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Une tournée tordue

Une tournée tordue

André Péloquin
5 juillet 2009

La légende veut qu’avant de mener les Sex Pistols (puis de vendre du beurre!), Johnny Rotten a déjà été un gamin répondant au nom de John Lyndon, un gringalet qui – à l’âge de sept ans – allait chopé une méningite qui allait le faire tomber dans le coma à répétions, effacer sa mémoire et tordre sa colonne vertébrale. Idem pour Iggy Pop qui, avant de se taillader le torse avec des bouts de verre (et de vendre des assurances !), était connu en tant que James Newell Osterberg Junior, un étudiant de l’Université du Michigan. Moi, avant d’être le rédac’ en chef de ce site (pis d’être réalisateur d’un docu sur les Pussycat Dolls !), je portais des colliers fait en grosse billes de bois, j’allais au Loft les mardis et au Warped Tour l’été. Quelques jours avant le passage de la 15e édition du fameux événement, Réjean « Laplanche » Claveau d’”123 Punk” et Jessy Fusch d’Exterio m’aident à en faire un bilan.

Observateur et mégaphone de la scène punk locale et internationale depuis une dizaine d’années via sa fameuse émission Réjean « Laplanche » Claveau déborde évidemment d’anecdotes en ce qui concerne le Warped Tour. « Pour moi, ça a souvent été le lieu de premières rencontres. C’est là que j’ai interviewé pour la première fois Fat Mike de NOFX. C’est aussi là que j’ai jasé avec les gars de Rancid pour la première fois. Bref, ça a souvent été le point de départ de relations intéressantes. » se remémore celui qui revient justement d’un périple en Californie pour assister au coup d’envoi du 15e coup de manivelle de la foire rock keupon (son séjour a d’ailleurs permis un tournage d’un dernier épisode d’ « 123 Punk » qui sera diffusé ce samedi 11 juillet sur les ondes de MusiquePlus).

Outre les bons souvenirs et les anecdotes (personnellement, j’y ai rencontré ma meilleure amie – en me moquant de sa collection de vinyles… “smooth” comme ça, le gars ! – en plus de me faire laminer une bouteille d’eau à la gueule alors que mon pote Steve s’est fait égratigner la rétine (!) avec un morceau de tourbe (!?) qui volait trop bas), qu’est-ce qui reste de la musique lorsque le Soleil se couche ? Est-ce que le Warped Tour peut véritablement servir de tremplin pour la scène punk locale ? « Pas vraiment en ce qui me concerne » lance candidement Laplanche. « La plupart des groupes locaux que j’y ai vu ; je les avais déjà interviewés bien avant pour mon émission alors je n’y ai pas vraiment fait de découvertes… quoiqu’il me semble que le Warped Tour a beaucoup aidé Reset à leurs débuts. Anyway, y’a quand même des initiatives comme la scène « Kevin Says » qui permet aux groupes locaux de chaque arrêts de la tournée de faire un « show » devant la « crowd » du Warped Tour. » Même son de cloche chez Jessy Fusch d’Exterio. « C’est la troisième fois qu’on va le faire. La crowd a toujours super bien répondu. On est le seul band franco du “tour” anyway. Ça nous réconcilie souvent avec les puristes. Ils se rendent compte qu’on torche autant que n’importe qui, même si on a des tounes à la radio pis à la TV. »

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MusiquePlus, le Warped Tour, des coupures  et des gros sous…

Au fil des années, le Warped Tour a aussi réussi à s’infiltrer dans la culture populaire. Alors que Blink 182 chantait ses vertus dans « The Rock Show » (je me tenais au Loft les mardis, dois-je vraiment vous le rappeler ?!), de plus en plus d’artistes de la trempe de Propagandhi ont toutefois décrié la surconsommation sauvage de l’événement et l’ajout de groupes carrément aux antipodes musicaux de l’événement. Une situation malheureuse, mais que certains purs et durs digèrent tout de même. « Une fois, en entrevue, le fondateur du Warped Tour Kevin Lyman m’a dit que si la tournée s’appelait le « Kevin Tour », il n’y aurait que Bad Religion, NOFX et Flogging Molly qui y joueraient ! » se remémore Claveau. « Pour attirer du monde, j’imagine que la gang du Warped Tour tente de vendre un maximum de billets à un prix relativement bas et donc de plaire à un maximum de gens. Bien que je comprends l’attitude des puristes, y’a toujours un Lagwagon ou un Bad Religion sur la tournée qui va venir les chercher, tsé. »

« Ce qui est le plus surprenant, c’est que ça existe encore. » ajoute Fusch. « Oui c’est rendu commercial, oui c’est rendu « une mode », pis les punks, ils n’aiment pas ça. C’est vraiment ironique. » poursuit-il. « Peut-être que c’est parce que les « kids » n’ont pas d’argent pis que tu peux y voir 50 bands pour 50$. On se plaint à chaque fois de la poussière pis de la quantité incroyable de bands ordinaires qui goûtent la vieille recette, mais on y retourne aussi à chaque fois voir Bad Religion, Bring Me The Horizon pis Cobra Starship le même jour. » Puis, une bombe : « J’n’encule pas des mouches comme les puristes. J’ai trop peur de devenir un gars de Fabreville qui s’ennuie devant sa femme pis ses enfants en disant « dans mon temps c’était ben mieux ». La nostalgie, c’est plate. » Jessy Fusch, mesdames et messieurs!

Alors que le Warped Tour poursuit sa trajectoire, celle d’«123 Punk » se terminait plus tôt cette année. Des années après sa première apparition avec un « skate » scotché au visage, Réjean Claveau demeure plutôt zen des mois après l’annonce. « Je ne peux tout simplement pas être en crisse. » tranche-t-il. « Y’a aucune autre station qui m’aurait payée pendant une dizaine d’années pour couvrir ma passion. Aucune autre. De plus, dix années plus tard, j’ai 34 ans et je comprends mieux « la game ». C’est sûr que c’est plate, c’est clair que ça m’a affecté, mais c’est aussi une affaire de « ratings ». Le « show » ne marchait plus comme avant, c’est tout. J’suis surtout content qu’on a eu le temps de boucler la boucle. » lance-t-il en faisant référence au concert événement tenu en avril dernier pour souligner le 10e anniversaire de l’émission en compagnie de The Sainte Catherines, Vulgaires Machins et plusieurs autres. Néanmoins, la petite communauté entourant Réjean redoutait cette coupure depuis un bon moment.

« Je m’y attendais. » renchérit Fusch. « C’est encore surprenant que MusiquePlus n’aille pas encore tirer la “plogue”. Comme les coûts reliés à la production d’une émission doivent être justifiés dans un modèle de “business”, l’argent parle malheureusement avant la pertinence. C’est évident que “123 Punk” c’était le meilleur show produit à M+. Ca visait un public cible parfait et loyal, avec le meilleur VJ de la boîte depuis Claude Rajotte, mais les commanditaires ne peuvent pas vendre des chars a un public de 14 ans qui écoutent du Mariana Trench à 16h le jeudi et les gars de 26, 27 ans n’écoutent plus MusiquePlus non plus. Y’a une impasse. C’est vraiment dommage pour Rej. Je trouve qu’il a tellement de talent, qu’il mérite d’avoir des nouveaux défis. Il a prouvé depuis longtemps qu’il est très solide. Personne d’autre n’aurait conduit le bateau d’ « 123 Punk » aussi longtemps à part lui. Il a tout le mérite. » dixit un autre personnage de la scène qui a les reins blindés.

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17 ans, toutes ses dents… pis une grande gueule!

Alors qu’ « 123 Punk » a célébré son 10e anniversaire de justesse et que le Warped Tour se lance dans un 15e tour de piste, Exterio fête sa 17e année d’existence en 2009 ! La question s’impose : comment font-ils alors que plusieurs de leurs contemporains ont changé de cap ou tout simplement lancé la serviette ? « On appelle ça de « l’exterstabilité » confie Jessy. « C’est stable dans la fondation, mais aussi instable dans l’enrobage. Ca permet au projet d’évoluer et de ne pas trop rester pris dans le temps. C’est comme dans une piscine froide, ça te gèle les couilles au début, mais avec du recul, quand un membre quitte le projet, ça fait du bien. Le groupe serait peut-être non pertinent sans ces changements majeurs là. Je pense aussi que y’a encore de la naïveté dans le projet, on a jamais eu d’attentes spécifiques de rendement. Tu deviens tellement désillusionné avec le temps que si tu fais ça pour les statistiques, tu perds de vue les raisons pourquoi tu rockais les oreilles de ta mère en 1992 quand t’avais 12 ans ! » ajoute celui qui se permet aussi de s’amuser avec l’industrie avec L’Album monstre, un ambitieux album triple lancé sous différents volets (en concert, sur l’Internet et en spectacle).

Punk, coquerelles et Marty McFly…

Puis, pour tenter de synthétiser le tout alors que le cirque de Kevin Lyman se ramène en ville, qu’ « 123 Punk » est mort avant d’avoir vendu du beurre ou des assurances aux nostalgiques et qu’Exterio persiste et signe, la question-nébuleuse-mais-qui-se-veut-quand-même-tranchante : qu’advient-il de la scène ? « Je ne crois pas que la disparition du « show » va vraiment handicaper le punk rock au Québec » avoue candidement Claveau. « Le punk rock a joui d’une certaine popularité dans les médias de masse depuis une dizaine année, mais ça semble s’essouffler. Ça stagne aussi du côté des ventes de disques, mais comme la plupart de ces bands se sont fait connaître par le bouche à oreille et font de la tournée sans arrêt, je ne m’inquiète pas pour eux. C’est une comparaison boiteuse, mais le punk c’est comme les coquerelles, ça va survivre à tout, même une attaque nucléaire !” En parlant de bombe, Fusch en lance une autre dernière pour conclure.

Alors que je lui pose la même question, le grand manitou de Slam Disques imagine un voyage dans le temps alors qu’il rencontre son homonyme de 2003 : « Dude, le « walkman » a 30 ans cet année. « Baromêtre » et « 123 Punk » n’existe plus. Le Spectrum, le Polliwog et le KickAss non plus. Vincent Peake joue dans GrimSkunk. Bloodshot Bill est plus populaire que Guy A Lepage, Anubis ferme, on lit le BangBang dans le Voir, Sélect/Archambault ne sont plus sur le CA de l’ADISQ, c’est Dare to Care qui run le show. HMV vend le jeu Punch Out sur la Wii, j’me loue des films sur iTunes, pis y’a 70 000 personnes qui ont vu le clip de Kamakazi sur Youtube. Y’a plus de diversité musicale et d’accessibilité à cause du net, mais y’a plus de tounes plates et de projets insignifiants à cause du net… »
- « … Est-ce qu’on fait de l’argent? »
- « non »
- « Overall… c’est le chaos? »
- « ouaip »
- « Nice! »

“Y’a quelqu’un qui a accroché le bouton RESET quelque part. C’est une nouvelle « game », pis personne ne sait qui va gagner cette fois. Moi j’embarque en tout cas! ». Encore une fois: Jessy Fusch, mesdames et messieurs!

Là j’aimerais terminer avec un truc « keupon » à la « See ya in the pit », mais je me fais vieux, j’ai des cheveux blanc pis je me suis tordu la cheville la dernière fois (tiens, un autre souvenir de Warped Tour pour la route!). Je vais donc vous dire ce que je lance à mes potes quand on se retrouve aux Foufs (j’ai lâché le Loft, mais quand même…): « Joyeuses fugueuses ! ».

le Warped Tour à Montréal / “123 Punk” sur le web / Exterio sur le web / Une photo de fugueuse

3 commentaires
  • valérie
    8 juillet 2009

    Hey salut! c’est fou que tu écris des trucs comme cela sur les changements quia pour la musique et les événements punk!!! Ça me pogne droit au coeur… Je viens de terminer mes études au cegep de Trois-Rivières en Arts et lettres, communication!!!(dsl pour la tranche de vie) mais j’ai suivis pas mal le journal Bangbang pour ses articles débiles pendant mes études là bas (ça me remontais le morale de voir quia encore dla qualité pis de la franchise par rapport aux opinions des journalistes et chroniqueurs) enfin bref,je trouve que ça torche sque t’as écrit…Ça va peut-être te paraître bizzare, mais c’est des gens comme toi qui me donne encore le gout de percer en tant que chroniqueuse ou tout simplement en tant que pigiste!!! So!
    dsl pour le roman!
    merci de me lire:P
    Valérie L’hystérique!

  • André Péloquin
    9 juillet 2009

    Hey Val, merci du commentaire, mais je n’ai pas fais grand chose ici. Jessy et Rej sont tout simplement de bons conteurs, j’ai juste tenté de synthétiser le tout pis de glisser une blague ou deux sur le Loft ou des colliers de billes en bois.

    Plus sérieusement, si tu veux percer encore plus, tu peux cliquer sur “Ouvrir un blogue” un peu plus bas pour te joindre à nous, t’sais. Tu peux aussi m’écrire si tu veux plus de renseignements: rédaction arobas journalbangbang point com.

  • Nick
    4 août 2009

    Wow tout un article. C’est vrai que le vans vieillis mais nous aussi…

    J’y suis allé cette année amis a 26 ans je commance à être vieux pour ca et puis ya plus autant de bands qui me branche que avant. Pour 123 punk je suis peu être attardé mais je viens juste de L’apprendre et sincèrement M+ fait dûr selon moi . . . Il continuront de diffuser hip hop puis plein d’excellents shows de téléréalité c’est pas mal meilleur et beaucoup plus intelligent…

    Je trouve juste ca drôle en fait pathétique . . .

    Donc vive les zines sur le net et la web télé ! !

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