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Reportages et entrevues

«Blood Sweat + Vinyl : DIY in the 21st Century» ou comment définir notre avenir musical

«Blood Sweat + Vinyl : DIY in the 21st Century» ou comment définir notre avenir musical

Julie Ledoux
18 novembre 2011

L’idée de départ paraît plutôt simple : filmer et comprendre ce qu’est la musique et la production indépendante, de nos jours. Pourtant, lorsque Kenneth Thomas a lancé l’idée, en 2005, rien ne laissait présager tout le travail qu’il faudrait accomplir pour saisir l’essence du do-it-yourself, de la musique indépendante, de A à Z.

« Je suis un grand fan des documentaires sur la musique, en général, mais au début des années 2000, plusieurs documentaires sur la musique ont été tournés – sur le punk, le rock, le grunge, etc. -, mais ils se rattachaient toujours à l’idée d’exposer à quel point «tout était mieux avant», à retracer l’histoire d’un genre, mais sans nécessairement faire un état des lieux actuel », raconte Kenneth Thomas, le réalisateur et instigateur du projet, en direct d’un café-librairie à San Francisco, où il étudie.

« Je me disais que pourtant, aujourd’hui, il y a de musique incroyable qui est faite, encore. Et encore beaucoup de manière indépendante. Je voyais qu’on parlait beaucoup du DIY dans les documentaires sur les premiers jours du punk-rock, par exemple, mais il y en a encore beaucoup aujourd’hui! Et pas seulement les trois dans mon documentaire! Mais je voyais une connexion entre ces trois maisons de disques indés », poursuit Thomas, en réfléchissant encore à la question.

« Ce sont trois maisons de disques indépendantes créées par des gens qui sont des musiciens, à la base, et qui connaissent le milieu. Ils veulent avoir le contrôle sur toutes les étapes de leur production. Ils ont aussi une énergie propre, un visuel qui leur appartient autant qu’une variété de styles représentés. Et leurs publics peuvent se rejoindre, en quelque part », analyse celui qui est à la tête de The Scourge Productions et qui achève présentement une maîtrise en études cinématographiques ainsi qu’une trilogie intitulée The Pathology of Civilization.

En octobre 2005, c’est avec courage qu’un soir de spectacle de Pelican, Kenneth s’est approché de la table de marchandise, a rencontré le batteur du groupe, puis Aaron Turner, le directeur de Hydra Head Records (genre : métal – ville : Los Angeles), et lui a déballé son idée à laquelle Turner a tout de suite acquiescé. Tout s’est ensuite passé très vite : la rencontre avec Neurot Recordings (genre : punk/rock – ville : San Francisco) – par l’entremise de Hydra Head – et Constellation Records (genre : rock/expérimental/indie – ville : Montréal).

Puis, le tournage, sur 5 ans, a permis à Kenneth et son équipe de caméramans de relever de nombreuses performances d’artistes de tous horizons, incluant, évidemment, Neurosis, Isis, Pelican, et nos bienheureux bonzes locaux, Godspeed You! Black Emperor, et Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra (ou A Silver Mt. Zion ou Thee Silver Mt. Zion, comme vous le voulez).

« Nous avons tourné la première fois en novembre 2005 et la dernière fois, en avril…2011. La vraie version du film a été terminée en… euh… octobre 2011! », rigole le réalisateur, à l’autre bout du continent. « Mais toutes les personnes qui l’ont vu semblent aimer ça! », affirme Kenneth Thomas en riant, sans aucune prétention.

Blood, Sweat + Vinyl regroupe donc des performances enregistrées en spectacles, des entrevues, des analyses faites par Thomas et les gens interrogés pour l’occasion : « En fait, je sais pourquoi ils font ça DIY, mais je voulais les entendre me le dire, dans leurs propres mots, avec leurs explications, leurs motivations. Nous avons refait une tournée d’entrevues, vers la fin, pour savoir comment et pourquoi ces gens continuaient à faire ce qu’ils font, par eux-mêmes, sans aide extérieure. En somme, ils répondent aux interrogations du public. Ils confirment ce que l’on pense mais qu’on ne parvient pas à expliquer », explique le réalisateur. « Ils réaffirment leur amour de la musique et leur souhait de pouvoir continuer à faire ce qu’ils font, de manière indépendante, aussi longtemps que possible. »

« En fait, je crois que c’est Steve Von Till, un des chanteurs de Neurosis, qui est parvenu à l’expliquer de la meilleure manière », réfléchit Thomas. « Il nous a dit que ce qui était important, en fin de compte, c’est de pouvoir laisser sa trace, un héritage musical, une façon de faire la musique. » Bien que Neurosis ait sorti quelques disques sur d’autres étiquettes, avant de fonder Neurot Recordings, c’est lorsqu’ils ont pris le contrôle de leur production que tout s’est placé : « Von Till disait que quand ils ne seraient plus là, il resterait toujours leur musique, et le legs de tout ce qu’ils auront fait, en sachant que rien n’aura été compromis, en bout de ligne. Dans 20 ou 30 ans, ils pourront regarder ça en se disant qu’il s’agissait vraiment de création authentique. »

Après avoir été présenté au Heavy Metal Film Festival de Los Angeles, au Festival Indie de Belo Horizonte au Brésil, au Supersonic Festival de Birmingham en Angleterre, ainsi qu’à Seattle, Tucson, Oakland, Porto et Barcelone, c’est maintenant à Montréal que le film (et son réalisateur) s’arrêtera! À ne pas manquer, le lundi 21 novembre, à la Sala Rossa, dès 20h.

www.bloodsweatvinyl.com

Crédit photo : Carlos Melgoza


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