallèle » ici, de récentes percées locales, couvertes par l’équipe des Étonnants d’ailleurs, laissent présager le meilleur pour la gent à « barniques ». Bref, « C’est dans la zeitgeist! », pour reprendre les dires de Simon Chénier.

Ainsi, Cameron Stewart, un artiste canadien qui habite Montréal depuis peu, remportait, en juillet dernier un Eisner Award, les Oscars de la BD, pour sa série numérique « Sin Titulo ». Au même moment, Yanick Paquette, un dessinateur québécois, a autant prêté sa plume à Batman qu’à Wolverine et compagnie. Patrice Désilets, un ‘tit gars de St-Jean-sur-Richelieu, a créé les jeux vidéo « Prince of Persia : The Sands Of Time », « Metal Gear Solid 4 » et « Assassin’s Creed ». Des Québécois qui réussissent à l’étranger et on n’en entend pas parler ad nauseam? Kossé ça !?

« C’est gens-là existent ici, mais personne n’en parle vraiment! », s’exclame Mercier. « Personne n’a vraiment flairé la bonne affaire ici. Peut-être aussi parce que c’est plus propice à la culture anglophone ou parce que la plupart des producteurs de contenu sont des têtes grises qui pensent que ça va n’intéresser personne. Mais, pourtant, y’a un nombre incalculable de sujets à couvrir… »

En attendant que les Mystérieux Étonnants percent à leur tour, j’attends toujours « ze » comic book qui unira les cultures geek et populaire: « The Punisher rencontre le personnage de Vincent Bolduc dans Les Pieds dans le vide ».

mysterieuxetonnants.com
Image : Yanick Paquette
12 commentaires
  • Mickaël B
    4 janvier 2011

    Je lance cette piste: n’est-ce pas dû en bonne partie à la barrière de la langue? Le monde geek est principalement en anglais, que ce soit les comics et le cinéma de genre ou l’informatique.

    Il y a peu de contenu francophone, ce qui doit freiner l’envie d’un gros média d’embarquer là-dedans. C’est un cercle vicieux, mais quand même là.

    En plus de la langue, la BD et les jeux vidéos, même si c’est démontré depuis longtemps que ce n’est pas nécessairement que pour les enfants ou les ados, ce n’est pas encore pris au sérieux pas la majorité. Alan Moore demeure encore inconnu de la majorité des gens et la majorité de ceux qui savent maintenant c’est qui, c’est grâce aux adaptations cinématographiques. Idem pour Frank Miller. Ce sont pourtant des monstres dans le domaine.

    Beenox transforme le centre-ville de Québec en immense jeu vidéo et à part les médias de Québec, ça en a à peine parlé. Tsé, c’est juste un jeu (sic).

  • Benoit M
    4 janvier 2011

    Nous avons pas mal les mêmes théories sur le sujet Mickaël. Tu as souligné de bons points. Je crois aussi par contre qu’il existe une forme de snobisme de la part des médias conventionnels et possiblement une crainte de ne pas se faire prendre au sérieux.

    Même s’il a des auteurs qui partagent leur temps entre l’écriture de romans et les comics, comme Neil Gaiman et Brand Melzer, ici j’ai l’impression qu’on ne sait tout simplement pas comment aborder cette sphère culturelle.

  • Ed.Hardcore
    5 janvier 2011

    Trouves-moé un dessinateur trippant pis m’as t’en écrire de la bédé autre que Paul va s’acheter des kotex…

  • André Péloquin
    5 janvier 2011

    On s’éloigne du sujet là, là…

    Hulk qui devient un vampire, c’est la pire idée au monde. http://marvel.com/images/gallery/character/1011360/images_featuring_red_hulk/image/776192

    Plus sérieusement, je trouve ça « amusant » que la chronique a été mis en ligne le même jour que la fameuse sortie de Mali IIse Paquin sur Cyberpresse (http://blogues.cyberpresse.ca/paquin/2011/01/04/chers-quebecois/?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_bloguesaccueilcp_BO3_accueil_ECRAN1POS15). Je cite: « Se croyant “petits”, les Québécois s’auto-glorifient pour se prouver qu’ils existent. Par exemple, ils adorent, je répète, ADORENT se faire dire à quel point leurs artistes et athlètes brillent à l’étranger. »

    C’t'encore drôle. On a une sacrée bande de geeks qui bottent des culs aux quatre coins du monde et la couverture médiatique locale est quasi nulle. Y’a pas juste Pierre Lapointe dans l’vie!

  • Pistov
    5 janvier 2011

    Monsieur Net à Mplus débroussaille pas mal de son coté, jeux vidéo du moin.

  • André Péloquin
    5 janvier 2011

    T’as raison et c’est, si je me rappelle bien, la seconde production locale de M+ qui a le plus de cotes d’écoute. Ça laisse songeur, hein…

  • Mickaël B
    5 janvier 2011

    Hulk en vampire. Franchement, aucun vampire n’arriverait à le mordre!

  • Benoit M
    5 janvier 2011

    Hulk en vampire n’est qu’une histoire parmi tant d’autres. Que dire de Archie versus Punisher ou Muhammed Ali versus Superman

  • Etienne Dubuc
    8 janvier 2011

    M.Net est surtout la seule émission qui passe à travers les refonte de programmation de M+. C’est pas peu dire.

  • Mickaël B
    10 janvier 2011

    Juste pour dire que bien que j’avais déjà vu passer votre nom d’émission, chers Mystérieux, mais je ne m’étais jamais attardé sur votre site. Pis c’est ben dommage, car je l’aime ben.

  • Benoit M
    11 janvier 2011

    Merci Michael. On y travaille très fort, sens toi bien alaise de passer le mot ;)

    Benoit

  • [...] année et demie a passé depuis notre premier entretien avec le collectif. L’eau a coulé à flots sous les ponts [...]

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