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Reportages et entrevuesPolipe : Casser la voixStéfane Campbell5 octobre 2009
Souvent taxée de nostalgique dû à ses inclinaisons progressives, la pop amphétaminée de Polipe en est pourtant une qui est bien de son temps. Avec un premier album complet sous le bras – Tropiques du Cancer, disponible le 13 octobre – et prêt à émerger après quelques mois de silence, le trio de Saint-Antoine-de-Tilly n’a rien perdu de la fougue qui les caractérise sur scène et bonifiée d’une trame plus éclatée que jamais. « Idéalement, je crois qu’on cherche à créer quelque chose d’intemporel.» indique le bassiste Francis Lafleur. « À la base, c’est des harmonies, une ligne vocale marquée, une pop qui va dans tous les sens. » Effectivement, ce qui frappe d’emblée à l’écoute de la proposition du groupe demeure les vocalises mises au premier plan et qui portent généralement la mélodie à bout de bras : « Ça prend beaucoup de place. Sur quatre heures de pratiques, on fait au moins deux heures acoustiques pour pratiquer les harmonies vocales. » Et bien que jadis, le groupe s’en remettait jusqu’ici aux élans vocaux de Antoine Tardif pour l’essentiel du travail, voilà qu’on départage aujourd’hui la tâche plus librement : « Quand on a fait les Francouvertes (où ils atteignirent les demi-finales de l’édition 2008), les spectateurs nous donnaient leurs commentaires et c’est quelque chose qui revenait constamment : d’exploiter les autres voix en lead. On avait déjà en tête de la faire, mais ça a confirmé nos doutes », explique Lafleur, tout en précisant que les vocalises sont au service de la pièce et non l’inverse : « Ce sont les chansons qui en bénéficient au final. » Une démarche qui semble reposer beaucoup plus sur l’instinct du musicien qu’un calcul avancé : « Il s’agit vraiment de poser les paroles, de sentir que j’ai la gorge bien déployée quand je les chante. Ça peut dépendre du texte, si je ne me sens pas à l’aise à chanter telles ou telles paroles, ça paraît tout de suite. » Et les foutues références aux années 70, est-ce que ça finit par peser lourd? « C’est certain que j’en écoute beaucoup, mais je veux avant tout que ça sonne récent. Et puis les références à Genesis n’ont tout simplement pas rapport, je n’y vois rien de commun avec ce que l’on fait. Je considère qu’on est très modernes, on écoute autant Michael Jackson, les Flaming Lips, Fleet Foxes et Malajube que les Beatles. C’est un peu le résultat de tout ça » Une musique à la croisée des époques qui a tout de même le souci d’accrocher l’auditeur. « C’est certain qu’on essaie de ne pas perdre l’auditeur – au même titre qu’on veut faire de la pop sans compromis. J’aime les gros hits à la « Purple Haze », « Roxanne » ou « Billie Jean », je voudrais arriver à quelque chose de gros comme ça. Mais ce n’est pas comme si c’était quelque chose qu’on pouvait calculer. Un résultat sur album qui se sera d’ailleurs fait attendre un tant soit peu, quelque deux années suivant la parution du premier et unique EP. « Disons que c’est parce qu’on remet à demain ce qu’on pourrait faire aujourd’hui », lance-t-il à la blague. Mais plus sérieusement, le manque de financement et, bien sûr, le souci de bien faire les choses auront eu le dessus sur le quelconque désir à sortir un album à tout prix sans être heureux du résultat – « sans être certain que les voix allaient être comme nous le voulions. » Reconnu pour ses prestations enflammées sur les planches, le groupe a ainsi opté pour la forte tendance actuelle à opter pour les premières prises en studio et enregistrées live. Sans overdub, sans métronome. C’est donc après des heures et des heures de pratique qu’ils ont finalement couché le tout sur maquette. Sur lesdites heures de pratique, Tardif nous assure : «Je tripe autant à jouer ça acoustique dans un champ, ce que je fais souvent. C’est vraiment l’idéal pour pratiquer mon chant. Et les voisins sont tous avertis… » En concert le 13 octobre au Lion D’Or (lancement montréalais de Tropiques du cancer), le 16 au Cercle (lancement québécois avec Navet Confit).
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L'abominable homme des cons
Simon Jodoin 26 août 2010
L’état de la chanson francophone au Québec : Je dis bullshit madame.« L’état de la chanson française au pays, en cette ère de la mondialisation »… C’était les mots, graves et pesants, prononcés par Céline Galipeau au téléjournal, pour introduire un reportage de Catherine Kovacs et France Dauphin. C’était en juin dernier, rediffusé au début de cette semaine. « En cette ère de mondialisation… ». J’ai monté le son du téléviseur. Ce n’est pas bien, ça, la mondialisation. Et si vous mettez « chanson française » et « mondialisation » dans la même phrase, ça donne un effet tragique, ça fait craindre : vous allez voir, à la fin, le gros méchant va manger le petit gentil. Et il n’y aura pas de deuxième chance. Après, c’est la fin, pas de suite la semaine prochaine. J’aime la tragédie alors j’ai monté le son que je vous disais.
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