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Reportages et entrevues

El Motor : Après l'alinéa

El Motor : Après l’alinéa

André Péloquin
25 avril 2012

Incroyable, mais vrai, El Motor redémarre.

En 2008, la machine El Motor filait à vive allure. En plus de cumuler de bonnes critiques et de remporter un certain succès sur les ondes des radios alternatives, l’album homonyme du projet était nommé parmi les Volume du vent de Karkwa et Piano élégant de Chocolat dans les albums alternatifs de l’année au gala de l’ADISQ. De plus, le collectif se retrouvait aussi dans la catégorie « Auteur ou compositeur de l’année ». L’émergence n’était plus qu’un terme galvaudé, elle était palpable en plus d’être imagée dans le vidéoclip accompagnant leur tube « Alinéa » où le quatuor émergeait d’un caveau orwellien vers un champ de nymphettes entonnant leurs refrains. Puis, plus rien, ou si peu, alors que les concerts d’El Motor se faisaient plus rares, le groupe accompagnait Louise Forestier sur scène. Bien que le projet annonçait un album à paraître en 2010, le second CD tarde et ne demeure, à ce jour, qu’une rumeur.

… jusqu’à aujourd’hui.

Alors qu’El Motor foulera les planches du Divan Orange ce jeudi, le groupe annonce que son nouveau gravé sera bel et bien dévoilé cette année et que la prestation de cette semaine n’est pas qu’un soubresaut.

Histoires de pentes

Retrouvés sous une église où ils ont aménagé leur local de répétition, les membres du projet sont notamment revenus sur les dernières années où les activités entourant El Motor étaient presque au temps mort. 2008 aura été particulièrement trouble pour la troupe en pleine ascension. Alors qu’El Motor  escaladait les palmarès, leur producteur, gérant et ami, Michel Gendron était terrassé, à 49 ans, par un malaise cardiaque après une descente de ski. « On a appris sa mort le matin qu’on tournait le clip pour « Alinea », se rappelle le parolier et guitariste Pierre-Alexandre Bouchard. « Alors qu’on grimpait, qu’on était dans un peak, Michel est mort en dévalant une pente », glisse-t-il. Pendant que les membres du groupe pleuraient Gendron, les associés de ce dernier dans l’aventure Vega Musique tentaient de relancer l’étiquette de disque. « Évidemment, quand tu sauves les meubles, tu commences par ton meuble victorien – Sylvain Cossette – et non pas l’affaire louche patentée dans un coin, c’est-à-dire, nous », ajoute le chanteur tout en précisant que la séparation avec le label était tout de même amicale.

S’en suivi ce que le groupe a qualifié de « dépression de band ». Un spleen qui n’empêchera pas le projet d’aller de l’avant, celui-ci se lançant dans un nouveau projet : accompagner Louise Forestier sur scène. Une expérience formatrice selon les principaux intéressés. « Ça nous a permis de mieux nous connaître », résume le bassiste Guillaume Devin-Duclos. On a aussi pris de l’expérience, car Louise réglait son spectacle au quart de tour – c’est un genre de James Brown! – alors on n’avait pas le choix de faire ses tounes comme du monde. De plus, ça nous a permis de vivre une vraie tournée et de jouer sur les Plaines d’Abraham devant 150 000 personnes. On a aussi joué devant plein de têtes blanches et de « milfs »! », ajoute Bouchard, sourire en coin.

El Motor et Pagliaro, même combat

À l’heure où plusieurs artistes vont jusqu’à publier des photos de leurs repas de tournée sur les réseaux sociaux, les gars d’El Motor, eux, se font discrets. Dépassés par les nouvelles pratiques liées à ces plateformes? Pas du tout selon les membres du collectif. « Y a eu une espèce d’abandon qui était quand même voulu », confie Bouchard, « On se disait « Laissons tout ça dériver ». Ça ne sert à rien de tout le temps bombarder les gens d’informations à la « Hey, j’existe! ». T’sais, faire du bruit pour rien? Y’a déjà assez de monde qui en font de l’osti d’bruit!

Ce refus de demeurer systématiquement sous les projecteurs pourrait aussi expliquer les retards entourant le second disque d’El Motor, selon leur bassiste. « On a le syndrome Pag, s’exclame Guillaume. Ce n’est jamais correct! ‘Faut toujours qu’on revienne sur le disque. C’est plate, mais, en même temps, l’important, c’est le résultat. À la base, on le fait vraiment que pour nous. On ne veut pas jouer à la pute et sortir une toune qu’on ne trouve pas correcte juste parce qu’il faut la sortir, pour ne pas laisser le buzz mourir, etc. Qu’il meurt le buzz, ostie, pis on recommencera. On va continuer et y arrivera bien ce qu’il arrivera! »

Bien qu’El Motor soit passé à travers son deuil et sa léthargie, le groupe avoue que le processus n’a pas été de tout repos. « Ça n’a pas toujours été facile, poursuit Pierre-Alexandre. Guillaume, par exemple, nous a déjà dit « Si on ne fait plus de show, moi, je crisse mon camp du band et je ne veux plus rien savoir! ». Pascal, notre drummer, ne voulait pas faire ça « pour rien ». Fred, lui, veut vraiment qu’on sorte le disque et est écoeuré que ça niaise. » Puis, Guillaume prend le relais. « Avec les années, on a assemblé une bonne équipe, j’pense. Oui, on est toujours en train de se pogner, mais comme des frères qui se chamaillent. »

Un nouvel album qui touche… creux

Les membres du groupe désirant dévoiler une nouvelle œuvre aux mélomanes pourront bientôt crier victoire, car El Motor enregistrera à nouveau son second disque au cours du mois de mai afin de lancer l’œuvre à l’automne. Oui, oui, «enregistrera à nouveau». « Vu qu’à ce point, on fait de la musique que pour le fun et non pas pour en vivre, on s’est permis d’enregistrer l’album il y a six mois… puis de le laisser tomber », explique Devin-Duclos en faisant valoir que l’énergie et la volonté du groupe n’étaient pas satisfaisantes. Et Pierre-Alexandre d’ajouter que « quatre années, ça peut paraître long, mais, du même coup, sortir des albums moins intéressants chaque année, ça ne serait pas plus l’fun non plus. Personnellement, j’aurais aimé qu’on le lance l’année dernière pour pouvoir passer à autre chose comme me consacrer complètement à l’aquarelle. »

Toujours selon les musiciens, l’expérience acquise sur scène depuis le lancement de leur premier album homonyme s’entend sur les « nouvelles » pièces du groupe (« nouvelles » car certaines sont rodées depuis des années). « Le processus a changé, tranche Guillaume. Les tounes se font plus live, en band. Tout se fait « su’l'fly ». Il y a donc moins de tounes en six et d’accords jazz! » Pour Alexis Dufresne, guitariste et claviériste du groupe, ce nouveau CD pourrait se résumer à « les mêmes gars, cinq ans plus tard, avec beaucoup de guitares et moins de fla fla! » Pierre-Alexandre, intervient : « Le disque, comme le concert, sera plus rock, plus assumé. T’sais, chaque groupe a une période ingrate où il se cherche. On a toujours des défauts, on est loin d’être parfaits, mais crisse qu’on ne se cherche pas en ce moment! », lance-t-il avant de mentionner que cette assurance influence, elle aussi, la démarche d’El Motor. « Des fois, on a peur de faire des hits et ça m’écoeure. J’aimerais ça qu’on fasse davantage de hits et on en a maintenant une couple en réserve. « L’homme éléphant », par exemple, est un véritable ver d’oreille. »

  • - Guillaume : Les filles se touchent tout le temps en l’entendant.
  • - Pierre-Alexandre : Oui! Pis elles se touchent creux!

Lorsque vient le temps d’aborder le son dudit disque, la machine El Motor déconne solide!

  • - Guillaume : Je le comparerais au Kid A de Radiohead…
  • - Alexis : Mais dans l’autre sens. Eux sont partis du rock vers l’électro et, nous, c’est le contraire.
  • - Pierre-Alexandre : C’est notre Rubber Soul, en fait.
  • - Guillaume: Avec des bouts d’In The Court Of The Crimson King
  • - Pierre-Alexandre : Et du dernier de Pat Metheny. Celui avec sa guitare malade à 20 cordes.
  • - Alexis: C’est exactement ça!

El Motor sera en spectacle ce jeudi 26 avril, avec Il Danse Avec Les Genoux ainsi qu’Eugène et le Cheval, au Divan Orange. Portes à 21h. 10$

www.myspace.com/elmotor

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