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L'abominable homme des cons

J’écrirai un jour un guide de voyage au pays de la connerie.

J’écrirai un jour un guide de voyage au pays de la connerie.

Simon Jodoin
19 août 2011

Quand je te dis que je t’aime pour la vie, je ne parle pas de nos existences respectives et contingentes, du temps qui passe jusqu’au moment où nous n’en saurons plus rien. Je m’adonne à une sorte de militantisme pour la vie, ou contre la mort, tout dépendant par quel bout on considère la chose… C’est une manière d’approbation, une manifestation presque silencieuse, de la résistance. « Je t’aime pour la vie », ça signifie en quelque sorte que je n’ai vraiment rien trouvé d’autre à faire pour m’opposer à l’angoisse. Peur du rien.

Punaise. Je sens que je tiens quelque chose là. Peut-être même un poème.

C’est peut-être ce que je fais ici depuis cinq ans. Aimer pour la vie.

-         Papa… C’est quoi être chroniqueur?

-         C’est passer son temps à dire à des gens : « ce que tu fais, ce n’est pas super ».

-         Je t’aime papa

-         Moi aussi. Pour la vie.

Il y a des soirs de grandes conversations comme ça où j’ai le sentiment d’être utile.

Cinq ans donc. Même pas un accomplissement. Même pas le sentiment d’avoir réalisé quoi que ce soit. Un simple constat. Je pense parfois à Sisyphe qui roulait son gros rocher jusqu’au sommet d’une montagne pour la voir à chaque fois retomber dans la vallée. Je me demande toujours s’il faisait la comptabilité de ses vaines tentatives. À quoi bon, au fond…?

-         Tu as essayé combien de fois le gros?

-         Pourquoi tu me demandes ça?

-         Pour rien.

Je pense à Sisyphe donc et je me dis qu’il aurait très bien compris les défis de la conologie, une science non encore fondée qui s’intéresserait à la connerie, comprise comme un lieu, un topos, un territoire où il faut s’aventurer, parfois assez profondément, pour en comprendre les usages, les coutumes et éventuellement apprendre la langue. En ces vastes contrés, là non plus, il ne faut pas compter. On tire sa seule satisfaction dans le hic et nunc où chaque instant se suffit à lui-même.

Mais le défi de Sisyphe, au fond, ce n’est pas de parvenir à faire tenir sa pierre sur un sommet trop étroit… C’est surtout de se tasser assez vite lorsqu’elle redescend pour ne pas se faire écraser… C’est ça son exploit. La pierre tremble, commence à bouger vers le bas et hop, il fait un pas rapide de côté, juste à temps pour ne pas être transformé en crêpe.

Tenter de rouler la pierre de la connerie vers le sommet comporte le même risque et suppose ainsi le même défi. Chaque fois, on sait que ce ne sera pas la dernière fois. Ce n’est pas ça qui est important. L’important, c’est de savoir faire un pas de côté au bon moment. On sent alors un courant d’air dans son dos et le sol vibrer sous ses pieds. On voit le rocher débouler en trombe vers la vallée et à ce moment il est impossible de ne pas esquisser un sourire ému. « Punaise! J’ai réussi à l’éviter encore une fois! » qu’on se dit.

Avouez que ça change la mythologie un peu. Se retrouver dans une position sisyphienne, ce n’est pas collectionner les échecs, mais bien plutôt les réussites!

Aujourd’hui, cependant, je ne redescendrai pas chercher mon rocher au fond de la vallée. À force de remonter la même montagne, j’ai fini par soupçonner des paysages un peu plus loin. Je me suis dit souvent, en reprenant mon souffle avant de redescendre, « un jour, j’irai voir par là ». Aujourd’hui, avant de remonter, j’ai rempli ma petite valise. J’ai poussé mon rocher, j’ai réussi une fois de plus à l’esquiver avant sa chute, et je redescends de l’autre côté. J’ai vu un étang et un pédalo. Ça me semble génial.

Alors voilà! Je ne quitte certainement pas le BangBang que je continuerai de diriger derrière l’écran mais la présente chronique sera la toute dernière sur ce web magazine que j’aime pour la vie. Attendez aussi avant de vous réjouir, car j’écrirai bientôt un guide de voyage au pays de la connerie. D’ici là, je signerai une chronique sur le site du Voir dès la rentrée. On se retrouve de l’autre côté du miroir!

Un mot seulement à tous ceux que j’ai pu traiter de cons depuis les cinq dernières années.

Je suis sincèrement désolé. Je le dis en toute honnêteté et sans amertume. Je suis désolé, mais vous êtes cons.

Tant pis… Ou tant mieux… C’est selon.

Allez… Roulez jeunesse!

4 commentaires
  • Opale
    19 août 2011

    Wow.

  • Anne Laguë
    23 août 2011

    Simon… autant je suis heureuse pour toi d’apprendre que tu signeras une chronique sur Voir (félicitations!!!), autant je suis attristée par cette absence sur BangBang. Tu vas créer un grand vide, et moi aussi j’ai peur du vide.

  • Cha
    26 août 2011

    Wow, je vous découvre avec ce dernier post… regrets ?
    Entk vous avez la plume, même dans le vide, alors continuez à explorer la vallée et je continuerai à vous lire !
    Biz

  • petitpois
    9 septembre 2011

    Premièrement, F*ck, je vous découvre aussi seulement avec ce post, ce qui est très dommage. C’est rare les chroniqueur qui
    1- A assez d’humiité pour dire qu’il dénnonce la connerie humaine
    2- Cite Sysiphe pas seulement pour qu’on dise  »ohhh wow, qu’il est culturer! » mais pour les ideaux que Camus voulait nous transmettre et nous transmet encore aujourd’hui
    3- Sous entend qu’on a tous un con interne, et que dans le fond, on est pas meilleur qu’un autre.

    Continuez à écrire stp, en tout cas vous avez une nouvelle lectrice

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