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Tout le monde est ego

La culture se contrôle-t-elle?

Guillaume Déziel
31 octobre 2011

Bonjour, je m’appelle Guillaume Déziel et je suis touché…

Ça semble un peu sentimental comme début de (première) chronique pour Bang Bang, mais je dois vous avouer que l’invitation à vous écrire aujourd’hui n’aurait jamais pu tomber aussi pile-poil qu’avec la sortie de l’album acoustique de Vulgaires Machins (VM), cet automne. En quoi VM m’émeut donc autant? Ses textes. Ses messages. Sa franchise. Sa dernière démarche, aussi.

Le 6 septembre dernier, VM proposait son plus récent album acoustique au prix désiré. Moi qui n’avais pas payé pour un album depuis un bon bout, voilà qu’on m’offrait le choix de payer… ou de ne pas payer. Bizarrement, étant un acteur en marketing de la musique, après avoir dû être à maintes reprises «celui qui pense ce que le consommateur devrait bien penser», j’ai été touché. Responsabilisé, peut-être. Devant cette page où on me demandait de télécharger l’album au prix voulu, j’ai choisi de… payer.

Qui aurait cru que l’apôtre de la musique gratuite que je suis au Québec aurait pu payer pour des MP3 que l’on trouve partout, tout le temps, gratuitement? Moi le dernier… Mais lorsque VM m’a suggéré de participer à sa «démarche», je n’ai pas hésité une seconde; devant le 0,00$ proposé par défaut sur son interface Web, j’ai choisi d’ajouter un 1 devant toute la série de zéros.

10$. Pourquoi? D’abord, feeling… c’était peut-être l’envie d’aider. Ensuite, c’était une envie de participer. Puis, après avoir lu le blogue du groupe, c’était presque rendu une envie de poser un geste à la fois politique, mais surtout de solidarité. Lorsque j’ai lu ce petit texte imbriqué en .pdf dans leur fichier zippé téléchargé, j’ai eu soudain un sentiment d’accomplissement :

Salut,

Bravo d’avoir téléchargé notre album acoustique. Cela confirme que tu as du goût.


Nous ignorons combien tu as investi dans cet album mais cela importe peu. L’important est que la musique soit accessible et circule le plus possible. L’art n’est pas une marchandise, c’est un moyen de communication puissant qui, dans notre cas, nous permet de porter très loin des messages et des idées que nous ne pourrions livrer autrement. Tu rends notre rêve tangible et nous t’en remercions infiniment.
Nous souhaitons de tout cœur que tu auras autant de plaisir à écouter les chansons que nous en avons eu à les composer.
Paix et amour, Vulgaires Machins

J’ai donc téléchargé l’album. Pour 10 piastres; le même prix que sur iTunes. Mais finalement, j’ai envoyé presque 3 piastres de plus dans les poches de VM, parce qu’iTunes et les «distributeurs numériques» ne prendront pas leur cut, cette fois-ci. J’ai aussi transmis mon courriel à VM, ce précieux trait d’union qui me relie maintenant au groupe. Mieux encore : j’ai VM dans ma vie astheure, parce que j’ai aimé les découvrir. Séduit, j’irai certainement les voir en spectacle.

Mais ce qui m’a le plus bouleversé dans cette démarche, c’est le témoignage sur le blogue du groupe dont je relate quelques extraits : «(…) l’industrie, complètement dépassée et incapable de se remettre en cause, choisis encore trop souvent d’accuser certains amateurs de musique de piraterie. Elle préfère encore les culpabiliser vis-à-vis du téléchargement peer-to-peer et condamne l’utilisation des torrents alors que l’on assiste tranquillement à l’enrichissement outrageux des fournisseurs d’accès internet». Bref, si je paraphrase VM : il revient aux fournisseurs d’accès d’internet de partager leurs recettes avec les créateurs, tout comme il est du devoir de notre industrie d’embrasser le comportement naturel des consommateurs, plutôt que de chercher (en vain) à le contrôler… Une belle liste de tâches pour l’ADISQ, non?

Ce témoignage de VM continue comme suit : «nous croyons que la musique se doit de circuler librement. (…) l’accessibilité à la culture demeure la plus belle chose qu’Internet nous aura apportée.»

En effet, tout comme VM, je crois que la culture n’est pas une marchandise; une marchandise se compte, s’inventorie, se distribue, se transige, se vend, bref… elle se contrôle! Et la culture? Non. Elle ne se contrôle pas. La culture, c’est ce berceau d’où on vient; c’est ce souffle, cette inspiration qui nous permet de créer; c’est ce qu’on remixe à chaque fraction de seconde de notre vie; c’est un long fleuve tranquille où chaque goutte d’eau dépend de l’autre pour être un fleuve…

Puisque la SODEC et le CALQ ont reçu dernièrement l’ordre de la Ministre St-Pierre de repenser la façon d’entrevoir, de considérer, de financer, de soutenir et d’encourager la création et le rayonnement culturel à l’ère numérique, voilà une excellente opportunité pour notre société québécoise de remettre en question la nature même de la culture… Sera-t-elle encore considérée comme une marchandise? Pour Vulgaires Machins, visiblement non. Et pour la Ministre St-Pierre?  Suspense…

4 commentaires
  • Anne
    3 novembre 2011

    Bienvenue dans la famille BangBang! Tu écris si bien!

  • David Ratté
    5 novembre 2011

    Ouep, bienvenue à bord! J’suis dans le bateau depuis pas long et c’est ben l’fun.

    Content de t’y voir.

    David

  • Galou
    16 novembre 2011

    Merci guillaume pour tous les éclairages pertinents que tu peux nous donner sur le bouleversement actuel de l’industrie musicale. J’adore ton blog et Misteur Valaire.
    Puisque tu aimes l’acoustique semble-t-il, viens donc écouter cet artiste: http://soldiese.bandcamp.com/

    bonne continuation

  • [...] le Bang Bang, Guillaume Déziel (gérant des Misteur Valaire) y va d’un billet savoureux, « La culture se contrôle-t-elle? ». Un extrait… « En effet, tout comme VM [Vulgaire Machin], je crois que la culture n’est [...]

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