BangBang : bangbangblog.com

Mon chat s'appelle Paul Sarrasin

Tirer une conclusion puis sa révérence

Patrick Dion
20 décembre 2012

J’apprenais dans un reportage croisé la semaine dernière que les cyclothymiques peuvent être en même temps une chose et son contraire: heureux et mélancolique, sociable et sauvage, avare et généreux. Je suis de nature généreuse. Je peux ramasser l’addition d’une grande tablée le sourire aux lèvres, amener mon amoureuse en voyage au bout du monde ou combler de cadeaux des gens que je connais peu. À l’opposé, je peux grincer des dents lorsqu’on fouille dans mon sac de chips.

Je ne suis pas près de mes cennes. J’ai une rare chance de ne pas avoir de dettes et d’avoir réussi à mettre de l’argent de côté, au cas où. Malgré ce relatif confort, j’ai l’immanquable habitude de tout calculer en taux horaire. Partir en excusion à cheval pour une heure coûte 20$ et courser en kart environ 65$. Même chose pour une journée à la Ronde. Quoique pour un parc d’attraction, c’est un peu différent. T’as beau rester 8 heures au parterre du Jardin des Merveilles, quand tu y penses comme il faut, tu passes réellement ton temps à niaiser en file. Payer 65$ pour faire 5 manèges qui dureront 2 minutes chacun, ça revient cher de l’heure en sale.

Je calcule aussi le prix horaire des choses que je fais au quotidien.  Des trucs pas rapport, en culture par exemple. Une sortie au cinéma coûtera 12$. 6 piastres de l’heure pour un film de 2 heures, c’est un bon retour sur investissement. On ne peut pas en dire autant d’un show au Centre Bell. À 70$ en moyenne pour un spectacle de 2 heures, disons que je pourrais aller me faire masser pour pratiquement le même prix (sans extra). Dans le cas d’un album de musique, ça vaut un peu plus la peine. Une galette qui me coûte 15$ tournera dans mes oreilles 20 fois. À 45 minutes le long-jeu, ça rend la musique sacrément accessible. La lecture est à mon avis la plus payante des activités culturelles. Un livre de 400 pages me prendra 15 heures à lire. À 25$ la brique, ça revient à 1,67$ de l’heure. Calculez ça n’importe comment, c’est difficile à accoter.

Conclusion, offrir la magie de la lecture à Noël, ça revient pas cher au pouce carré.

+

Le Temps des Fêtes est propice au partage. Cadeaux, repas, sourires, rhumes et ITS. Les partys sont aussi le moment idéal pour partager son opinion sur tout et sur rien: la corruption en politique, la tuerie de Newton, la guérison de l’homosexualité. Quand s’accumulent les verres de vino pis les shooters, ça dérape fréquemment en échanges virulents. Mon petit conseil du temps des Fêtes: évitez de parler de politique, d’orientation sexuelle ou de racisme en famille. Ça vous sauvera quelques échaufourrées.

C’est qu’on aime ça donner notre opinion au Québec. En temps de lock-out, semblerait que l’opinion soit le nouveau sport national. Mais vient un jour où tu te tannes de l’opinion de tout le monde sur tout. Chroniqueur de ci, chroniqueur de ça, le Québec est devenu boulimique de chroniques d’opinion. Je pense que certains s’inventent des opinions simplement parce qu’ils doivent noircir une colonne quotidiennement. J’en viens à tellement détester ça que ça me fait l’effet contraire. Je n’ai plus envie d’écrire une seule ligne sur l’actualité, l’impression que je n’ai rien d’autre d’intelligent (ou non) à ajouter.

Tout a été dit. Tu sais quoi? La plupart du temps, on s’en câlice de ton opinion.

Je crois qu’il est sage de savoir quand tirer sa révérence. Après plus de deux ans à écrire cette chronique sur Bang Bang, je pense avoir fait le tour du propriétaire. Quitter une chronique n’est pas facile. On sait le privilège que l’on a de partager ses humeurs et ses visions avec un lectorat. Depuis l’émergence des multiples plateformes web, où les gens écrivent gratuitement pour “l’exposure” et à une époque où les journaux et magazines mettent la clé dans la porte par grappes, je comprends ma chance d’être en plus rémunéré pour écrire. Mais je n’ai pas envie de noircir une colonne pour le simple fait de noircir une colonne. J’ai arrêté de faire des barbeaux il y a bien longtemps. Ma phase anale est terminée. Moi.

Je laisse donc ma place à une prochaine plume bangbangesque, qui saura peut-être vous émerveiller, vous faire crier des OH! et des AH! de joie ou d’exaspération, qui ouvrira, du moins je l’espère, votre esprit, qui vous questionnera et qui suscitera un peu de surprise dans cette marre morose d’opinioneux omniprésents.

Merci à tous de m’avoir suivi dans ma folie, ma hargne, mes introspections et mes délires. Je m’en vais voir ailleurs si j’y suis. Et si je n’y suis pas, c’est que c’est peut-être mieux comme ça.

Pas encore de commentaire. Laisser un commentaire

CHRONIQUES

Le petit tavernier
Sunny Duval
Le Bureau
Mon chat s'appelle Paul Sarrasin
Patrick Dion
Tirer une conclusion puis sa révérence
Tout le monde est ego
Guillaume Déziel
Psy & Gangnam Style : l’attitude Creative Commons ?
Mon chat s'appelle Paul Sarrasin
Patrick Dion
Le creux des vagues, une chronique psychiatrique
iweb