BangBang : bangbangblog.com

Tout le monde est ego

La lourde tendance du libre accès aux idées et aux contenus

Guillaume Déziel
12 janvier 2012

Qu’ont en commun les artistes et groupes québécois Misteur Valaire, Vulgaires Machins, Akido, Barton Fink Band, Carl-Éric Hudon, Mille Monarques et le groupe André? Ils donnent leur musique.

Mode éphémère ou tendance lourde chez les jeunes artistes? Voyons voir… Prenons comme laboratoire d’analyse le système Bandcamp.com, le «royaume du direct-to-fan musical» où les musiciens peuvent transiger de la musique directement avec leurs fans de 3 manières :

  1. En vendant leur musique;
  2. En laissant les fans choisir le prix voulu;
  3. En donnant carrément leur musique.

Si vous faîtes une recherche avancée dans Google avec la requête “name your price” site:bandcamp.com, vous trouverez environs 291 000 résultats, soit des pages sur Bandcamp appartenant à des artistes ou groupes de musique qui laissent les gens décider du prix pour télécharger un mp3, un EP ou un album complet. Or, si vous faîte le même exercice avec la requête “Free Download” site:bandcamp.com, le résultat est à environ 2 040 000. Enfin, si vous recherchez uniquement le nombre de pages incluses au site bandecamp.com (site:bandcamp.com), vous obtenez 6 730 000 résultats.

Mon analyse rapide de ce que l’on retrouve sur bandcamp.com m’a permis d’en tirer des conclusions fascinantes : 4,3% des musiciens sur Bandcamp proposent le Pay What You Want (ou Name Your Price); 30,3% proposent tout simplement le téléchargement de leurs musiques tout à fait gratuitement, sans demander de verser volontairement de l’argent en échange de la musique. Il s’agit donc de près de 35% des artistes sur Bandcamp qui flirtent avec la gratuité de la musique! Refaire cet exercice l’an prochain nous permettra de déterminer si cette tendance augmentera ou diminuera… à mon avis, elle augmentera.

Après avoir répété le même type de recherche, mais cette fois-ci en limitant les résultats au Québec (montreal OR Quebec OR QC site:bandcamp.com) et en éliminant substantiellement les doublons de résultats, j’en arrive à des conclusions encore plus fascinantes : sur près de 900 artistes répertoriés sur Bandcamp et vraisemblablement respectifs au Québec, 30% laissent aller leur musique au prix désiré, 44% préfèrent la donner, alors que 26% choisissent de vendre leur musique à un prix fixe (album, EP et chanson unique tous confondus). Donc 74% des artistes de chez nous, sur Bandcamp, flirtent avec la gratuité!

Autre remarque concernant cette fois-ci la propriété intellectuelle : 38,8% des artistes québécois recensés sur Bandcamp proposent leur musique sous licence Creative Commons, alors que 61,2% préfèrent encore le Copyright. La tendance à l’incitation au partage et au remixe des œuvres semble occuper une grande place auprès de artistes québécois sur Bandcamp. Cette réalité chez les artistes concorde avec le récent choix de la SACEM (l’équivalent de la SOCAN, en France) de gérer les œuvres Creative Commons dont la licence sélectionnée comporte la mention «NC» (pour usage non-commercial).

Évidemment, cette mini-étude a été faite avec les données que l’on retrouve sur Google; je ne prétends pas que ces données soient le fruit d’une analyse rigoureuse et méthodique; il y a certainement une petite marge d’erreur. Cependant, je crois qu’elles relatent bien une réalité irréversible chez les jeunes artistes indépendants québécois. Je lance l’idée aux universitaires d’approfondir et de valider ce type de recherche!

2 commentaires