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Reportages et entrevues

Vulgaires Machins : en bois franc

Vulgaires Machins : en bois franc

André Péloquin
13 septembre 2011

Si le quatuor punk rock s’est déjà battu à mains nues en plus d’avoir joué devant plus de chiens que d’humains dans un squat, celui-ci considère que leur plus récent compact acoustique, disponible dès aujourd’hui dans les bacs, demeure un de leurs plus grands risques à ce jour. Entretien sans langue de bois avec Guillaume Beauregard et Marie-Ève Roy.

« Gimme Danger »

Sans pouvoir parler de « mode », on peut tout de même constater une certaine « mouvance » du punk rock vers le folk depuis des années. Autant Joey Cape de Lagwagon que Tony Sly de No Use For A Name remportent un succès critique et populaire à titre d’auteurs-compositeurs-interprètes troquant les « power chords » électrifiées à la bonne vieille « guit’ sèche ». Localement, le violon d’Ingres folk des Sainte Catherines, Yesterday’s Ring, vient en tête, suivi de près par Paul Cargnello qu’on a déjà connu comme étant le « jackass » (ses mots!) à la tête des Vendettas.

Guillaume Beauregard, qui a déjà chanté qu’il préférait que le ciel lui tombe sur la tête plutôt que « ralentir » au sixième disque sur « Une chanson acoustique », une pièce cinglante tirée de Requiem pour les sourds, voit cette chute dans la cadence non pas comme un pas dans une direction plus folk pour Vulgaires Machins, ni comme un doigt d’honneur au punk rock, mais plutôt comme un moyen de se mettre en danger.  « Non, je ne pense pas que le punk s’essouffle », tranche le chanteur et guitariste.  « On ne veut pas être sur le pilote automatique par contre, ça c’est garanti », ajoute-t-il avant de s’expliquer. « Avec un album où on décide de ralentir, tout devient dangereux et nouveau. Tout reste à inventer. C’est la « drive » qu’on cherchait : un peu d’adrénaline, une expérience qui s’annonçait différente. » Marie-Ève intervient : « C’est un feeling, c’est ce qui nous interpellait et c’est ce qu’on avait envie de faire à ce moment-là. »

Ainsi, ce premier disque à saveur folk n’a pas germé autour d’un feu de camp, mais bien en studio en compagne de leur collègue et ami Gus Van Go (l’ex-Me Mom & Morgentaler qui a notamment manié la console d’enregistrement pour des albums de The Stills, Priestess en plus de Requiem pour les sourds et Compter les corps de Vulgaires Machins). « Ça s’est fait spontanément; il n y’a pas eu trop de réflexion de ce côté-là », se rappelle Beauregard. « On était en studio avec Gus et je crois que j’ai lancé l’idée. Hey, on devrait faire un album acoustique! » Roy en rajoute : « On avait pris un mois « off » pour des raisons personnelles après la sortie de Requiem pour les sourds et on s’est dit « Go! On le fait là, maintenant, plutôt que de rester là à rien faire! » On avait aucune idée dans quoi on s’embarquait! »

Maintenant que le disque est enregistré, le danger s’étend et rejoint autant les collègues de Vulgaires Machins – l’intérieur de la pochette du disque en témoigne – que leurs fans…

« On est peut-être un peu paranoïaques aussi par rapport à ça! », s’exclame Guillaume en écoutant Marie-Ève aborder les réactions potentielles que ce disque acoustique pourraient provoquer. « On le sait qu’il y en a qui vont râler. Y’a tout le temps des gens qui ne seront pas d’accord avec les choix qu’on fait », soupire-t-elle. « On n’y a pas pensé sur le coup, en fait.  Quand on a pris la décision de faire un album acoustique, on s’est lancé sans réfléchir, sans penser au contrecoup. » Guillaume répond du tac-au-tac : « Pour moi, le véritable danger, ce n’est pas que la réaction des fans,  c’est d’arriver à se réaliser comme groupe jusqu’au show. D’assumer cette démarche-là du début à la fin et de ne pas se planter en chemin. »

L’expérience aura aussi permis aux musiciens derrière Vulgaires Machins de non seulement prendre un risque, mais aussi de revisiter de vieux amis, voire d’anciennes amours. « T’sais, de la guitare sèche, on n’en a jamais joué devant du monde! », confie Marie-Ève. « OK, sauf peut-être à l’époque de l’école secondaire, mais jamais avec Vulgaires Machins et jamais en public! Juste ça, c’est différent », ajoute celle qui dit s’être dépassée pour apprivoiser à nouveau cet instrument.

Entre deux chaises…

Compilation de « hits » se prêtant bien à la transition acoustique, de pièces oubliées dans un tiroir à la « Je chante pour les sourds » (dont une ébauche à été mise en chantier à l’époque du Requiem) et de chansons composées tout spécialement pour ce disque, cet homonyme acoustique arrive à point. Bien que le collectif persiste et signe depuis 16 années, il commence à peine à percer la culture de masse (les nominations tardives à l’ADISQ et aux Juno Awards en témoignent).

De plus, en 2010, le quatuor remportait la bourse Écho, un prix remis à la « relève », pour « Parasites », un extrait de Requiem pour les sourds (leur cinquième disque!). « J’ai l’impression qu’on est toujours entre les deux », affirme Marie-Ève. « On est des « vétérans » en plus d’être un groupe émergent pis on est sur les deux fronts depuis des années. » Guillaume abonde dans  le même sens : « On a passé notre vie à se faire dire « Vous êtes trop rock pour le « mainstream »" et « Vous êtes trop « pop » pour la scène plus alterno ». On est à cheval dans le genre et dans le statut qui nous est donné, mettons. »

Comme Vulgaires Machins ne monte pas sur scène pour des accolades ou des statuettes (les chansons l’indiquant pullulent), Guillaume affirme que le groupe est très à l’aise sur son cheval. « On n’est pas frustré parce qu’on n’est pas surpris tant que ça, dans un sens », glisse-t-il, en faisant référence à cet « anonymat » relatif entourant toujours le projet. Il ne crache toutefois pas sur les tapes dans le dos « On est content aussi, car y’a une part de nous – ça va peut-être sembler prétentieux, mais – qui à l’impression qu’on mérite un peu plus d’intérêt. Des fois, y’a des montagnes qui sont créées pour des artistes qui n’ont tellement pas le succès qu’on connaît depuis une dizaine d’années! On se dit alors « Ok, on est (toujours) un band émergent. » »

Marie intervient, sourire aux lèvres. « On a donc décidé de faire un album pour nos matantes et nos cousines! ». Et Guillaume de conclure : « Et pour Monique Giroux! »

L’album acoustique de Vulgaires Machins est disponible en version physique dès aujourd’hui.
www.vulgairesmachins.org
Un commentaire
  • Bruno
    16 septembre 2011

    Incroyable.

    Si dans ton cheminement artistique, tu es dans ta période acoustique, veut-tu bien créer des tounes acoustiques?

    Pas tes vieilles tounes. Ridicule

    Un artiste est censé être en perpétuelle évolution. Exemple, quand beck a voulu faire un disque acoustique, y a pas faite ses vieilles tounes. Ce qui fait que c’est un artiste pertinent même dans la quarantaine.

    Vous êtes a votre retraite, les vulgaires?

    Désolant.

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