BangBang : bangbangblog.com

Reportages et entrevues

Mia Verko: La valeur se mesure en plaisir

Mia Verko: La valeur se mesure en plaisir

Marc-André Savard
23 mai 2011

Depuis ses débuts en 2004, la formation Mia Verko n’a jamais perdu une occasion de partir jouer à l’autre bout du pays sans trop savoir dans quel bled perdu leur vieille camionnette allait les mener (ou rendre l’âme). En attendant sa prochaine rage d’asphalte, le quatuor montréalais en a profité pour enregistrer Wapizagonke, son troisième enregistrement, qu’il s’apprête à lancer.

Plaisir sur route

Les gars de Mia Verko ont eu la piqûre pour la vie de tournée en 2000, du temps où on les connaissait sous le nom de Sadie Hawkins (d’après cette icône moche de la bande dessinée américaine). «C’était pas un bon nom, confie Rémi Labrecque (voix, guitare), et en plus, ça se prononce mal en français!». Alors le groupe a réglé le problème en changeant pour un nom qui signifie «mon oeuvre»…en espéranto. Pardon? «C’est une langue qui a été construite dans les années 1800 par un linguiste pour faciliter la communication entre gens de langues différentes, précise Luc Brunet (batterie).»

Découvrir de nouveaux horizons et faire de nouvelles expériences, c’est la principale motivation de Mia Verko. «On devait donner un petit spectacle sous un gazebo chez un gars à Williston, au Dakota du Nord, raconte Rémi, mais on était en retard. À notre arrivée, il y avait donc un petit mot sur le gazebo qui disait que le show était annulé. On a quand même décidé de jouer pour ne pas avoir fait toute cette route pour rien… Le gars est finalement revenu et il tripait ben raide de voir qu’on jouait quand même, même s’il n’y avait carrément personne!» Jouer, juste pour le plaisir, sans se soucier de faire de l’argent ni même savoir s’il y aura un toit au-dessus de notre tête au retour. «On a perdu de l’argent à chaque tournée, mais ce n’est pas grave, ce n’est pas le but. On est déjà parti en tournée pendant deux mois sans garder nos apparts pour économiser de l’argent, rigole Rémi, sauf que quand on est revenu, c’était dans le plus fort de la crise du logement alors on a dormi plusieurs semaines dans la van!»

Entre un lac et une usine de chocolat

Depuis, les gars ont levé un peu le pied; de meilleurs emplois ou une famille nouvellement fondée obligent. Ils ont donc converti un local situé dans une ancienne usine de chocolat en salle de répétition et en studio. Après quelques mois, Wapizagonke, un EP de 7 chansons, voyait le jour. Un album, qui, malgré plusieurs tournées, ne sent pas l’huile de transmission ni le bitume. Au contraire, on est plongé carré dans l’bois: Le Wapizagonke est en fait un lac en Mauricie (j’gage que vous pensiez que c’était un autre mot en espéranto) et les textes du ep sont campés dans la forêt boréale. «On a toujours besoin d’aller voir du pays, découvrir ce que la nature a à nous offrir, explique Maxime Blaquière (basse). On aime la ville aussi, mais veut, veut pas, c’est avec la terre qu’on connecte, pas le béton.» «On va au Wapizagonke chaque été, poursuit Luc; les chutes sont incroyables!»

Mia Verko affectionne donc le calme d’une excursion en canoë entre deux talles d’épinettes et c’est peut-être pourquoi la moitié de ce nouvel EP est instrumental, encore davantage que le premier album éponyme (2004) ou le EP L’Imbroglio du scaphandrier (2006). «Ce n’est même pas conscient, précise Rémi. On compose toujours la musique avant les paroles. Quand elle inspire des idées, j’écris des paroles, sinon, ce n’est pas grave, on ne se met pas de pression.»

Il accorde néanmoins une grande importance aux textes. «J’adore écrire et c’est un beau défi de le faire en français! C’est beaucoup plus facile de dire n’importe quoi en anglais parce qu’il y a tellement de merde qui s’est écrit que le monde s’en fout, mais quand tu écris en français, les gens s’attendent à un niveau de poésie beaucoup plus élevé.» Rémi, qui a grandi dans un milieu anglophone et étudié en français à Régina, porte aussi attention à la langue d’expression. «C’est un non-sens total qu’un francophone n’écrive pas en français juste pour espérer avoir plus de succès, tranche-t-il. Et puis à quoi ça sert de pogner?» J’sais pas car comme tu le chantes si bien sur A Capella: «la valeur se mesure en plaisir».

Lancement de l’album Wapizagonke (en cassette!) le 1er juin 2011 au Divan Orange sous la forme d’un 5 à 7 avec prestation. miaverko.bandcamp.com
Pas encore de commentaire.