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Reportages et entrevues

Vulgaires Machins : Noces de cristal

Vulgaires Machins : Noces de cristal

Alexis Charlebois-Laurin
11 juin 2010

Quinze ans après avoir fondé les Vulgaires Machins avec Marie-Ève Roy, Guillaume Beauregard mène l’une des formations francophones les plus en vue de l’univers musical québécois. Leur dernier album, Requiem pour les sourds, paru en mars dernier, ramène la formation à un son plus rapide sans délaisser pour autant leurs textes « dénonciateurs ». Entrevue avec Guillaume qui aimerait mieux que le ciel tombe que de ralentir au sixième disque.

Ça représente quoi les Francofolies pour toi par rapport à un autre gros festival?

Quand on joue dehors, ça rend les Francos plus spéciales, mais comme c’est en salle cette année, on le perçoit plus comme un show des Vulgaires plus standard. Une rentrée montréalaise, si on peut dire. Mais en même temps, c’est sûr qu’il y a une énergie dans le quartier qui est assez cool pendant les Francos.

Pourquoi avoir repêché les Sainte-Catherines (qui ont traduit leurs textes en français pour l’occasion) pour faire votre première partie?

Premièrement, parce que c’est de bons amis, puis parce que c’est super bon ce qu’ils font. Le fait qu’ils le fassent en français, ça ajoute un côté unique à l’événement, dans le fond. C’est pas mal tous les éléments que ça prenaient pour avoir le goût de faire ça avec eux autres. Puis je vais t’avouer que dans le punk rock francophone, les Ste-Cath c’est pas mal le meilleur band à notre avis. Je dis francophones pour l’événement, mais punk rock tout court au Québec aussi.

Est-ce que le punk rock est condamné à être perçu comme étant une musique pour adolescent?

Non, je ne pense pas. Je pense que la génération de nos parents, qui est encore au pouvoir dans bien des sphères, incluant l’industrie de la musique, ce n’est pas une génération qui a écouté du punk rock ben, ben. Je me permets de penser que notre génération est bien plus ouverte sur ce genre-là. Comparativement à il y a trente ans où c’était beaucoup plus marginal dans le fond. Mais encore faut-il qu’il y en ait des bands punk rock au Québec pour que ça se passe.

Tu penses qu’il en manque?

Je ne sais pas s’il en manque. Il y a probablement des dizaines de bons bands punks au Québec, mais je ne les connais pas. Je ne peux pas dire que je connais tout. Mais dans le paysage musical que l’on voit à travers les médias et la scène, si on peut appeler ça une scène, et toutes les shows qu’on fait en région et les bands qu’on rencontre, c’est rare que je tombe sur un groupe punk qui me donne envie d’acheter leur album et d’aller voir leur show. C’est rare.

Une semaine après sa sortie, votre nouvel album s’est retrouvé numéro un des ventes de disques au Québec. Est-ce que tu as eu un petit sourire fier et baveux où tu t’es dit que vous alliez pouvoir payer les comptes?

Je me suis surtout dit: Cool, on a torché Lady Gaga au moins une semaine. Mais franchement, autant ça fait plaisir dans un sens, parce que ça fait longtemps qu’on essai de pousser le message le plus loin possible et qu’on essaye de franchir la barrière interdite du mainstream au Québec en restant le plus intègre et conséquent possible par rapport à notre démarche. C’est sûr que c’est une très petite victoire parce qu’on ne peut pas parler de relation avec la condition financière du band. C’est bien beau avoir les meilleures ventes pendant une semaine, mais on aime ça mettre de l’argent sur nos propres albums aussi puis, au bout de la ligne, ce n’est plus ce que c’était il y à 5, 6 ou 10 ans. Être meilleur vendeur au Québec, en ce moment, ça ne veut pas nécessairement dire vendre beaucoup d’albums. Ironiquement, on n’a jamais fait d’argent avec les ventes d’albums, ce n’est pas là que ça se passe. C’est plus la symbolique de ça qui a fait triper le band.

Après 15 ans en tant que groupe, vous ne payez toujours pas les comptes avec les Vulgaires?

On gère les affaires avec tellement de rigueur qu’on arrive à faire fonctionner le band puis à se gratifier assez pour que le band soit l’activité principale des membres. C’est ça l’objectif depuis déjà 7-8 ans, c’est d’arriver à rouler puis de pouvoir faire surtout ça dans la vie. Puis si ça se passe comme ça, c’est surtout parce qu’on fait beaucoup de shows, puis partout en région, c’est tout le temps plein. Il y a du monde de partout qui vient nous voir et c’est assez rare qu’on arrive quelque part et que le show ne marche pas. C’est dans les shows que ça se passe. Peu importe combien tu vends d’albums, si le monde se déplace pour aller voir le band, c’est là que ça fait la grosse différence. Mais on reste dépendant des subventions et on reste des adeptes de la simplicité volontaire obligatoire.

Le cover de votre album c’est un bateau qui coule. J’imagine qu’on peut voir ça de plusieurs façons, mais pour toi qu’est-ce qu’elle représente cette image ?

Brièvement, pour moi c’est l’humanité et la planète à la dérive et les gens qui ne font rien. Ce n’est pas tellement que je ne me garde pas une petite place pour l’espoir et que le groupe n’est pas enthousiaste par rapport à ce que l’on fait, mais…c’est dans notre nature d’annoncer la fin du monde, puis si c’est la fin du monde dans un sens, c’est parce que l’apathie est généralisée. On est devenu tellement cynique par rapport à la politique et à la démocratie même que c’est assez inquiétant.

La chanson « L’escorte » commence avec les paroles: «Je suis un punk de droite.» Est-ce que c’est quelque chose qui n’a pas de sens pour toi que d’être un punk de droite ?

C’est sûr que dans le cas de cette chanson-là, c’est avec une pointe d’ironie. Je ne pense pas être de droite. J’aimais le non-sens là dedans. Moi je pense que le punk est une démarche et un mouvement qui est progressiste quelque part. Même si on ne peut pas juger des valeurs du monde, chacun à le droit de penser ce qu’il veut mais moi ça m’a tout le temps choqué de savoir que les Ramones étaient de droite. C’est quelque chose que j’ai de la misère à comprendre. Mais, en même temps, c’est des Américains, il ne faut pas trop leur en demander.

Est-ce que c’est quelque chose qui t’empêche d’écouter leurs albums ?

Non, pas du tout. Je les écoute et je trouve ça super bon. L’idée ce n’est pas de censurer quiconque, c’est d’être capable d’entendre le message et d’avoir un esprit critique par rapport à ça. Les Ramones avaient leurs opinions, mais il ne faisait pas chier personne avec leurs textes. Ils parlaient de sniffer de la colle, y’avait rien de politique dans ça. La politique était dans la démarche.

Quel album t’as le plus influencé: Punk In Drublic de NOFX ou Less Talk, More Rock de Propagandhi ?

Less Talk, More Rock. C’est un album que j’ai pas mal découvert au moment où je commençais à avoir le goût d’écrire des chansons, jouer de la guitare, avoir un band et jouer des shows. Ça a changé ma vie. Ça a changé ma perception du punk rock parce que tout à coup c’était dans ma face. Il y avait un message qui était radical, un message que j’avais envie et besoin d’entendre. Ça m’a complètement ouvert une porte dans la vie et ça m’a donné envie d’avoir le même band à la limite. Je n’ai jamais eu autant de frissons dans ma vie que d’entendre certains passages de Propagandhi où les paroles avaient été écrites pour moi personnellement. C’est pour ça que c’est aussi magique et puissant, c’est parce qu’on se rend compte que ça peut être fédérateur. C’est ça qui nous inspire dans le fond. C’est un band que je continue à aller voir en show, à écouter et d’acheter leurs albums. Puis je continue de penser que c’est un band qui ne va jamais mourir, qui va rester dans l’inconscient et le conscient collectif de la communauté punk de la planète au complet parce que c’est un des plus beaux exemples d’engagement à travers la musique. Il y en a plein des beaux exemples, mais je pense que Propagandhi a mis la barre haute.

Un album punk rock récent que tu recommanderais à tout le monde?

Un des derniers albums que j’ai écouté en boucle jusqu’à plus capable c’est l’album de Copyrights, Learn The Hard Way. On a écouté ça dans le truck en tournée comme des débiles. 2-3 fois par jour. Ça sonne Green Day en 1994 en presque mieux. Du calibre de Dookie.

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Le 16 juin au Métropolis de Montréal, le 19 à Montebello et le 23 juin sur les Plaines d’Abraham à Québec.

Photo: Marianne Larochelle

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