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Reportages et entrevues

Mononc’ Serge : le doigt sur le bobo

Mononc’ Serge : le doigt sur le bobo

Julie Ledoux
1 décembre 2011

Trois après Musique Barbare, avec Anonymus, et cinq après Serge Blanc d’Amérique, Serge Robert, alias Mononc’ Serge, revient avec un nouvel album, Ça, c’est d’la femme!, qui porte à 9 le nombre de disques produits par l’oncle préféré des Québécois. Rencontre à la Pizzeria Hochelaga avec un bonze du rock trash québécois.

C’est en 2009 que l’idée du nouvel album a germé dans l’esprit de Serge Robert, mais l’écriture de Ça, c’est d’la femme! s’est envolée début 2010 : « J’ai commencé à monter ça tranquillement à l’été 2009 quand j’ai rencontré Peter Paul. Il voulait avoir un projet où il pourrait faire des musiques. », raconte le Mononc’. « Il m’envoyait des musiques et moi, j’écrivais des paroles dessus. C’était assez inhabituel pour moi et j’ai trouvé ça très difficile d’écrire de cette manière-là. D’habitude, je pars avec une phrase, puis le reste coule. La musique épouse mon propos. Je n’avais composé comme ça qu’une seule fois auparavant, avec la pièce «L’âge de bière», avec Anonymus. Je me souviens que j’avais eu ben de la misère! J’en ai gardé un souvenir assez pénible. Mais je me suis dit que j’allais réessayer quand même.», poursuit Serge Robert dans un élan de sincérité.

Ainsi, avec l’aide de Peter Paul (Pierre-Luc Laflamme) à la guitare et Ugo Di Vito à la batterie, Mononc’ Serge a repris du service pour enregistrer 11 tounes pas nécessairement trash mais suffisamment salées et rock pour comprendre que le mononcle n’a pas fini de faire parler de lui. Entre «Signe (ses boules)», «Ça, c’est d’la femme!», «Hochelaga», et «Chanteur engagé», Serge Robert ressort ses bonnes habitudes où il reprend les défauts de personnages du quotidien, les exagère et en fait des hymnes, chantés aux quatre coin du Québec, et jusqu’en France.

La composition ne s’est cependant pas faite sans heurts puisque le processus créatif de Serge a été bouleversé par l’ordre de création… et l’inspiration qui l’avait abandonné : «Les dernières tounes, je les ai faites en août et septembre derniers. Ce n’était pas volontaire d’attendre aussi longtemps, après les premières compos de 2010. J’étais chez nous et je déprimais parce que ça sortait pas. Et en août, j’ai dit « D’la marde, on sort un disque et advienne que pourra! ». Par contre, quand je n’écrivais pas sur les musiques de Pierre-Luc, je composais quand même autre chose, plus acoustique. J’aurais pu toutes les mettre sur le même disque, mais je voulais une direction artistique précise. »

Indépendant de A à Z

L’indépendance, elle demeure quotidienne dans la vie de Mononc’ Serge et est encore plus importante aujourd’hui qu’à la fin des années 90, selon le principal intéressé : « J’ai sorti trois albums avec Disques Double, en un an. Rendu au quatrième album, j’étais libre et je pouvais décider ce que je voulais faire. En fait, je suis indépendant par défaut. Disques Double voulaient bien sortir un autre de mes albums, mais seulement s’il y avait la possibilité de travailler une chanson pour les radios commerciales. Je n’étais pas trop sûr de ce que je voulais faire avec ça donc je suis resté indépendant, mais un peu découragé », raconte Robert en ressassant ses souvenirs.

-       Mais Dieu merci, il y a la radio Cool FM qui est apparue à ce moment-là!

-       Ah oui! Cool FM! J’avais oublié que ça avait existé!

-       Pas moi!

« Pour 13 tounes trash, tout le monde me disait que ça allait être dur! C’était pas très encourageant. J’ai un très mauvais souvenir de cette période-là. Une chance que Cool FM a fait jouer mes tounes à répétition », se rappelle celui qui, quelques temps plus tard, faisait le tour des radios indépendantes, avait un clip en rotation à Musique Plus, et une nouvelle offre de son ancienne étiquette de disques… qu’il a gentiment refusée! « Je me suis rendu compte que je pouvais jouer à la radio sans intermédiaire, donc c’était plus «payant» pour moi et j’avais plus de contrôle. »

Sans gérance ou sans contrôle d’une maison de disques, Mononc’ Serge a roulé sa bosse depuis ce temps, enfilant les albums solo et les disques avec le groupe métal Anonymus. « Pour moi, c’est plus important aujourd’hui d’être indépendant, car je me suis rendu compte que je pouvais être aussi incompétent que n’importe qui pour faire ce travail-là. En fait, je me suis dit que j’étais capable de le faire moi-même. Je l’ai appris en étant pitché dans le bain! Ça me prend du temps, mais j’en ai du temps. Parfois, c’est chiant de faire tout le travail, mais j’aime ça. Je ne sais pas ce qui me ferait changer d’avis! En fait, y’a peut-être une chose qui me ferait changer d’avis. Au niveau des subventions, c’est plus difficile quand t’es indépendant. »

Cas par cas

Bien que la promotion et les demandes de subventions accaparent une partie de l’horaire de Mononc’ Serge, sa réflexion sur les travers de la société – et les siens – fait toujours sourire. Loin d’être un «hommage» à la femme, malgré son titre, son dernier-né nous fait ravaler nos petits problèmes et remet le commun des mortels à sa place. « Pour la pièce «Musiciens», je me suis inspiré d’une pièce de Michel Faubert qui dépeint les difficultés du travail de bûcheron. «Et je me suis dit que ce serait drôle de faire ça pour les musiciens! Je me suis dit qu’il fallait que ça décourage le monde de devenir musicien. Je voulais éliminer la concurrence à la racine! T’sais, moi, les concours amateurs, ça m’fait chier! J’vais pas encourager le monde qui va jouer à ma place dans les bars ou dans les salles de spectacles dans 5 ans! Je sais pas si c’est très convaincant. »

Ce ne sont certainement pas les autres pièces de Ça, c’est d’la femme! qui nous feront croire le contraire! Avec «Chanteur engagé», Serge enfonce sa plume dans le monde des spectacles bénéfices : « En fait, c’est une toune où je me questionne moi-même sur mes motivations quand je participe à des shows bénéfices. Une fois, j’avais dit oui à un show bénéfice et c’était une cause environnementale et oui, j’avais le goût de faire un show, et c’était une belle opportunité pour rencontrer du monde. Je me demandais si la cause était vraiment importante, finalement. T’sais, tu peux pas être ben ben contre l’environnement! C’est sûr que ça te fait ben paraître, mais t’sais, c’est pas comme Bono. Y m’tombe su’es nerfs!  T’sais, tu l’vois avec ses verres fumés, pis y’a l’air d’une rock star, pis y s’en va aider les pauvres qui meurent de faim à l’autre bout du monde. Pis j’trouve ça tellement show off! Ça m’énarve vraiment! Mais d’un autre côté, si y’a du monde qui arrive à manger mieux en Afrique, grâce à lui, ben, j’la ferme ma yeule. Au bout du compte, est-ce que ça aide le monde oui ou non?», rigole Serge Robert avec son ton d’auto-dérision caractéristique.

En fait, aujourd’hui, c’est la question de la souveraineté et de la langue française qui inquiète le cher Serge, d’où les compositions «Le joual» et «Vieux péquiste» où il dépeint une situation plutôt troublante, au Québec : « En quelque part, j’suis un vieux péquiste. Je suis souverainiste et tout ce sur quoi je crache dans la chanson, c’est ce à quoi j’adhère. Oui, la déconfiture du PQ ça m’inquiète, mais c’est surtout le fait que les gens accordent moins d’importance à des questions comme la langue et l’identité nationale qui m’inquiète. Chez les jeunes, je sens une espèce de désintérêt pour ça qui se manifeste surtout par rapport à l’attitude vis-à-vis la langue anglaise. Ce ne sont pas les anglais qui sont en cause, mais c’est vraiment l’attitude des francophones vis-à-vis la langue anglaise. »

Même son de cloche lorsqu’il parle de l’indépendance du Québec, projet qui lui tient à cœur : « Les gens disent encore dans les sondages qu’ils sont souverainistes à 35 ou 40 %. Mais t’sais, c’est comme si on te demande «Tu veux-tu aller su’a lune? » Ben oui. Tout le monde va dire oui! Mais est-ce qu’on va faire l’effort pour y aller? Pas sûr. »

Toujours résolument indépendantiste, amoureux de la langue française et de l’humour déjanté, Serge Robert met encore une fois le doigt sur le bobo de nos défauts.

Lancement de Ça, c’est d’la femme!, le 5 décembre au Petit Campus, en formule 5@7, et le 7 décembre au Scanner, à Québec.

www.mononc.com

Crédit photo : Sébastien Tacheron

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