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Reportages et entrevues

André Daneau: Rigodon nouveau genre

André Daneau: Rigodon nouveau genre

André Péloquin
17 décembre 2010

À quelques jours du marathon des Fêtes, BangBang s’entretient avec André Daneau, un harmoniciste, podorythmiste, «beatboxer» et compositeur qui s’apprête à lancer un premier album solo où le « trad » swing avec l’urbanité.

Musicien qu’on a tout d’abord vu en compagnie d’artistes comme le slameur Ivy, André Daneau passe finalement à l’avant-scène… 12 années après ses débuts. « J’y suis allé à l’inverse! », s’exclame-t-il. « J’ai commencé à jouer professionnellement, puis j’suis retourné suivre des cours de théorie, de composition et d’harmonie! » Avant ses cours, et avant même de se ruiner les babines sur ses harmonicas tout en tapant du pied, Daneau s’est mis à la musique en faisant du bruit avec sa bouche. « J’ai un parcours assez ecclétique ! J’ai commencé avec le « beatboking » pendant les années 80 », révèle ensuite celui qui a tout d’abord été influencé par les Fat Boys, Biz Markie et autres figures marquantes de l’époque.

Percuté a priori par l’esprit de rébellion qu’insufflait le rap, l’adolescent  a été attiré par les rythmiques du genre par la suite. « Plus tard, j’ai intégré le « beatboxing » à mon jeu d’harmonica. À ça, j’ajoute la podorythmie [NDLR: le « tapage de pied » essentiel à tous bons reels], ça donne quelque chose de très rythmique. »

« Swinger la baquaise » et autres clichés

André Daneau est aussi un personnage drôlement discordant. En plus d’être un musicien autodidacte – qui est aussi luthier de formation ! –  cet amateur de rap de la première heure, montréalais d’origine, évolue maintenant au sein d’une mouvance musicale qu’on associe davantage aux cabanes à sucre qu’au macadam. « Ce n’est pas un genre si hermétique. Le « trad » s’est métissé beaucoup depuis les vingt dernières années », explique l’harmoniciste. « Moi, le groupe qui m’a amené à aimer ça, c’est la Bottine Souriante et ils intégraient déjà des éléments de jazz à leur musique à l’époque», ajoute-t-il avant d’aborder sa démarche. « J’suis conscient qu’il y a un clash entre les deux genres, mais ça marche. La podorythmie et le « beatboxing », ça « fitte » ensemble. C’est une question de rythme ! »

Casser des pièces… et des harmonicas

En 2009, André Daneau remanie certaines compositions et en compose de nouvelles pour ce premier disque solo. Il testera chaque pièce sur scène lors de jams organisés en compagnie d’Harmonica A cappella, un collectif d’harmonicistes. Bref, encore une fois, Daneau prend son temps. Cette fois, c’est pour d’éviter de répéter les erreurs captées sur son démo lancé en 1998. Un premier jet « explosif, intuitif et sans structure » aux dires du principal intéressé. « En composant l’album, j’ai misé davantage sur l’ambiance que sur l’émotion », explique le musicien tout en ajoutant que son plus grand défi était de transposer l’énergie de ses prestations sur l’appareillage du studio.

En plus de miser sur l’ambiance, Daneau comptera aussi sur une panoplie d’harmonicas unique en son genre. À l’image de William Borroughs, qui découpait littéralement ses textes pour y trouver un nouveau sens, le luthier a démonté des musiques à bouche, à l’aide de scies et de limes, pour explorer de nouveaux instruments et de nouvelles sonorités. « Des opérations à cœur ouvert ! », précise-t-il.

Gagner ses lettres de noblesse

Avec plus d’une décennie au sein de la « scène locale », André Daneau a aussi été témoin des récents chamboulements au sein de celle-ci. « Elle a finalement atteint ses lettres de noblesse », lance-t-il lorsqu’on lui demande ses impressions. « T’sais, avant, si t’étais pas signé, ni distribué, t’étais un peu boudé. Maintenant, c’est presque une qualité. C’est même recherché par un certain public. Les indés sont maintenant aussi crédibles que ceux qui sont signés ! » Et ils le sont de Montréal à Saint-Dilon.

Lancement du disque éponyme d’André Daneau : le 18 décembre, en formule « 5 à 7 » au Quai des brumes à Montréal. Entrée libre.
andredaneau.com
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