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Arseniq33 : Tirer sa révérence… dans le tas!

Arseniq33 : Tirer sa révérence… dans le tas!

Kristof G
21 janvier 2010

On s’était donné rendez-vous dans une pizzéria tranquille, située à deux pas du trou béant laissé par la démolition du Spectrum. À ma table, viennent s’asseoir les deux gars qui tiennent à bout de bras Arseniq33 depuis maintenant 18 ans : Yannick Pilon et Eriq Poissant. Effectivement, ça fait un sacré bout de temps, mais ils n’en ont plus pour très longtemps : le groupe a décidé d’avaler le poison qu’ils portent comme nom (métaphoriquement, on s’entend), lors d’un imminent et ultime concert à la fin du mois.

Y’a pas que leurs costumes qui sont « tights »

«C’est assez atroce», laisse tomber Poissant, bassiste et parolier du groupe, lorsqu’on pointe du doigt l’endroit où était plantée la salle susmentionnée. Réaction très compréhensible, étant donné que le groupe y a vécu une soirée inoubliable il y a une décennie. C’était en 2000, dans le cadre des Francofolies, pour un concert mis sur pied par l’Empire Kerozen visant à célébrer les 20 dernières années de la scène « underground » montréalaise. Au menu : une vingtaine de reprises locales et de collaborations spéciales. Le type qui les avait appris sous son aile, Pat K (Kerosen, Bazooka, BangBang et tout plein d’autres zines), les avait recrutés à titre de « house band » pour l’occasion. Ce qui a mené As33 sur la couverture du Voir.

«Après ça, on pouvait dire qu’on avait joué avec tout le monde», se remémore Poissant, avant d’ajouter que le groupe avait ainsi gagné le respect de tous. «On avait Les Vulgaires Machins qui chantaient du Secrétaires Volantes, on avait Xavier Caféine… WD-40 était là, Groovy, on jouait du Grimskunk avec Marco Caliari, du BARF avec Sébastien Croteau, les Flocons Givrés, les Loco Locass…». Dire que l’année d’avant, alors qu’ils venaient à peine d’adopter leur fameux uniforme, de « minuscules » groupes comme Les Cowboys Fringants et Loco Locass jouaient en première partie du quatuor pour le lancement de leur quatrième album.

De beaux souvenirs, à classer avec ceux de leurs trois tournées françaises, avec des pointures comme Fishbone et Suicidal Tendencies.

Il était une fois… à Beauharnois…

Mais As33, ça a commencé comment? Remontons en 1992. Pilon et Poissant jasent pour une première fois. Le sujet? Le solo de la pièce « One » de Metallica. Aussi simple que ça.

Poissant venait de se faire congédier de son groupe de hard rock. De son côté, Yannick Pilon, chanteur-guitariste, voulait changer de son («j’étais un genre de Paul Piché raté», avoue le principal intéressé avec un petit sourire gêné). Le « timing » était bon. Ils se sont rapidement trouvé un batteur et un nom.

Inspirés par Possession Simple, les gars recrutent un saxophoniste (!) pour faire différent. Le son Arseniq33 était né. Une espèce de punk aussi engagé qu’enragé et étrangement jazzé. En ’94, le groupe se transplante à Montréal et sort le premier d’une demi-douzaine d’albums autoproduits. Au niveau des textes, Poissant avoue avoir privilégié une approche de type « grunge », « australopithèque » et « concassée » (selon le parolier). Des inspirations à l’image des méthodes d’enregistrement très « D.I.Y. » de son groupe, qui a transformé leur local de pratique en studio d’enregistrement. «On avait ensuite juste besoin d’apporter nos bobines pour aller mixer (…) ça impressionnait pas mal les gars chez Indica», avoue Pilon, pas peu fier.

La vie après la Mise à Mort

Vous vous demandez ce qu’on va faire sans l’«Ultime-Destructe-Orchestre» ? Si certains ne veulent rien précipiter, rassurez-vous, d’autres continueront à rocker. On retrouve notamment Pilon au sein de Buffalo Theory, un projet de stoner métallique l’unissant à trois ex-Ghoulunatics. Parlant d’ex, espérons que les anciens membres d’Arseniq 33 (les batteurs Mathieu Houle et Pierre Pitre en plus des saxophonistes JF Payant et Vincent Montreuil) viendront faire leur tour, lors du concert d’adieu.

«Salut tout le monde, j’vous tire ma révérence» chantait Pilon sur « Malachop », extrait tiré de Courtepointes, sixième et ultime album du groupe (et réalisé par nul autre que Fred Fortin et Michel Dagenais de la Sale Affaire). Pour faire mentir une autre ligne de la même pièce, les gars ont décidé de tirer la plogue avant de faire des chansons pop. Et c’est très bien ainsi. Arseniq33 est mort, vive Arseniq33!

Au Petit Campus, vendredi le 29 janvier, avec Les Contracteurs Géméreux et Fallstaf, 20h

myspace.com/arseniq33band

Discographie :
L’Allégorie du Pain de Viande (1994)
L’Ignorance c’est le Bonheur (1996)
Kronikannine (1998)
Y’a des Limites à Faire Dur (1999)
Vous Êtes pas Heureux [mini-album] (2001)
Tranquillement Les tranquillisants (2002)
Courtepointes (2005)
Dansez, Bande de Caves [compilation] (2008)

4 commentaires
  • bergZ
    21 janvier 2010

    très bien l’article! Ne reste maintenant plus que Grim Skunk (qui se fait toutefois très discret) des bands qui meublaient la scène underground des années 90.

  • Kristof G.
    21 janvier 2010

    Merci Les Cheveux. Effectivement. Une question subsiste: à quand la tournée réunion de TSPC?

  • Pistov
    22 janvier 2010

    TSPC? On veut connaitre la suite.

  • Kristof G.
    22 janvier 2010

    Sérieux, c’était pas mauvais mais je préfère de loin Arseniq33 (qui est nettement plus original).

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CHRONIQUES

L'abominable homme des cons
Simon Jodoin
26 août 2010

L’état de la chanson francophone au Québec : Je dis bullshit madame.

« L’état de la chanson française au pays, en cette ère de la mondialisation »… C’était les mots, graves et pesants, prononcés par Céline Galipeau au téléjournal, pour introduire un reportage de Catherine Kovacs et France Dauphin. C’était en juin dernier, rediffusé au début de cette semaine. « En cette ère de mondialisation… ». J’ai monté le son du téléviseur. Ce n’est pas bien, ça, la mondialisation. Et si vous mettez « chanson française » et « mondialisation » dans la même phrase, ça donne un effet tragique, ça fait craindre : vous allez voir, à la fin, le gros méchant va manger le petit gentil. Et il n’y aura pas de deuxième chance. Après, c’est la fin, pas de suite la semaine prochaine. J’aime la tragédie alors j’ai monté le son que je vous disais.