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Reportages et entrevues

Le trad sans sapin, ni tourtière

Le trad sans sapin, ni tourtière

Marc-André Savard
21 décembre 2010

Quelques jours pendant l’année, la musique traditionnelle prend toute la place à la radio et à la télé, nous donnant, du coup, une p’tite pause des Marie-Mai de ce monde. C’est sûrement pour ça qu’on appele cette période le «Temps des Fêtes». Par contre, quand le champagne du Nouvel An est cuvé, le violon et l’accordéon retournent dans l’fond de la boîte à bois médiatique. Entrevue careautée avec deux pros du domaine…

Après le « mononc’ »

Le trad québécois prend racine dans la musique celtique, celle d’Irlande en majorité. Là-bas, au pays du poil de carotte, le trad est au centre de l’industrie touristique et est mise de l’avant à longueur d’année. Il n’y a qu’au Québec qu’il rime avec une assiette de dinde et des atocas. «Le trad est une musique très festive. À l’origine, elle était jouée dans les rassemblements de famille qui avaient surtout lieu pendant le Temps des Fêtes», explique Denis Massé, à la tête de Les Tireux d’Roches, l’une des formations trad les plus actives de la Province. «On a tous un oncle ou un grand parent qui jouait de la musique dans les partys. C’est une musique accessible qui est dans nos gênes et qui fait vibrer nos racines!», selon Yves Lambert, qui a fondé le groupe mythique La Bottine Souriante et qui évolue aujourd’hui en solo, accompagné du Bébert Orchestra.

Ah, le bon vieux « mononc’ » qui part un reel dans la cuisine! Un cliché gros comme le bras qui persiste. Depuis le début des années 70, le trad ne cesse pourtant de s’en distancier: il se raffine, se métisse et les sujets abordés vont bien au-delà d’un «verre de bière avec la cuisinière dans un p’tit coin noir». «C’est un genre en soi, comme le jazz par exemple. Les jeunes groupes le font progresser et n’essaient pas de recréer le passé», explique Massé. En effet, le trad a parcouru bien du chemin, mais on hésite encore à le sortir des réveillons… même si la majorité des nouveaux albums trad abordent pratiquement jamais les Fêtes.

Ceux qui n’aiment pas les racines

«Il y a un problème de diffusion, selon Lambert. Les radios et plusieurs salles de spectacles ne sont pas intéressées à diffuser du trad toute l’année. On préfère la musique facile parce qu’on vise la rentabilité et le succès à court terme. Le trad, c’est investir à long terme sans être pressé par le résultat, comme un artisan! Le mot “tradition”, ça évoque le savoir-faire, la virtuosité et la spécialisation…Cette musique-là est un symbole culturel et identitaire, mais les gens connaissent peu leurs racines ou en ont honte. En plus, on coupe les cours d’Histoire dans les écoles, alors ça n’aide pas!»

Aux dires du leader du Bébert Orchestra, on ne serait généralement pas trop d’où on vient et ça pourrait influencer la musique qu’on joue ou qu’on se met dans les oreilles. «C’est temps-ci, tout le monde veut faire quelque chose de country!» constate Yves. «Le terme “traditionnel” est réducteur, affirme Lambert. Des gens ont peur d’avoir l’air quétaine en aimant ça, mais quand ils viennent aux concerts, ils en ressortent avec une grande fierté!»

Jouer dehors

Malgré le peu de support de l’industrie en dehors du carcan des Fêtes, le trad québécois se porte très bien. Plusieurs groupes s’accommodent de la situation et jouent à l’année. Pour vivre de leur musique, ils doivent s’exporter sur la scène internationale et évoluer dans le grand courant de la musique du monde. « Comme tous les artistes, on est à cheval sur la précarité, mais en 35 ans de carrière, je n’ai jamais été aussi occupé qu’en ce moment, confie Yves Lambert. De juin à octobre, on a donné 50 concerts un peu partout, même en Suède!»

Tant mieux alors. Swing la foörträfflig dans le fond de la hensvik à bois !

Les Tireux D’Roches
les 28 et 29 décembre 2010 au Cabaret Juste Pour Rire de Montréal

tireuxderoches.com

Yves Lambert et le Bébert Orchestra
les 30 et 31 décembre 2010 au Grand Théâtre de Québec

lapruchelibre.com/lambert/fr/index.php

2 commentaires
  • Christiane Campagna
    22 décembre 2010

    La plupart des chansons dites traditionnelles et qui parlent du temps des fêtes, de tourtière, de cuisinière et compagnie sont des chansons du 20e siècle dont on connait les auteurs et compositeurs (Ovila Légaré, Jean-Paul Filion, Lionel Daunais, Madame Bolduc, La famille Larin…).

    Le répertoire traditionnel, celui dont l’histoire des chansons remonte parfois jusqu’au moyen âge et dont on ignore l’origine, en parle rarement.

    Comme si l’association folklore et temps des fêtes était apparu justement à l’époque où cette musique a cessé d’être celle de tous les jours (musique populaire) pour passer du côté des coutumes, de la tradition (musique folklorique, traditionnelle).

  • Ariane
    27 décembre 2010

    Justement, un des problèmes est qu’on ne voit aucun renouveau dans le genre, notamment parce qu’on ressasse toujours les mêmes noms…

    Mais il doit bien y avoir des jeunes qui savent adapter le trad?
    Moi j’ai eu un coup de coeur pour M.A.Z. http://www.myspace.com/mazmusique
    Ils jouent le 13 janvier à 19h au café Lézard sur Beaubien, gratuitement. ils rodent leurs chansons.

    Sinon, avez-vous d’autres suggestions?