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Reportages et entrevues

Retour sur le Pouzza Fest 2013 avec Hélène McKoy : Rien que du bon

Retour sur le Pouzza Fest 2013 avec Hélène McKoy : Rien que du bon

Marc-André Savard
13 juin 2013

Ça prend du temps pour se remettre du Pouzza. Oui, il ne suffit que d’une douche pour se débarrasser des miettes de hot dogs dans la barbe. Oui, une brassée de foncée vient facilement à bout des taches de bière et de sueur sur un gilet pas de manche. Par contre, l’esprit de communauté qui émane du festival reste imprégné bien des jours après que les amplis soient débranchés…Deux semaines après le festival punk le plus gentil et Viens-ici-mon-chum-que-j’te-pogne-par-le-cou-et-qu’on-r’vole-comme-en secondaire-4, on a fait le point avec Hélène McKoy, la cofondatrice du festival.

Bangbang: Première question toute simple: Es-tu remise?

Hélène McKoy: Oui, mais ça a pris au moins une bonne semaine…

BB: Qu’est-ce qui est le plus épuisant dans un festival comme ça?

HM: De travailler aussi fort pendant un an sur un projet drainant pis de tout le vivre en trois jours. C’est full adrénaline, on mange pas ou mal, on dort pas, on est sur le stress… Pendant le festival, je dors avec mon téléphone sur moi. Je me dis que quelqu’un peut appeler pour me dire qu’il attend un band à l’aéroport pis qu’il est pas là!

BB: Et c’est suivi d’un petit deuil par la suite?

HM: Le jour où on va se dire qu’on le fait p’us, ça va être terrible, mais on confirme déjà une 4e édition. Y a pas tant de deuil que l’excitation de recommencer l’année suivante. En plus, on a le Pouzza Pelouzza en septembre et on travaille sur un nouveau projet dans Hochelaga-Maisonneuve à la fin septembre aussi…

BB: Un nouveau projet musical?

HM: . Ça mélange arts visuels et musique, mais pas nécessairement du punk rock. C’est en lien avec la Ville et les Promenades Hochelaga-Maisonneuve. On vit dans le quartier et on y travaille, alors ça faisait longtemps qu’on voulait y faire de quoi. On va annoncer ça bientôt…

BB: Ben hâte d’en savoir plus! Pour revenir au Pouzza, le bilan est positif?

HM: C’est vraiment notre édition la mieux préparée et la mieux organisée. On a ajusté notre système par rapport à l’an passé et je pense qu’on a trouvé quelque chose qui fonctionne…

Ce qui manque présentement à notre festival, c’est de l’aide des instances gouvernementales. On est appuyé par rien pantoute! Zéro! On fait de l’argent avec la vente des passes…pis tsé, on en fait pas pantoute [rire]. Pour l’année prochaine, on est déjà entré en contact avec la Ville, le Quartier des spectacles et Tourisme Montréal. Il faut commencer à rentrer là-dedans si on veut que le festival puisse continuer à vivre, parce qu’on peut pas continuer comme ça, on a besoin de monde…Surtout que cette année, c’était du stock!

BB: En effet, vous avez atteint le nombre incroyable de 252 groupes. Sentez-vous que vous avez atteint un plafond?

HM: Je pense que oui, mais on a augmenté le nombre de salles à 12, plus une scène extérieure. Faites le calcul, faut les remplir avec des groupes ces salles-là! Pendant le festival, ça change pas grand chose à notre organisation, mais c’est avant que c’est beaucoup trop de job (contrats, avions, chambres d’hôtels). Juste pour les programmes, on a enlevé les photos des groupes parce que c’était l’enfer à gérer!

BB: C’est quoi, 1000 personnes à loger?

HM: Exactement. Et à nourrir. Et ces personnes sont aussi des fans. Elles vont rester pendant les trois jours et voir des shows. Faut tout rentrer ça en ligne de compte.

Dès la première année du Pouzza, on s’est donné comme objectif de bien traiter les bands. On s’est dit qu’en traitant les artistes super bien, le mot allait se passer. Quand il y a un fuck avec une chambre d’hôtel ou n’importe quoi, on s’excuse pis on donne une bouteille de rhum pis tout est correct. Des 252 bands, je peux même pas en trouver un qui m’a fait chier ou qui a fait de l’attitude et je les ai pas mal tous rencontrés…C’est vraiment une belle scène.

BB: Tu disais que l’édition 2014 est déjà en branle. Des noms à annoncer?

HM: Non, mais les bands qui ne pouvaient pas en 2013, on s’essaye pour 2014. On s’est rendu compte aussi qu’on commence à avoir des incontournables qu’on devrait avoir à chaque année. Quasiment des mascottes! Brendan Kelly est le plus grand fan du Pouzza. Il a twitté pendant le festival qu’il aurait aimé avoir enregistré un nouvel album pour être au festival. Joey Cape aussi. Il a joué tout seul la première année, avec Lagwagon l’an passé et Me First and the Gimme Gimmes cette année…

BB: L’an passé, le festival se déroulait dans un climat social extrêmement tendu, en pleine manifestation étudiante, mais il y avait beaucoup moins de groupes. Cette année, le centre-ville était plus calme, mais il y avait beaucoup plus de groupes. Qu’est-ce qui est le plus stressant?

HM: Je ne reprendrais JAMAIS le climat social de l’an passé. Sans joke, je l’ai porté mon carré rouge, j’allais avec mes casseroles, j’appuyais, mais le dimanche, après la grosse journée de samedi où il y eu des émeutes et des feux sur St-Denis, ça tentait juste p’us au monde de venir et le festival en a fait les frais. Le concept du festival, c’est de se rendre d’une salle à l’autre et là, le concept était fourré ben raide…En même temps, il y avait quand même une énergie et une fébrilité. C’était cool…mais pas pour des organisateurs [rire].

BB: De quoi es-tu le plus fière cette année?

HM: Je dirais la scène extérieure. J’adore le fait qu’on casse l’image du punk rock avec une scène familiale. Ça crée vraiment des rencontres impromptues. Y a Vic Ruggiero [chanteur des Slackers] qui a fait un show pis tout de suite avant, il y avait Coeur de Pirate, pis il est tombé sous le charme. Je dirais aussi tous les shows secrets. C’est vraiment un highlight du festival.

BB: Je pense à Dead To Me qui ont donné trois shows en à peine 24 heures. Ils étaient en feu!

HM: Oui, eux, ils sont vraiment des crinqués. Ian, le drummer, est resté plusieurs jours après. On l’a croisé pas loin du bureau pis il disait que c’est pas un band qui joue souvent ensemble, fait qu’ils se sont gâtés!

Y a aussi American Steel, un de mes bands préférés qui jouait cette année et j’ai pas eu le temps d’en profiter. Après le show, je leur ai demandé si ça leur tentait de faire un autre show: «Tsé, vous avez fait tout ce trajet-là pour 30 minutes? Come on!». Moi, Hugo, Sam, qui était le production manager, on allait voir les bands qu’on pensait qui seraient cool en show secret pis on les gossait…La plupart des bands me disent qu’ils sont fatigués, mais il y en a que tu as le feeling que le show a tellement bien été qu’ils en veulent plus.

BB: Il y a en quelque sorte 2 grandes écoles au punk rock. Le côté plus communautaire et gentil qui veut changer le système de l’intérieur et le côté subversif qui veut détruire ce système. Vous penchez clairement pour le premier style et, cette année, on le sentait vraiment. Il y avait plus de bands acoustiques…

L’an passé, y avait d’autre staff qui faisait du booking avec des bands plus «méchants», mais cette année, on a travaillé avec Jonathan Juneau de Sick Scene Booking, qui a un côté avoué pour le emo 90.

Hugo [Mudie, l’autre fondateur du Pouzza] voulait donner une direction artistique avec des bands qui ont du pur plaisir…Pas de bands qui jouent et disent: «Ostie de festival de sellouts avec une banderole de Musique Plus». C’est vraiment pas nous. Quand on me le demande, je dis que c’est punk à cause des valeurs environnementales, le sentiment de communauté, l’égalité et le respect.

BB: Malgré tout, la police est venue arrêter le spectacle acoustique de Greg Rekus sur la terrasse des Katacombes…

HM: Hish, je savais pas. J’ai reçu un courriel du SPVM après le festival pour dire qu’il y avait eu des rassemblements de musiciens dans les ruelles…C’était pas nous qui était derrière ça (à la grosseur qu’on a, on pouvait pas se permettre d’enfreindre des lois). La SPVM nous a dit que les policiers se sont tout de suite rendus compte que c’était festif et amical, mais que ça prenait un permis et qu’il y avait de la bière dans la ruelle… On peut dire ce qu’on veut, mais le SPVM a été très cool. Peut-être que l’image de la police est à redorer depuis l’année passée, je sais pas si ça a pu jouer…

Le Pouzza Fest sera de retour pour une nouvelle édition, en mai 2014. Préparez-vous mentalement.

www.pouzzafest.com

Sur la photo : Hélène McKoy et Hugo Mudie

Crédit photo: Pénélope Plante

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