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Reportages et entrevues

Bad Uncle: à la course!

Bad Uncle: à la course!

André Péloquin
22 novembre 2011

Ou comment le chanteur et accordéoniste Santosh Lalonde et ses sbires ont enregistré leur troisième album en une nuit pour finalement être à la dernière minute des mois plus tard.

Un peu plus d’une année après avoir lancé un second disque, Santosh Lalonde n’a pas chômé. On a vu et revu l’accordéoniste hirsute à la voix graveleuse sur scène en compagnie de la troupe rock folk orchestral The Unsettlers que sur les planches, à la tête de Bad Uncle, son propre projet «surf-punk-psychobilly».

«Je crois que Bad Uncle et The Unsettlers pourraient exister sans être nécessairement liés l’un à l’autre», lance-t-il d’entrée de jeu après une première lampée de bière. Bien accoudé à une table de la terrasse arrière de L’Esco, l’« homme-bête de scène» confie que son violon d’Ingres lui permet de voir davantage de pays bien que The Unsettlers soit davantage salué par la critique. «Ce n’est pas un projet qui réunit une dizaine de personnes (aux horaires différents). On est plus “mobiles”, quoi.»

De plus, le collectif à géométrie variable serait autant apprécié du public que des tenancières et tenanciers de bars et de salles de spectacles des environs. «Bad Uncle a toujours mis un point d’honneur à casser la baraque, jouer pour des gens saouls et les encourager à boire davantage. Ainsi, autant le public que les barmans et le groupe ressortent satisfaits de l’expérience!», explique Lalonde, sourire en coin, avant d’ajouter. «Bref, ce n’est pas très réfléchi!»

Problèmes d’étiquettes

Les épithètes fusent lorsqu’on s’attarde aux traces laissées par Bad Uncle sur la Toile. «Punk d’opéra» d’un côté, «folk polkabilly» de l’autre en passant par le «surf gothique», l’amalgame musical proposé par Santosh Lalonde et ses collègues laisse les bonzes de l’industrie perplexes, mais personne indifférent. «Je crois que les gens “commencent” à comprendre ce que nous faisons!», lance le musicien. «En fait, c’est plutôt facile de se retrouver sur scène maintenant, mais comme aucune étiquette précise ne nous définit précisément, je crois qu’on n’a toutefois pas encore l’attention des gens des festivals, car ils ne sauraient pas trop quoi faire avec nous de toute façon», ajoute Lalonde avant de préciser qu’«il y a aussi le fait qu’on ne met pas encore beaucoup d’efforts sur notre promotion!»

En faisant fi du dossier de presse et des communiqués (du moins, pour le moment), le collectif dit se concentrer sur «l’essentiel». «On se contente de faire que ce qui nous plait, ce qui est fun : jouer de la musique!»

…et enregistrer un disque en une seule soirée.

Histoire de polaroids…

Essentiellement captée en une soirée dans différentes pièces de l’appartement du bassiste et batteur Ram Krishnan, la nouvelle galette de Bad Uncle se devait d’être cuisinée à la bonne franquette. «On voulait quelque chose de “spontané”, de “vite fait, bien fait“», explique Lalonde. «On ne voulait pas saper notre énergie en glandant dans un studio alors qu’on ajuste des micros ou je ne sais pas quoi.»

De l’aveu de l’oncle en chef, cette démarche permettait aussi au collectif de limiter ses dépenses, mais surtout de superviser la production du disque de A à Z. «Je voulais vraiment un disque qui ne sonne pas trop “clean”, qui représente bien ce que le groupe fait sur scène», fait-il valoir avant d‘expliquer la vision d’un album pour Bad Uncle. «Chacun de nos CDs se veut en fait un polaroid d’où nous en somme au moment de l’enregistrement.»

Une photographie qui permet aussi de fixer dans le temps les musiciens collaborant de près, de loin ou plus du tout à Bad Uncle.

Le contrebassiste, le guitariste et le truand…

Bien que ce nouveau chapitre ait été couché en quelques heures dans un appartement de Montréal, celui-ci a toutefois pris naissance dans les entrailles de la ville, lorsque Santosh Lalonde a demandé à un musicien de métro s’il pouvait «jammer» avec lui.

«J’ai croisé JP à quelques reprises en prenant le métro. Puis je l’ai remarqué à quelques concerts», se rappelle Lalonde, revenant sur sa rencontre avec JP (Jean-Phillipe Demers Lelotte), son nouveau contrebassiste. «À un moment donné, je me suis finalement décidé à lui demander si je pouvais l’accompagner. Je trouve ça particulièrement saoulant de jouer seul dans le métro, mais à deux, on peut au moins “jammer” ensemble.»

La collaboration impromptue a porté fruit alors que quelques compositions échafaudées entre les grincements des wagons se sont retrouvées sur le disque sous forme de chansons complètes. «C’était très intéressant de composer ainsi, sans être accompagné du groupe entier, mais on sentait déjà qu’on tenait de bonnes chansons pour la scène.»

Au fil des semaines et des concerts, les nouvelles maquettes ont pris forme sur les planches. «On n’a pas beaucoup répété avant de se lancer dans l’enregistrement, mais on a participé à plusieurs concerts. Même que pendant un bout de temps, alors qu’on pouvait avoir jusqu’à deux concerts par semaine, on n’utilisait même plus notre local de répétition», poursuit Santosh Lalonde. «C’est un processus plus intéressant – et surtout, plus amusant – pour nous. On a moins l’impression de se confiner dans un espace pour “répéter, répéter et répéter”.»

Alors que l’arrivée de JP a su insuffler une nouvelle énergie «rawk» à un groupe déjà aguerri par la scène, ce troisième polaroid marque aussi la «fin» pour la mouture actuelle de Bad Uncle. «Notre guitariste Hugo Joyal veut passer plus de temps sur son projet Hillbilly Rocketship et comme il est en grande partie responsable de notre son “surf psychobilly”, son départ risque d’avoir un impact sur notre style musical», glisse Lalonde avant de se faire plus rassurant. «On s’entend qu’on ne deviendra jamais un groupe de pop orchestrale, on demeurera toujours Bad Uncle, un band dont le seul mot d’ordre est de faire la fête.»

En fait, Santosh accueille plutôt bien cette arrivée et ce départ à venir. «Bien que ça peut être stressant par moments d’accueillir constamment de nouveaux membres, on doit accepter que les aléas de la vie et l’horaire de chacun ne s’harmonisent pas automatiquement à la réalité des autres membres du groupe. Puis, je dois l’avouer, je trouve ça rafraichissant. Ça me permet de “sortir de ma bulle”, d’explorer de nouveaux sons et de nouvelles chansons.» Ces bienfaits s’appliqueraient aussi aux autres “oncles” de la troupe. «Ça nous permet d’évaluer à titre de groupe, ça nous permet d’aller au-delà des rythmiques associées à la polka, par exemple.»

Et le public dans tout ça?

Contrairement à ce qu’il projette sur scène, Santosh Lalonde n’est pas qu’un agent provocateur, mais aussi un artiste quand même anxieux. «Je me demande vraiment comment le public va réagir à cet album», échappe-t-il en grillant une filtrée. «Personnellement, je ressors très satisfait de l’expérience, mais à force d’écouter le disque en boucle, je ne sais même plus s’il est bon ou non!»

Le chanteur et accordéoniste craint ainsi la réaction du public face à cet album qui tient plus davantage du «diamant brut» que de «l’œuvre d’art polie». «Ce disque n’a vraiment pas le grain d’un album enregistré en studio», poursuit-il. «Ça a son charme, bien sûr, mais ça pourrait faire “débander” certaines personnes, j’imagine. Peut-être est-ce trop “lo-fi”? Peut-être que ce ne l’est pas assez, qui sait? Confier un album à un ingénieur de son professionnel peut parfois faire toute la différence. C’est ce qu’on fera peut-être la prochaine fois: un album “professionnel” avec une “vraie” pochette de disque et les mots des chansons imprimés dedans.»

Alors qu’il termine cette phrase, Lalonde tente de ravaler les mots qui se sont échappés de sa bouche. «Quoique j’aime bien l’idée de garder le tout “trashy” et “lo-fi” avec ce projet!»

À minuit moins une…

Après notre entrevue, Santosh Lalonde disait devoir… retourner travailler sur l’album que Bad Uncle lancera ce jeudi et que le groupe a pourtant enregistré il y a des mois. “Je travaille mieux sous pression!”, laisse-t-il tomber pour s’expliquer. “J’ai donc tout fait à la dernière minute. Je dois d’ailleurs acheminer le tout aux gens qui s’occupent de la duplication des disques dès demain matin”, élabore-t-il, à environ une semaine du lancement. “Même qu’on a recommencé à travailler sur l’album que des mois après l’enregistrement, que lorsqu’on a réservé une date pour notre lancement, en fait!”

Idem pour l’art visuel qui accompagnera le gravé. «On n’a toujours pas décidé de ce qu’on ferait avec le graphisme de la pochette», confie Lalonde. «Je crois qu’on verra lorsqu’on recevra les disques à mon retour d’une petite tournée avec les Unsettlers. Encore une fois, ça sera à la dernière minute, mais j’espère avoir quelques idées sur la route, mais ça risque aussi d’être un truc bon marché comme une image volée sur Internet!»

«Prière de ne pas déranger. Je suis en vacances.»

Drôle de coïncidence. Alors que Bad Uncle lancera un nouveau compact ce jeudi, les membres du projet risquent de se séparer à la tombée du rideau. «On va sûrement prendre une petite pause qui va s’étirer sur quelques mois», souffle Lalonde. «Les récents concerts du groupe nous ont éreintés et on ne voudrait pas que le public en ait marre de nous voir. De plus, j’aimerais revenir à la charge avec un nouveau son, de nouveaux collègues et de nouvelles pièces.»

Voire un nouveau talent.

«Je profiterai de la pause pour apprendre à me servir de l’autre côté de mon accordéon, tiens», conclut-il. «J’imagine que ce n’est pas très compliqué!»

Bad Uncle lancera son 3e album, ce jeudi 24 novembre, à 22h, à la Coop Katacombes (1635, boulevard St-Laurent), avec Steady Swagger et Chahut D’Ruelle. «Avec 35% de plus de surprises de cirque !!!». 8$ à la porte//10$ pour le CD//15$ pour le CD et l’entrée.

www.myspace.com/saybaduncle
www.saybaduncle.com
Un commentaire
  • bettina lelotte
    20 décembre 2011

    PUR LA POCHETTE DU DISQUE JE VOUS SUGGERE D ALLER VOIR JEAN CHRISTOPHE DURAND LE GRAND FRERE DE JEAN PHILIPPE IL A UN TALENT IMMENSE DANS L ART DE DESSINER ALLER VOIR SES TOILES SUR SON FACEBOOK CE QUE VOUS FAITES POUR MON FILS UNE MAMAN TRES FIERE DE SES GARCONS XOXOXO BETTINA LELOTTE