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Reportages et entrevues

Karma Atchykah : Pèse play, mon gars!

Karma Atchykah : Pèse play, mon gars!

André Péloquin
11 février 2010

Rappeur bilingue surtout connu des amateurs de hip-hop de la west coast du « west island», Karma Atchykah se révèle au grand public avec Diasporama. Le rap dans tous ses états!

« Pèse play, mon gars! »

C’est ce que l’avatar cartoon de Karma nous lance lorsqu’on pénètre dans « le salon » de son site web. À une époque ou on associe « web 2.0 » et « simplicité volontaire » (combien de groupes font l’erreur de confondre « site officiel » et « page MySpace Music »?), Karma s’affirme sur la Toile comme il le fait dans les bacs des disquaires avec son nouveau compact Diasporama: en portant attention aux détails et en planifiant sa démarche au chouya près. « Oui, ça a toujours été planifié» avoue le MC quand on lui parle de ce premier disque essentiellement francophone après une série d’œuvres bilingues. « Mais c’est aussi lié à ma fierté et à mon désir de toucher ma famille et ses racines francophones. » Un premier CD dans la langue de Molière (et de Benny B) qui tient presque de l’album concept d’ailleurs. Presque.

Diasporama se veut donc un CD double réunissant une galette « live» enregistrée avec The Consequences ainsi qu’un LP rap (réalisé par Karma Atchykah et Boogat) auquel collabore autant d’illustres inconnus de l’« underground» (Wahlee Sparks, KenLo, etc.) que des grands noms de la musique urbaine (James Di Salvio, Dubmatique) et des artistes apparemment aux antipodes du rappeur (nous y reviendrons). « Comme je lance Diasporama, mon dixième projet, en 2010, je voulais souligner l’événement d’une certaine façon. D’où l’album double. » confie le principal intéressé avant d’en ajouter sur la facette endisquée avec son groupe The Consequences. « L’aspect “live ” de ce disque — avec les instrumentations et tout ça — devrait plaire au monde qui n’écoute pas nécessairement de rap ou qui aurait des préjugés envers le genre. Cette ouverture musicale me permet aussi sortir des sentiers battus. »  Le choix de collaborateurs aussi.

C’est l’histoire d’un québécois d’origine haïtienne, d’un français et d’un anglo de NDG…

À l’image du titre de l’album, Diasporama réuni des auteurs, compositeurs et interprètes de tout acabit. « Je cherchais d’autres vibes ». tranche tout simplement Karma à propos de sa sélection atypique d’acolytes. Habitué aux collaborations typiquement hip-hop, l’artiste voulait collaborer avec des musiciens de tous horizons comme Jérôme Minière (en duo sur « Universel »), aRTIST oF tHE yEAR (qu’on peut entendre sur « Bande de jeunes ») et Paul Cargnello (qui chantonne sur « Ne pleure pas »). « En fait, je connais Paul depuis des années… et j’ajouterais que c’est un fan de rap en plus d’aimer le soul et le funk! Je voulais absolument faire une chanson avec lui. L’idée d’un rappeur québécois d’origine haïtienne collaborant avec un chanteur folk anglophone qui aime chanter en français me paraissait charmante! » Heureusement, Diasporama n’est pas qu’une opération de séduction auprès d’un nouveau public plus large, mais aussi une œuvre qui tente de faire réfléchir. Le premier simple, « F.L.Q. », vient en tête.

Bien que le fameux acronyme signifie « Frais, Libre et Québécois » pour Karma, les trois lettres résonnent, surprennent et choquent même dans certains cas. « Honnêtement, c’était un de mes objectifs. » rétorque le MC lorsqu’on aborde toute la charge politique derrière son « single ». « J’trouve qu’on a tendance à occulter les côtés sombres de notre histoire. C’est comme si j’oubliais les Tontons Macoutes ou comme si mon gérant Carlos, qui est chilien, faisait comme si Pinochet n’avait jamais existé. Faut assumer. Ça fait partie de notre héritage. » Dans le clip accompagnant la pièce, Karma joue le rôle du chef d’une milice multiculturelle pourchassée par la flicaille. À une époque post 11 septembre dans une province post Villanueva, il est « rafraichissant » de constater que « the man » ne poursuit pas le 2K9 (la cellule dirigée par le rappeur dans le vidéo) pour des raisons raciales, mais pour son nationalisme. Faut dire, votre honneur, que l’héritage de l’artiste le trouble depuis sa tendre enfance. « J’suis un fils d’immigrant. J’ai toujours eu le cul entre deux chaises. » tranche-t-il. « Suis-je Haïtien ou Québécois? Que je sois au Québec ou en Haïti, j’suis toujours un “outsider”. »

Francouvertes, avantage, handicap et algorithme…

En pleine préparation pour la campagne promo pour son nouvel album, Karma Atchykah n’a malheureusement pas pu se permettre d’aider directement la Terre natale de ses parents. Il a tout de même contribué à plusieurs spectacles caritatifs. Il remontera prochainement sur les planches pour se mesurer à la crème de la relève dans le cadre des Francouvertes. “Je ne veux pas me catégoriser, mais le fait qu’il y a peu d’artistes hip-hop parmi les finalistes peut autant me nuire que m’aider. Il n’y a pas d’algorithme pour déterminer comment ça va se passer. Tout ce que je peux faire, c’est faire ma place!”

En concert le 22 février dans le cadre des Francouvertes. Lancement de Diasporama : 2 mars à L’Astral de Montréal.

karmaatchykah.com

Photo: Nicolas Shapiro

Un commentaire
  • [...] suivre, dès lundi prochain 22 février, avec Karma Atchykah et The Consequences, Mono/Stereo et Shampouing, le rocker pour les [...]