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Reportages et entrevues

La grande machinerie du monde

La grande machinerie du monde

Fabbie Barthélémy
12 mars 2009

Avec Je voudrais me déposer la tête et Couche avec moi (c’est l’hiver), on attendait beaucoup de la prochaine pièce du théâtre PàP, surtout quand la pièce possède un titre aussi intriguant que pompeux, La grande machinerie du monde.

Patrice Dubois et Martin Labrecque, le duo derrière le très encensé Everybody’s Welles pour tous dégainent cette fois avec une amourette sur fond d’art et de politique. Nous sommes en 1989. Pendant que tombe le mur de Berlin, Kate, une étudiante en arts spécialiste de la Renaissance (Sophie Cadieux) et Christian, un décrocheur (Goyette) se rencontrent à une station-service. C’est le coup de foudre. Une histoire banale qui aura des répercussions qui dépasseront les frontières de la ville de Québec dont ils sont tous deux issus.

Christian (Stéphane Franche) rencontrera Éli (encore Sophie Cadieux) pour remonter à la fois dans le temps et résoudre le mystère derrière cet épisode sentimental. La pièce, écrite et mise en scène par Patrice Dubois, structurée en trois temps, est déconstruite de façon éparse telle une énigme dont on comprend le sens à force d’indices. Malheureusement, le texte est quelques fois maladroit et par moments, très didactique. On s’égare dans des envolées (sur l’homme de Vitruve et la place de la Renaissance) sans véritable intérêt. Cependant, la prose de Dubois parvient à nous captiver par son humour et par ses écarts de langage et c’est en partie en raison de la mise en scène à la fois simple et dynamique. Et si on a tendance à croire que les tableaux sont trop nombreux, le jeu relevé de la toujours étonnante Sophie Cadieux nous rend plus indulgents. Elle qui prend les traits de trois femmes contrastantes avec peu ou prou d’artifices. Quant à Goyette, il est saisissant dans la peau de Christian, un soupirant simplet et un brin cabotin.

Toutefois, Richard, interprété mollement par Stéphane Franche, détonne et déçoit. Ce personnage à la fois central et secondaire n’a pas suffisamment de chair pour qu’on puisse le voir autrement qu’en accessoire encombrant. Le ton au départ naïf de la grande machine du monde s’assombrit afin de laisser un peu place, mais pas suffisamment, aux démons de ces personnages dont on ne parviendra jamais à cerner tout à fait l’essence. Reste que la scénographie épate. Le co-idéateur du projet et comparse de Dubois, l’éclairagiste Martin Labrecque a su jouer à merveille avec la lumière et l’espace, et ce fabuleux cube pivotant finit par nous hypnotiser.

Porté par une conception sonore de circonstances et efficace, on assiste aux hallucinations psychédéliques de ces deux amoureux qui finiront tout à tour par nous charmer, nous déstabiliser et nous faire grincer des dents. Somme toute, la pièce parvient à nous séduire or la fin surlignée et retracée au crayon gras désappointe, comme si l’auteur jugeait que cette grande machinerie du monde était beaucoup trop complexe pour nous.

Texte et mise en scène Patrice Dubois
Co-idéateur : Martin Labrecque
Interprètes : Sophie Cadieux, Alexandre Goyette, Stéphane Franche

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CHRONIQUES

L'abominable homme des cons
Simon Jodoin
26 août 2010

L’état de la chanson francophone au Québec : Je dis bullshit madame.

« L’état de la chanson française au pays, en cette ère de la mondialisation »… C’était les mots, graves et pesants, prononcés par Céline Galipeau au téléjournal, pour introduire un reportage de Catherine Kovacs et France Dauphin. C’était en juin dernier, rediffusé au début de cette semaine. « En cette ère de mondialisation… ». J’ai monté le son du téléviseur. Ce n’est pas bien, ça, la mondialisation. Et si vous mettez « chanson française » et « mondialisation » dans la même phrase, ça donne un effet tragique, ça fait craindre : vous allez voir, à la fin, le gros méchant va manger le petit gentil. Et il n’y aura pas de deuxième chance. Après, c’est la fin, pas de suite la semaine prochaine. J’aime la tragédie alors j’ai monté le son que je vous disais.