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Le petit tavernier

Sunny Sud, première partie

Sunny Sud, première partie

Sunny Duval
8 janvier 2010

Expédition exotique. Deux voitures, neuf aventuriers en route vers le surf en Caroline du Nord.

La Ferraille est notre conducteur. On quitte c’te Vieille Ville en après-midi. Il fait encore chaud, on est fin août. Pourquoi aller dans le Sud alors? Pour faire du surf, je viens de le dire! Moi j’en fais pas, mais je trouverai une autre activité sur place. La lecture, le jardinage, je verrai.

La route est longue, comme dit la toune de Lac DeLaRocheliure. Je joue du ukulélé, assis à l’arrière, les fenêtres ouvertes c’est le bonheur. Ti-Joe fume toutes les cigarettes qu’il peut. Le Loup-Marin regarde dehors. On a vraiment beaucoup de temps à tuer, mais on n’est pas des gros parleurs. Une fois les lignes passées, il reste environ…18 heures à faire?

On essaie d’arrêter le moins possible, mais faut quand même manger-pisser de temps en temps. On fait une pause dans un des nombreux restos Roy Rogers qui polluent les truck-stops. Mais quelle honteuse merde que cette chaîne de burgers. Pour $4-5 t’as aucun autre service que le droit d’aller chercher toi-même le sandwich de ton choix dans le comptoir chauffé. Ensuite faut rajouter ce que tu veux dedans, parmi le choix de condiments tièdes à côté. Autant le mettre dans la poubelle directement. Bref.

La Ferraille chauffe tout le long, j’ai aucune idée comment il fait. Cafés et sang de trucker. Je suis le seul autre qui a un permis, mais il veut pas que je chauffe, mon nom n’est pas sur les assurances de ses parents, qu’il dit. Une fois qu’on est bien enfoncés dans les États-Unis, vers minuit, La Ferraille annonce une courte sieste dans le parking d’un dépanneur fermé. J’ai aucune idée où on est. Un énorme bruit nous réveille après une heure de dodo tout croche. Re-vroum.

On se perd dans l’état de Washington. Aucun de nous n’oubliera le nom de la ville: Wilmington. On a la chienne, mais totale. La Ferraille tente de retrouver notre chemin, au coeur d’un quartier vraiment pauvre et délabré, passé la voie ferrée, comme dans les films. Certaines maisons sont barricadées. Des familles noires veillent sur leurs perrons. Les bonhommes sont gros et menaçants. On est quatre ti-blancs pas très menaçants. Après plusieurs minutes de peur, on décide que le Loup-Marin ira demander comment quitter cet endroit au seul dépanneur encore ouvert, parce qu’il est un peu plus bronzé et musclé que nous autres. Quatre gars traînent autour de l’entrée. Le Loup-Marin revient assez rapidement. On retrouve notre chemin assez rapidement.

La route défile, splendide. On longe un bord de mer, ou de lagon, ou de bayou, sous la lune, c’est vraiment saisissant. Magique. Il est tard dans la nuit. Ah, un dépanneur ouvert. Au milieu de nulle part. La Ferraille s’arrête. On entre tous. Y’a des objets étranges accrochés partout. C’est petit et encombré. “Hello y’all, how’s y’all doin’?” Ce joli accent du Sud vient de derrière le comptoir. Une femme sans âge, mince, noire, envoûtante, les yeux qui te percent jusqu’au fond de l’âme, avec des cheveux pas possibles, des ongles immenses peinturés, une robe de carnaval. Une prêtresse vaudou? Ça fait tellement longtemps qu’on roule qu’on croit tous halluciner. Elle est complètement fascinante. Rose, qu’elle s’appelle. “Where’s y’all goin’?” Un ange gardien dans notre voyage. On achète des chips pis des breuvages.

Retour sur l’asphalte. J’ouvre ma canette de bière de char. Ahhhhhhh. Ti-Joe roupille, ensorcelé.

Il commence à faire clair. On approche. La Virginie nous regarde nous éloigner d’elle.

À suivre!

sunny@lesbreastfeeders.ca

3 commentaires
  • Melodica
    12 janvier 2010

    Bien hâte de lire la suite ! :)

  • Dave
    15 janvier 2010

    Passer par l’état de Washington pour aller en Caroline du Nord, c’est un méchant rallongi!

  • Laurence
    17 janvier 2010

    Tu bois tu pisses, c’est la vie, sauf que ça peut devenir un inconvénient quand ta vie se limite à un tas de ferraille…
    J’ai pas un excellent souvenir des Roy Rogers non plus, en fait aucun à part vomir leurs brioches à la cannelle pleines de glaçage que j’avais ingurgité en tant que petit dej’.
    Sunny, t’es bien parti pour faire concurrence à Bruno Blanchet, continue comme ça.

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