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Reportages et entrevuesÀ quelques jours du lancement de son premier album, Le trouble, groupe rock montréalais, fait fi des tendances de l’heure… et des dates de tombées. À l’image de son nom de guerre, le quintette aime se mettre les pieds dans les plats. Au moment de l’entrevue, le groupe venait de trouver un nouvel endroit – le Club Lambi – pour accueillir son lancement, après une annulation de dernière minute tout en terminant le mix final de son premier disque. « Pis on est paresseux en plus. On ne se « booke » pas en shows. On attend toujours qu’ils viennent à nous », ajoute le guitariste Maxime Veilleux, sourire en coin. C’est la faute à Rod Stewart Le Trouble s’est formé il y a deux ans dans les couloirs des studios Apollo, une boîte de production se consacrant essentiellement à de la publicité. Le chanteur Michael Mooney, un artiste australien déménagé à Montréal depuis peu (« Il nous vole nos jobs en plus de nous voler nos femmes! », glissera d’ailleurs Maxime) y croise Veilleux en plein travail. « Il répétait un riff de guitare vraiment catchy et je me disais « Wow! J’aimerais chanter là-dessus! » » « Ça a commencé avec la magie d’un riff », résume Maxime, dans un élan de poésie. Fort heureusement, ce dernier avait aussi un béguin musical pour Mooney. « Comment résister à cette voix – et ce visage – de jeune Rod Stewart? » Et Michael de rétorquer : « Fuck you, man! » S’ajoute à ces fans de l’interprète de « Maggie May », le guitariste Bao-Khanh « Kenny » Nguyen, un amateur de punk – « et de dub! », glisse Veilleux, moqueur – ainsi que le le bassiste Garrett Dougherty et le batteur Jesse Gnaedinger « Comme il a travaillé dans une shop pendant des années, il connaît toutes les tounes de classic rock qui jouent à CHOM par coeur », lancera Nguyen au passage à propos de ce dernier. Pour l’amour de Meat Loaf Comme les membres du Trouble gagnent déjà leur vie en produisant notamment des jingles de publicités, le mot d’ordre du quintette n’est pas « de devenir la figure de proue de l’indie-rock-émergent-alternatif-montréalais » ou de « crouler sous les prix de l’industrie, les chèques mirobolants, la dope et les bitchs », mais bien de « faire de la musique-qu’il-aurait-aimé-entendre-à-la-radio ». Pour Michael, Le Trouble est une échappatoire. «Écrire pour les autres peut être un exercice qui rend fou. On se demande constamment si, en poussant un peu, on ne s’éloigne pas trop du message ou de l’émotion que le client veut transmettre. »Est-ce trop joyeux? Trop triste? » Écrire pour soi permet de demeurer sain d’esprit. » Maxime, de son côté, trouve cette dualité déchirante. « Le riff [de notre chanson] « To The Wire » était, en fait, destiné à une publicité, confie-t-il, et dès que j’ai envoyé la maquette au client, je l’ai regretté. Je me suis dit que c’était trop bon pour se retrouver dans une pub! La ligne qui sépare nos deux « carrières » est mince, mais ce qui est le fun avec Le Trouble, c’est qu’on fait de la musique dont personne ne voudrait! », lance Veilleux avant de prendre une pause pour ensuite nuancer ses propos. « On ne cherche pas à avoir « le son de l’heure », ni à être très cool. T’sais, je sais pas jusqu’à quel point les gens veulent entendre de la musique « garrochée » avec des influences de Meat Loaf (« et de Hall & Oates », interjette Mooney). J’crois pas que ça rejoint ben du monde de nos jours! » Malgré des rythmiques « bonbons », les textes, eux, demeurent plutôt sombres. « C’est des paroles dignes du country, muse l’Australien. On privilégie les petits malheurs du quotidien à la « Je me réveille en après-midi, j’ai la gueule de bois, y’a du sang sur mon chandail et j’sais pas pourquoi. » Ce genre de trucs! » La théorie du 99% Bien que le groupe fait du boucan depuis deux années, il s’est décidé à finalement tenter l’expérience du premier disque alors qu’il s’apprête à perdre les services d’un de ses membres. « Comme Kenny part en voyage en juin, on s’est dit « Fuck off. Assez d’niaisage. On le sort avant son départ », se rappelle Max. Et pourquoi ne pas avoir lancé la machine avant? Bao-Khanh tente une réponse : « Michael dit souvent que le groupe, c’est 99% « boire de la bière » et 1% « faudrait pratiquer! » » « On s’amuse plus qu’on travaille, disons », relance Maxime et Michael de conclure « Mais c’est ça le but, non? » Alors que Le Trouble termine le mix final dudit disque, les membres se demandent comment celui-ci serait diffusé. « Il sera sur Bandcamp, mais on se demande toujours si ça sera « pay what you can » ou avec un montant fixe », explique Veilleux. « On aimerait produire des vinyles aussi, mais on veut limiter les coûts en demandant des « pre-order » des gens. Comme ça, on paierait les impressions avec leur argent et on pourrait garder le nôtre! On est tanné de payer pour faire de la musique. On veut l’enregistrer et la rendre accessible aux gens sans dépenser une fortune. » D’où le fait que le quintette ne produira pas de CD. « Personne n’achète plus de CDs anyway! », glisse Mooney. À l’image des musiciens formant le groupe, la postproduction de l’enregistrement du Trouble – qui comprend d’ailleurs un duo avec Fanny Bloom – est décontractée. « Ça sonne comme on sonne sur scène », résume Maxime. « Pis comme on est ben bons, c’est un gros party! », conclut-il, tout sourire. Lancement ce jeudi, dès 20 h, au Club Lambi (4465 Saint-Laurent, Montréal). letrouble.bandcamp.com
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31 mai 2012
L’album est maintenant en ligne: http://letrouble.bandcamp.com/album/reality-strikes