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Reportages et entrevuesIls sont huit, non sept, enfin un noyau de quatre, plus deux, plus un, mais probablement éventuellement huit à nouveau. Ils sont Canailles. Leur style bluegrass-zydeco-country invite à la fête et ils la mènent à coups de planche à laver et d’accordéon, de banjo et de mandoline. Promenons-nous dans les bois… C’est au Parc Lafontaine, poumon du Plateau, jonction entre ce dernier et Centre-Sud, que se sont rencontrées les Canailles. Anciennement connus sous le nom des Drunken Sailors, ils ont troqué les covers anglophones pour des compositions originales : « On se callait pour aller jouer dans le parc, Dan et moi », renchérit Alice (accordéon), « et il arrivait avec des idées de chansons. Souvent, je ne les connaissais même pas, mais on jouait et c’était l’fun. C’est là qu’on a rencontré Annie et Daphné… », poursuit-elle. « On est allés à Tadoussac », ajoute Daphné (voix), et on s’est imposé là, même si on n’était pas invités. On a joué tous les soirs et en revenant, on s’est dit « Ouin, c’est bon, maintenant, on est un band! Avec l’arrivée de Marie Davidson (ex-violoniste du groupe) et JP Tremblay (percussions), on s’est dit qu’on pouvait lâcher les covers et se lancer dans la composition. » Si au départ, la chanteuse hésitait à se lancer dans les vocalises francophones, elle est rapidement tombée en amour avec le style qui s’imposait désormais dans les chansons de Canailles : « Avec mon range de voix, dans ma tête, c’était impossible que je chante en français! J’ai été un peu poussée dans l’cul pour faire ça! Je n’avais pas de repères francophones dans ce genre-là et en l’essayant, j’ai réalisé que le français passait super bien et maintenant, il n’y a plus d’anglais qui passe! » Enfin, peu à peu, tous un peu apprentis, les membres de Canailles ont trouvé leur son dans l’impureté, dans l’improvisation, dans la débrouillardise et l’amitié : « Même Annie a appris à chanter et à gratter de la planche à laver pour Canailles! », rappelle Alice. « De l’accordéon, j’en jouais, mais jamais de ce style-là (NDLR : bluegrass, cajun, etc.), » avoue-t-elle. Annie continue sur la lancée d’Alice : « Érik (Evans), on lui a mis une mandoline dans les mains et on lui a dit « joue! ». Même son de cloche du côté de Dan : « Ça faisait cinq ou six ans que j’avais reçu mon banjo, mais je l’avais laissé dans la garde-robe… » Selon Alice, chaque membre connaissait déjà un peu leur instrument, mais avec le style musical qui définit maintenant Canailles, les instruments ont mené les musiciens dans une nouvelle direction. Les moutons noirs sortent du rang… Si on peut croire que les styles musicaux plus anciens, voire archaïques, reviennent à la mode (country, bluegrass, etc.) avec les Lake of Stew, Bernard Adamus et autres Caloon Saloon de ce monde, nous pouvons nous demander ce qui est passé par la tête de Canailles pour en arriver là : « C’est une musique qui revient au spirit, au soul, aux racines, ça rassemble les gens. Juste avec la musique, on a rencontré tellement de monde! », continue Daphné tout en permettant à Alice de ressasser ses souvenirs : « Quand j’étais jeune, j’écoutais quand même du Hank Williams et de la musique de vieux noirs, - je sais bien que ça fait drôle de dire ça, mais c’est ça quand même! - et ça m’a toujours chamboulée. Puis, le fait de commencer à écrire des compositions, ça m’a donné envie de découvrir d’autres styles et c’est vraiment le cajun (NDLR : chanté en français) qui a fait que j’ai vraiment tripé. C’est vraiment venu me chercher. J’ai beaucoup mieux compris mon jeu d’accordéon grâce à ça. Tsé, dans le country, y’en a pas tant que ça de l’accordéon! » Et le son « Canailles », dans tout ça? Une suite logique à toutes ces influences? Dan et Alice tentent une définition troublante : « Ça finit par définir notre son. Mais on est quand même assez sales dans notre son… dans notre son pis dans notre attitude un peu! On se laisse la liberté d’essayer plein d’affaires, on n’a pas vraiment de gêne, que ça marche ou non. On essaie des nouvelles tounes à chaque show! On essaie des tounes que même le band ne connaît pas! » … et brûlent les planches! L’enregistrement de leur premier EP s’est fait tout aussi gaiement et librement que le sont leurs prestations et leurs conversations pimentées. Aidés d’Éric Villeneuve (Bernard Adamus) et du gagnant des Francouvertes 2010 lui-même – qui collabore sur deux ou trois chansons, affublé d’un harmonica –, les Canailles se sont livrées à un exercice peu commun dans leur cas : se tenir tranquille et enregistrer. Enfin…pas vraiment! « Euh… on a fini vrrraiment soûls! », lance Daphné. Mais encore? « Ce qu’Éric nous a dit, c’est qu’il voulait vraiment enregistrer ça live parce qu’il voulait reproduire le feeling d’un salon. Il ne voulait pas quelque chose de trop léché parce que ça n’avait pas rapport avec nous », explique Daphné. Dan abonde dans le même sens : « Même dans notre session d’enregistrement, on a joué et enregistré une toune qu’on n’avait jamais joué ensemble. On essaie d’avoir de la spontanéité comme quand on joue dehors, devant n’importe qui : une p’tite famille avec des enfants ou un vieux qui dort su’l banc!» Si le groupe s’amuse tant à quatre qu’à huit, c’est que l’ouverture vers l’Autre demeure bien présente : « On est tout le temps ouvert à jouer avec d’autres musiciens qui peuvent nous amener ailleurs, nous sortir de notre garde-robe ». Oh-ho! Cette affirmation de Dan semble provoquer un petit malaise : Daphné : – Y’a juste une fois où ça a mal été… Dan : – Aaaah, le flûtiste! Annie : – Ouin, j’avais la flûte dans’ face! Alice : C’était un peu trop mielleux pour canailles, de la flûte traversière… On leur souhaite que leur prochain spectacle, pour la Saint-Jean-Baptiste, se déroule de façon tout aussi éclatée que leurs performances précédentes car une panoplie de surprises nous attendent, selon le groupe : pelle électrique de Dan, magie d’Érik et creton (géant) d’Annie seront à l’honneur. On espère les revoir bientôt au Parc Lafontaine, à l’improviste dans un appartement ou encore sur le bord de la rue à Saint-Hyacinthe, faisant découvrir leur musique à qui veut bien l’entendre : « C’est pour ça qu’on joue de la musique, c’est pas pour jouer tout seul dans notre salon! » Canailles sera en spectacle – en format sept ou huit si l’on compte Antoine à la contrebasse et un invité-surprise – au Club Lambi le 24 juin avec Lake of Stew, The Peelies et Chocolat. Le groupe jouera ensuite au Lion d’Or le 20 juillet, à L’Anse aux roches de Saguenay, le 23, puis à l’Auberge de Tadoussac, le 25. On s’attend peut-être à un EP au mois d’août… sinon septembre.
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