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L'abominable homme des cons

Une bande de cons

Simon Jodoin
6 mars 2009

Ses fluctuat nec mergitur
C’était pas de la littérature,
N’en déplaise aux jeteurs de sort

- Brassens, Les copains d’abord

Plus de deux ans, chers amis, que je chasse la connerie dans cette feuille de choux. Celle qui se profile dans l’ombre des médias, de la culture et de la politique… Cette connerie qui est peut-être le ciment de la civilisation, le moteur du devenir historique. Celle, aussi, qui se dissimule au fond de moi. Car, à chasser le con, il ne faut jamais craindre de se retrouver au bout de son propre canon.

Et c’est peut-être ce qui nous caractérise, estimés lecteurs, tous autant que nous sommes à maintenir en vie cette galère battue par les flots qu’est le BangBang : une belle bande de cons. Ça prenait trois cons avec une idée toute conne, celle de démarrer un journal gratuit dédié à la culture alternative. Ça, c’était Pat K, Nelson et Léo. Trois cons je vous dis. Des beaux spécimens qui, par un beau matin ont eu la lumineuse idée de défier la loi de la gravité en tentant de faire voler un cerf-volant en plomb; un journal, un vrai, avec des chroniqueurs, des collaborateurs, des dizaines, tous portés par la passion d’être inscrits sur des guest-list les soirs de lancement, d’écouter des douzaines de disques par semaine, de se taper une multitude de films d’horreur dans la même journée ou de jouer au gérant d’estrade dans le confortable rôle de chroniqueur.

Vous ne pouvez pas imaginer le nombre de cons qui sont passés par ici depuis trois ans. Ils sont légion. Il a même fallu faire le tri. Certains sont partis, les plus cons sont restés. Je fais partie de ceux-là. Mieux encore, j’ai même fait preuve d’initiative! J’ai suggéré à mes collègues dans la connerie de démarrer un ambitieux projet de site Internet qui saurait faire compétition aux plus cons d’entre les cons. Après tout, nous sommes dans l’ère de la connerie 2.0, de la connerie en réseau, où tous les cons sont branchés entre eux, où la connerie de l’un alimente la connerie de l’autre. Ils n’ont pas été difficiles à convaincre et tout a déboulé; de la webtv, des podcasts, une vaste collection de blogues, des reportages, des entrevues, des nouvelles du jour, tant est si bien que, de la connerie, nous sommes devenus la référence. Je le dis sans prétention et en toute humilité : Il n’y a pas plus cons que nous. We are de champions my friends.

Alors… Vous avez appris la nouvelle hein? Les cons ayant déconné tout l’été, se trouvèrent fort dépourvus quand la raison fut venue… La raison toute rationnelle qui nous oblige à nous rationner. Science économique, fluctuation des cours, statistiques implacables, colonnes très sérieuses dans le budget qui, mathématiquement et de manière certaine, nous prennent la tête et nous fendent le cul à grands coups de vérités indiscutables; la connerie, ce n’est pas rentable, il faut couper. Comme la vigilante camarde, la raison passe la faux dans notre jardin et elle coupe tout ce qui dépasse. Or, comme chacun le sait, on ne peut pas se battre contre la grande faucheuse. Lorsqu’elle passe, c’est la fatalité qui s’impose. Elle fait vraiment chier celle-là. Même pas moyen de s’obstiner un peu ou de dire une dernière connerie pour la forme… Flack, ta yeule, t’es mort.

Il faudrait donc se rendre à l’évidence. Qui peut se battre contre la mort ? Franchement, si nous étions le moindrement doués d’intelligence et de raison, nous partirions tous rédiger notre C.V. pour l’envoyer à d’éventuels employeurs. Ils cherchent des emballeurs à l’épicerie de mon quartier. Je vous jure que j’ai été tenté. C’est un travail raisonnable ça.

Ce serait mal nous connaître, chers amis, et négliger le fait incontestable que la connerie est, et sera toujours, plus forte que la raison. Je suis payé pour le savoir. La connerie, c’est comme l’Hydre de Lerne, la bête à sept têtes : Si vous tentez de lui en couper une, elle repousse en plusieurs exemplaires… Et par chance, les Hercules se font rares en ce bas monde. Aucune crainte.

Alors quoi? Alors nous sommes toujours une bande de cons. Peut-être plus cons que jamais. Surtout qu’en cette matière, nous avons maintenant une riche expérience, nous sommes devenus des sommités.

Ça veut dire quoi? Restez branchés. Nous sommes les messies de la connerie, prenez en mangez-en tous. Que serait devenu Jésus sans son chemin de croix ou Socrate sans la ciguë? Je vous le donne en mille : De sombres inconnus. Donnez-nous donc quelques jours, parce que la résurrection, bien franchement, c’est moins facile que ça en a l’air.

Le Bangbang, comme la pierre de Sisyphe, vient de redescendre dans la plaine. Refuser de la repousser encore une fois vers le sommet de la montagne, ce serait refuser la condition humaine. Aussi con que cela puisse sembler, il n’y a qu’un seul remède face à la vanité de l’existence : se cracher dans les mains et recommencer.

Au fond la vie, c’est peut-être ça
Se cracher dans les mains

- Félix Leclerc

2 commentaires
  • Elle
    10 mars 2009

    À la citation en exergue, j’ajouterais du même Brassens:

    “Moi qui balance entre deux âges
    J’leur adresse à tous un message:
    Le temps ne fait rien à l’affaire,
    quand on est con, on est con”

    ;-) ) Yessss les amis!

  • Kristof G.
    21 mars 2009

    Maudit que c’est beau un con éloquent et érudit qui rit et qui crie, tout en faisant l’ôde, l’apologie et le procès de toutes sortes de conneries, sans être circonscrit. Merci.

    - Un autre con, qui blogue avec joie mais sans parcimonie son putain de Blob.

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