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Semi-automatique

Villes explosives

André Péloquin
6 novembre 2008

Un lundi soir d’octobre, alors que les décombres du QG des Hells fument toujours à Sorel, un autre bunker chauffe encore plus, à quelques dizaines de kilomètres de là. Véritable oasis en sol montréalais, Verdun accueille de plus en plus de musiciens sorelois. Après l’invasion de Fred Fortin et ses casques bleus ainsi que le putsch du Roi Poisson et sa chevalerie, la scène soreloise se ramène en ville pour mettre le feu aux planches à grands coups de camions-citernes! Bref, la notion de scène locale revue et expliquée par Renaud «Mom» Bastien.

Me recevant chez lui en pleine diffusion de L’Autre Gala de l’ADISQ, l’ex-Malajube commente les résultats de l’événement tout en répondant à mes questions. Polyvalent, le mercenaire de la six cordes et multi-instrumentiste se tient occupé. «J’ai Cœur de pirate que j’accompagne sur scène, j’aide aussi On a créé un monstre à enregistrer une préprod ou encore un maxi qu’ils aimeraient présenter à différentes étiquettes. Je fais aussi la même chose avec Mahjor, qui était Mahjorbidet auparavant, mais qui change de nom pour repartir à neuf.» Trois projets que le principal intéressé lie justement de près ou de loin à la scène soreloise. «Dans Cœur de pirate en ce moment, y’a moi et le bassiste Alex Gauthier de Sorel, la mère de Julie Brunet (violoniste) est soreloise et le père d’Emmanuel Ethier (guitariste) est de Tracy, la ville voisine. Béatrice, de son côté, commence à apprécier les expressions typiques comme «‘fant d’chienne» et «bout d’calice». Sorel, c’est des gens aussi polyvalents que polis, ‘sti.

«Y’a pas vraiment de bands entièrement sorelois en fait, surtout des musiciens ici et là», nuance Bastien en prenant pour exemple Hello Postier avec ses Pelland et Plante qui proviennent du coin. «En fait, ce qui manque à la scène soreloise, lorsque comparée à celle de Sherbrooke par exemple, c’est cet esprit collaboratif. Je crois que c’est plus hermétique entre nos groupes, ça se parle moins», ajoute-t-il avant de tenter de cerner le son définissant la patrie du Survenant.

«Selon moi, c’est vraiment plus rock que Sherbrooke qui a l’air plus groovy avec ses Misteur Valaire, Mad’MoiZèle GIRAF et compagnie. Ce côté garage de Sorel, je crois que ça vient des usines. Au cours des années 80, y’avait beaucoup de bars rock, donc des bands de covers. J’sais pas, je crois que le côté “employés d’usine jouant de la musique dans le sous-sol” y est pour beaucoup. C’est une activité familiale, tsé. Puis, au cours des années 90, leurs enfants ont découvert le grunge. Prends Martin Pelland (ex-The Dears, membre de nombreux collectifs dont For Those About To Love, coréalisateur du Compte complet de Malajube, etc.) par exemple: son père est un trippeux de rock et un collectionneur d’instruments. Je ne sais pas si c’est nécessairement régional, mais prends Lanaudière qui est plus agricole: il me semble que c’est aussi un berceau de musique plus folk, plus trad avec Les Cowboys Fringants, etc.»

Mais pourquoi alors parle-t-on toujours du Plateau, du Mile End, de la scène indie rock montréalaise, de la Rive-Sud, du R.O.Q., si plusieurs des esprits créatifs du 514 proviennent justement du 450 ou encore du 819? Peut-on passer à un autre appel? Bastien se risque: «j’ai l’impression que ces gens qui se ramènent ici sont à la recherche de quelque chose d’autre alors que souvent, en région, on ne se pose pas trop de questions et on allume la radio. Prends Karkwa par exemple: les arrangements sont hyper complexes et y’a des atmosphères denses dans ces chansons-là et ça fonctionne au max auprès des grands centres comme Québec, Montréal et Sherbrooke, mais à l’extérieur de ce triangle, je me demande si ça lève vraiment en province auprès de nos matantes pis nos cousines qu’on verrait plus écouter Kaïn à Rock Détente», songe-t-il avant de dévoiler une scène encore plus sectaire.

«Y’a la connexion Archambault Berri qui est plutôt intense au sein de la scène musicale montréalaise!, s’exclame-t-il en faisant référence à la succursale de la fameuse chaîne de boutique qu’on retrouve au 500 Sainte-Catherine Est. Y’a moi, Michaël Bardier (Greg Cocaine, Roi Crayola), le chanteur de Numéro#, les gars d’Omnikrom, Émilie Proulx et j’en passe. C’est vraiment surprenant le nombre de personnes qui a travaillé là et qui se retrouve aujourd’hui à faire de la musique!»

Puis j’ai essayé de faire dire à Renaud que tous les Bleuets baisaient leurs cousines, mais il m’a plutôt jeté à la porte. Dommage!

Pour ceux qui aimeraient avoir un aperçu de ce que la scène soreloise peut offrir, rendez-vous au Syndrome (5777 Saint-Laurent, Montréal) le jeudi 20 novembre prochain pour un concert réunissant trois projets aux genres divergents qui n’ont en commun que mon coin d’pays: Sideways, Mahjor et On a crée un monstre. Pour plus de détails: www.myspace.com/thebandsideways, www.myspace.com/onacreeunmonstre et www.myspace.com/mahjor2008.

Dans la mire: Eve Duhamel
Pendant qu’on y est, je m’y connais foutrement mal en arts visuels (ma garde-robe et la déco de mon bureau en témoignent), mais y’a au moins une Soreloise qui s’y assure dans ce domaine. Eve Duhamel (dont on a pu apprécier le talent cet été lors du happening célébrant le 20e anniversaire des FrancoFolies alors que certaines de ces œuvres ont été projetées) habite maintenant Berlin. Une expo – Raking Leaves in the Wind pour les intéressés – s’y déroule en ce moment et présente quelques-unes de ces réalisations. Pour ceux qui ne peuvent pas s’offrir le billet d’avion (gang de cheaps!), surfez plutôt vers le www.eveduhamel.com.

André Péloquin

3 commentaires
  • [...] novembre 08 par Julie Oh non: un article qui parle de Sorel-rock signé André [...]

  • Emmanuel Ethier
    6 novembre 2008

    crime je me suis fait scrapper le nom !

    PS: C’est pas juste mon père qui vient de Tracy, j’y ai habité jusqu’a l’âge de 8 ans

  • André de Sorel
    8 novembre 2008

    Yeouch! Désolé d’avoir scrapé ton nom et ton enfance, mister ETHIER!

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