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Le petit tavernier

The Wheel Club

The Wheel Club

Sunny Duval
8 octobre 2009

Que vous soyez amateur de musique country comme moi ou un néophyte connaissant seulement trois chansons de Johnny Cash, il faut absolument que vous veniez passer un lundi soir au légendaire Wheel Club.

C’est jésus-loin dans l’West, alors je vous suggère de voler une auto, ou de vous rendre jusqu’au métro Vendôme (et ensuite marcher un bon dix minutes jusqu’au bar). Nous on est chanceux, Ju Bocks a décidé de conduire. Ça aurait pris vingt minutes normalement, grâce au tunnel, mais en arrivant sur Cavendish (ishhhhh), notre bon Davine, qui avait l’adresse écrite sur sa main, l’a lue à l’envers, alors pendant un autre bon vingt minutes on a cherché inutilement le 7733 au lieu du 3377 Cavendish. Il fut rapidement pardonné en payant le premier pichet, pichet d’une bien pâle bière canadienne (14$).

Arriver au Wheel Club en soi est un grand moment. Arriver, descendre les marches qui mènent au club, éclairées de grosses lumières de Noël, contourner les fumeurs et tirer la lourde porte. Le monde dans lequel on pénètre ensuite en est un qui saisit. Ç’a l’air du sous-sol d’un centre communautaire, l’éclairage est plutôt…éclairé, le bar est petit, c’est plein de monde, et la moyenne d’âge tourne autour de…60 ans. Y’a une ambiance incroyablement chaleureuse. Et tout le monde est ici pour une raison: l’amour de la musique country, la vraie. Quand j’atteindrai l’âge d’or, je viendrai me parquer ici, c’est clair.

Davine et Goldbond sont saisis. Victoria Pont et moi on a des étoiles dans les yeux. Ju Bocks a des kodaks à la place des yeux. On est entourés de country gentlemen urbains et de grand-mamans cowgirls qui chantent et sourient. C’est comme un énorme party de famille country et bluegrass.

Entourée de fanals (fanaux?) électriques, de bottes de foin et de fausses plantes, y’a la scène. Le house band est fameux. Contrebasse, banjo, mandoline, violon, guitare acoustique, et de la voix, beaucoup de voix. Aucun instrument électrique permis ici, sauf le pedal-steel. Le joueur, on voudrait l’adopter comme grand-père: il a au moins 75 ans, une bonne tête toute blanche, bien dégarnie, il a l’air tout gentil. Le Maurice Richard du pedal-steel. Ou plutôt, le Henri Richard du pedal-steel. Le volume du groupe est bas, donc y’a pas de batterie permise non plus, haha. Tout le monde a un micro devant lui, comme dans l’ancien temps. Quand vient le temps de faire un solo ou de jouer une mélodie, hop, tu t’approches de ton micro.

La soirée est organisée par Bob Fuller, un chanteur de la Nouvelle-Écosse, assis à la table des disques et cassettes à vendre, et menée par Jeannie Arsenault, qui est partout en même temps. Elle parle aux gens, elle va chercher des affaires, elle va chanter des choeurs et jouer de la guitare de temps en temps, et à un moment elle va même jouer de la contrebasse, du haut de ses cinq pieds. Elle est splendide. Pour l’instant elle vend des billets pour le tirage (25 sous l’unité). J’en achète un, Ju en prend deux, Davine en achète pour lui pis Goldbond, et en profite pour aller se chercher des hot dogs pas cuits, qui sortent mystérieusement de sous la table de Bob.

Une belle mémé chante « Long Black Veil». Victoria Pont me montre la chair de poule sur son bras. Un couple de punkos paquetés est assis à la table à côté. Le gars, bien enrobé dans l’esprit familial de bien-être ambiant, vit un très grand moment en ce moment, avec raison. Il sait pus s’il doit taper des mains, souffler dans l’harmonica qu’il a apporté, chanter ou caler son fond de pichet. Moi je vais me chercher un bon bloody ($5,50). Y’a une grosse carte de Terre-Neuve derrière moi. Au bar je croise l’équipe de M.T.V. et son animatrice Pogonot Cat. Ils sont venus filmer les lieux et les gens qui vont chanter ou jouer. Facile, il suffit d’aller inscrire son nom sur la liste, et choisir une chanson d’avant 1965, si j’ai bien compris. Un champion du banjo quitte la scène. Il est remplacé par la mystérieuse Pocahontas à tresses qui dansait n’importe comment tout à l’heure. Elle va jouer de son mystérieux violon vert.

Davine et Goldbond rentrent de fumer des tops. C’est l’anniversaire de quelqu’un, des jeunes femmes distribuent des morceaux de gâteau. Y’a juste Goldbond qui en reçoit un, salaud. Moi aussi j’ai faim, je vais me chercher un des fameux paniers remplis sur demande par une p’tite madame sympathique. Le panier ($2) contient un mélange parfait de chips, de bretzels, de crottes de fromage jaune-orange, et de pop corn! Je donne 75 sous de tip pour avoir extra pop-corn.

Ça dansouille en ligne. Ju Bocks me montre un bonhomme avec le plus gros bolo du monde. « Un bolo dream catcher, genre», qu’elle me dit. You bet, beubé. Je lui montre le gentil monsieur cowboy aveugle, dos à la scène, assis à la table de Bob. Les yeux fermés, il tape le rythme avec ses doigts. Il doit être membre à vie ici.

Ça coûte $25 pour être membre de ce super club. C’est drôle, à l’entrée le panneau dit « New members welcome» en anglais, et « Membres seulement» en français. En tout cas, les lundis c’est ouvert à tous. Y’a des après-midis avec tournois de crib et de dards, et du poker le samedi. Un poster annonce un party pour célébrer la naissance de Hank Williams. Un autre poster annonce une fête pour commémorer la mort du même gars. Y’a aussi « Hillbilly Halloween party November 2th, beans and wieners and prizes for best costumes». Sans oublier « Annual Hillbilly Christmas party, beans and wieners and Santa Claus». Appétissant.

Bloodsheet Will termine sa deuxième chanson. He gets the most applause, comme d’habitude. Puis il quitte la salle avec un beau beubé. Il s’en vient tard, minuit. Ça ferme à une heure le lundi, je pense. Les doyens sont toujours là, fidèles au poste! Depuis onze heures, y’a quelques visages familiers, plus jeunes, qui sont arrivés, comme Eddy et son épouse jolie. Y’a aussi quelques rockeurs et rockeuses de l’West et du Centre. Ça met un peu d’action.

Je sais qu’il y a des soirées plus mouvementées ici, comme les vendredis rock’n'roll mensuels je crois. Mais ce soir on s’amuse bien, surtout avec notre belle bière canadienne.

C’est l’heure du tirage. La charmante Jeannie pige les numéros gagnants dans un genre de bidet avec une feuille d’érable dessus. Un numéro de Davine-le-chanceux sort. Il gagne un laser de Jeannie et Bob!

On saute dans l’auto pour retourner en terrain connu, au Cheval. Pis, comment t’as trouvé ça le Wheel Club, Ju Bocks? « C’était plaaaaaaaaaaaisant», dit-elle avec son bel accent du Saguenay.

sunny@lesbreastfeeders.ca

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