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Reportages et entrevuesToronto International Film Festival : «Short Cuts Québec» ou le Québec en 10 courtsMarie-Hélène Mello17 septembre 2012
Chaque année, le Toronto International Film Festival (TIFF) propose un volet entier consacré au court métrage canadien, Short Cuts Canada. Les œuvres de cinéastes renommés y côtoient celles de créateurs émergents, et le Québec n’est pas en reste. Lancée le 6 septembre dernier, l’édition 2012 présentait pas moins d’une dizaine de courts québécois. Survol d’un « Short Cuts Québec », baptisons-le ainsi, qui reflète la vivacité et la diversité du genre bref chez nous. Ultra hétéroclites, les six programmes de courts du TIFF offrent une sorte de « best of » qui va du cinéma expérimental à la comédie, en passant par le drame ou le pamphlet social. Le programme 1 met à l’honneur deux films d’animation québécois qui, soit dit en passant, n’ont absolument rien en commun. Le premier, Bydlo, est une création image par image de Patrick Bouchard que certains ont pu voir en ouverture de Fantasia cet été. Sombre et spectaculaire, le film montre le cycle de la vie à travers le labeur de micropersonnages qui, à l’infini, entraînent leur propre perte puis renaissent. Inspirée d’un concerto pour piano (Tableaux d’une exposition de Modeste Moussorgski), l’œuvre fait penser à l’esclavage, l’autodestruction… bref n’a rien d’optimiste, mais propose un visuel à couper le souffle. La seconde animation, Joda de Theodore Ushev, a davantage pour fonction de transmettre un message politique clair : le cinéaste y demande directement la libération de Jafar Panahi et de tous les cinéastes iraniens emprisonnés pour avoir pratiqué leur art. Inspirée de la calligraphie persane, créée à partir d’une technique mixte incluant du dessin et rythmée par la musicalité de la langue farsi, elle se présente comme une lettre poétique à Panahi, lue par une femme.
À l’exception de Vive la Canadienne (Joe Cobden), un essai chorégraphique qui fait un pont entre le Québec d’hier et d’aujourd’hui, le programme 2 présente des courts narratifs un peu plus traditionnels. Nostradamos, tout d’abord, du trio de réalisateurs Maxence Bradley/Alexandre Lampron/Elisabeth Tremblay. Ce faux documentaire réalisé en 72 h au Festival du documenteur de l’Abitibi-Témiscamingue met en scène des habitants d’Amos confrontés à une fin du monde imminente. Léger et humoristique, l’exercice contraste totalement avec Faillir, second court québécois du même programme. Essentiellement dramatique, ce « court long » de Sophie Dupuis parvient avec succès à bâtir un formidable climat de tension uniquement en suggérant l’attirance mutuelle qu’éprouvent un frère et une sœur. C’est un film qui opère, et le malaise est vraiment au rendez-vous.
Dans le programme 3, la cinéaste Sophie Goyette est de retour avec Le futur proche, une réalisation plus expérimentale que celle présentée au TIFF l’an dernier (La Ronde). Sur une trame sonore de piano qui hante, le film parvient visuellement à faire ressentir – sans jamais dire – le tourment qui s’immisce dans la vie d’un pilote d’avion confronté à une mauvaise nouvelle. Également des drames qui procèdent par suggestion, le court de Martin Thibaudeau, Reflexions, explore ce que peuvent dévoiler certains détails visuels pendant une cérémonie d’enterrement, alors qu’Avec Jeff à moto (de Marie-Ève Juste) montre une adolescente qui, le temps d’une soirée, aimerait bien être quelqu’un d’autre. Le programme 6 offre plutôt des comédies (ou tragicomédies) teintées d’humour noir. Chef de meute de Chloé Robichaud et Les choses horribles de Vincent Biron ont tous deux pour particularité de faire ressortir « la merditude des choses » avec un humour pince-sans-rire, même s’ils procèdent chacun à leur manière. Le premier illustre les déboires d’une jeune femme célibataire qui hérite d’un pug dont elle ne voulait pas, alors que le second relie le destin de trois inconnus qui ont tous échoué à leur manière et tentent de se racheter. Pas conçus pour être hilarants, ils génèrent tous deux quand même des éclats de rire, soit par malaise, soit en relevant des détails du quotidien que l’on pourrait considérer… vraiment bruns. Une conclusion tout en humour noir à cette sélection de courts québécois qui devrait être présentée à Montréal et dans le reste du monde au cours de l’année à venir. Joda (Theodore Ushev), Chef de meute (Chloé Robichaud), Avec Jeff, à moto (Marie-Ève Juste), Le futur proche (Sophie Goyette), Faillir (Sophie Dupuis) et Les choses horribles (Vincent Biron) seront de la programmation du 41e Festival du Nouveau Cinéma qui se tiendra du 10 au 21 octobre 2012 à Montréal. Image (haut) : Vive la canadienne (Joe Cobden)
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