BangBang : bangbangblog.com

Reportages et entrevues

Xiu Xiu: Une décennie sans compromis

Xiu Xiu: Une décennie sans compromis

Nicholas Lavallée
25 mai 2010

« Profondément tourmenté, angoissé, instable, livrant une poésie noire et cauchemardesque ». Voilà - en général - le portrait que j’avais brossé de Jamie Stewart dans une critique d’album, il y a quelques années. C’est qu’en plus de livrer une musique inconfortable qui ne laisse personne indifférent, l’homme qui pilote depuis près de 10 ans le véhicule expérimental Xiu Xiu ne s’est jamais gêné pour aborder des thèmes « sensibles » et provocateurs tels que l’inceste, l’autodestruction, les déviances et plus récemment, la boulimie. Mais après avoir passé quelques minutes en sa compagnie, force est d’admettre que Jamie Stewart est  fort sympathique, généreux et pourvu d’un bon sens de l’humour.

Xiu Xiu fêtera sous peu son dixième anniversaire, as-tu déjà pensé te rendre aussi loin avec ce projet ?

Quand j’ai fondé le groupe en 2000, je savais que ce ne serait pas l’histoire de quelques mois seulement. Mais honnêtement, je n’aurais jamais pensé me rendre aussi loin.

Xiu Xiu ne s’est jamais compromis, tant d’un point de vue musical que lyrique. Crois-tu que tu aurais survécu, en tant qu’artiste, sans cette liberté totale de création ?

Hum…Je ne sais pas. On aurait probablement obtenu plus de succès si quelqu’un m’avait ralenti dans mes explorations! (rires)

Depuis quelques années, des groupes à tendances expérimentales tels que Animal Collective ou - à un degré moindre - TV On The Radio obtiennent beaucoup de succès. Qu’en penses-tu ?

Et bien peut-être que le public est plus ouvert à l’expérimentation qu’auparavant. D’un autre côté, c’est normal pour tous genres musicaux de progresser ainsi. La musique classique par exemple a débuté sous une forme spécifique ; des compositeurs comme Bach ont pu élaborer des structures précises que John Cage est venu chambouler 500 ans plus tard. Pour ce qui est du rock, on cherche depuis 50 ans à le déraciner du blues, à l’amener plus loin.

Votre plus récent album s’intitule Dear God, I Hate Myself. Je sais que la musique et les paroles de vos chansons s’inspirent de votre vie personnelle ou de celle de vos proches mais aujourd’hui en 2010, crois-tu que c’est commun pour un être humain de se détester ?

Je pense que dans n’importe quel moment de l’Histoire, il y a eu des tas de gens qui se haïssaient profondément. C’est très difficile d’être un être humain et chaque personne doit lutter pour dealer avec ça. Malheureusement, chez certaines personnes, cet inconfort résulte en une autodestruction ou une destruction des autres.

Et Jamie Stewart, il s’aime ou pas ?

Ce soir, je ne me sens pas très bien parce que j’ai l’impression d’avoir joué un show à chier…

(NDLR : Le concert était peut-être un peu court puisque Xiu Xiu devait s’envoler pour Beijing peu de temps après, mais très intense et fort apprécié du public.).

Pour un troisième album consécutif, tu as travaillé la réalisation avec Greg Saunier, le batteur de Deerhoof. Je crois que tu as trouvé une formule gagnante, n’est-ce pas ?

Il est doué pour des trucs dans lesquels je suis poche. Par exemple il a un sens fantastique des harmonies. Il a le talent pour tout mettre en place, mettre l’ordre dans le chaos. De plus, comme on se connaît depuis plus de 10 ans, il peut me dire honnêtement si je me répète  ou si ce que je fais a de l’allure. D’un point de vue purement technique, il maîtrise plusieurs instruments et c’est un excellent ingénieur. Il est tout un atout en studio.

Comment décrirais-tu l’album ?

Sais-tu, j’essaie d’éviter cette question. Je ne crois pas que c’est dans l’intérêt d’un musicien d’être trop analytique vis-à-vis de son travail. Je te laisse cette job là!

Vous êtes en tournée depuis février mais à la fin du mois d’avril en Autriche vous avez interprété, en compagnie de Deerhoof, l’album Unknown Pleasures de Joy Division. Parle-moi de cette expérience.

C’était très excitant. Deerhoof est mon groupe favori actuellement alors à certains moments sur scène, je m’arrêtais pour réaliser que j’étais en train de jouer mon album préféré de tous les temps avec mon band préféré, c’était incroyable. Je retenterais cette expérience si j’en avais l’occasion.

J’aime bien jouer des covers. Chaque chanson que j’ai interprétée représente quelque chose d’important pour moi ou d’autres membres de Xiu Xiu. C’est une façon de remercier les artistes qui nous marquent en quelque sorte.

On a quelques minutes pour discuter de politique. Tu n’approuvais vraiment pas l’ancienne administration américaine. Seize mois après l’entrée en fonction de Barack Obama, qu’en penses-tu ?

Ce n’est pas parfait, mais c’est bien. Je pense que c’est ce à quoi je m’attendais : il est un politicien dans un parti majeur et il se comporte comme un politicien dans un parti majeur. C’est certain que je le préfère à Bush : il n’est pas un idiot mais plusieurs de ses promesses, notamment en ce qui a trait à l’environnement, ne se sont pas encore concrétisées. Par contre, j’aime les efforts qu’il déploie dans le domaine de la santé. Pour résumer, certaines choses sont bien et d’autres un peu bâclées. Mais c’est toujours mieux que les dernières années où TOUT était bâclé.

Que devrait-il améliorer ?

Il devrait faire les choses qu’il a dit, suivre son plan et je crois sincèrement que c’est possible de le faire. Mais pour une raison qui m’échappe. Le Parti démocrate semble pétrifié par les Républicains. Plutôt que d’avoir du guts et de lancer les projets qui leur tiennent à cœur, on dirait qu’ils font tout pour leur plaire. C’est mission impossible puisque les Républicains ne cherchent qu’à fucker les démocrates. Ils ne veulent rien accomplir.

En terminant, plusieurs bands refusent de tourner en Chine en raison des politiques gouvernementales de l’Empire du Milieu. Visiblement, ce n’est pas ton cas.

Considérant que mon gouvernement est aussi, sinon pire que celui en place ici, je n’ai aucune autorité morale pour juger. Je comprends que c’est un choix politique de jouer en Chine, mais ce l’est aussi aux États-Unis ou en Angleterre. Je ne crois pas que la population chinoise soit méchante. On est ici que pour trois jours et jusqu’à présent tout le monde a été gentil avec nous. Ce n’est dans l’intérêt de personne de s’empêcher de saluer nos concitoyens Terriens.

Xiu Xiu devrait passer par Montréal en octobre. Je ne veux pas trop m’avancer mais cela coïncide avec un certain festival montréalais…

myspace.com/xiuxiuforlife

xiuxiu4life.blogspot.com

Pas encore de commentaire. Laisser un commentaire

Le Scrapbook du BangBang

CHRONIQUES

Chroniques
Guillaume Déziel
10 mai 2012

L’arme de discussion massive

Depuis l’invention de l’imprimerie, la politique s’est toujours exercée sensiblement de la même manière. Le peuple élit ses représentants et ces derniers gouvernent et prennent des décisions. Depuis le début des temps, les politiciens ont toujours gouverné et cherché à contrôler leur message. La communication s’est faite de façon unidirectionnelle : un émetteur dicte un message ; des millions de récepteurs, passifs, reçoivent ce message et gardent leur réflexions pour eux-mêmes, jusqu’à la prochaine révolution de salon, lors du prochain party de famille ou du prochain BBQ entre amis. C’est l’ère de la communication 1.0. Un parle, tandis que les autres n’ont qu’à écouter.