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Le petit tavernier

Sunny Sud, 2ème partie

Sunny Duval
5 février 2010

Caroline du nord. Ça fait tellement longtemps qu’on roule, on commence à halluciner. Je vois Chiant Jarret partout. J’ai peur.

La route est mince, bordée d’arbres d’un côté, de maisons de l’autre, de temps en temps. Han? Quoi? Un Monster Truck sur la pelouse? C’est le célèbre Grave Digger! Je fais arrêter La Ferraille, on revient sur nos pas. Je fouille dans mon sac et sors mon t-shirt Grave Digger pour quelques photos. Wow, une boutique de souvenirs à son effigie. J’en reviens pas. Les autres comprennent pas trop ce qui se passe.

On arrive à destination: Kill Devil Hills (!). Dix-huit heures d’auto. On meurt de faim. Y’a un resto près de la plage. Patates sucrées à la cannelle. Y.A.R.K. On meurt de soif. C’est l’heure d’une belle, p’tite, froide, bière, avant d’aller s’échouer sur la plage. Horreur, on est dimanche matin, pis à neuf heures au dépanneur à Kill Devil Hills, ils en vendent pas, de la bière. Patience.

Plage. Quel bonheur. Sable, chaleur, maillot, mer. La mer assez fraîche mais la mer quand même. Les vagues nous rincent comme du monde. J’ai la moitié des cailloux de la plage dans mon maillot.

Midi pile, on fait la file au dépanneur. La messe dominicale est terminée, les patachons ont à nouveau le droit d’acheter des breuvages à bulles qui font tourner la tête. Yééééé.

La Ferraille sort le papier avec l’adresse de la maison louée. Pas sur le bord de la plage, ni sur pilotis, juste un beau 4 ½ avec du tapis. Le 100 Wilson St. voit ses nouveaux occupants envahir sa véranda le sourire aux lèvres. Par contre il manque l’autre voiture. On a six heures d’avance sur eux. Pas normal. Ils finissent par arriver en soirée. Ils se sont perdus, royalement. Gang d’orthos.

Le soir on va sur la plage, écouter les vagues. Pas facile la vie.

Chaque jour, quelqu’un est en charge du souper. Le lundi, Joe nous fait un super “saumon à-la-Joe”, qu’on mange dehors. Sauf qu’ici, y’a de la mouche pas mal. Les mêmes mouches ordinaires qu’au Québec, mais en plus, elles mordent. Sur la plage, elles viennent te croquer la peau salée. Pour l’instant, elles s’attaquent au saumon cuit. Tout le monde rentre à l’intérieur.

On a acheté plein de vin rosé de faible qualité, ainsi que deux grosses bouteilles de deux litres en plastique, de vodka et de whisky. Mais on manque de bière. Le Loup-Marin pis moi on prend une marche jusqu’au Mal-Wart s’emparer de canettes de la délicieuse Yuengling. Y’a une file à la caisse. Un gars attend pour payer sa clé en croix, tsé le X pour dévisser les roues? En passant, il est une heure du matin…

Le reste de la semaine est pas terrible, côté vagues. À part le dimanche matin en arrivant, c’est pas mal plat. Le Loup-Marin regarde sa planche de surf plantée dans le sable.

Bruce Binaire a envie d’une p’tite puff. Il demande au hasard à des gens susceptibles d’en avoir. Il se fait revirer de bord chaque fois. “That’s not legal, man.” Ce type de tabac récréatif est assez rare, à Kill Devil Hills, pis les gens en ont peur. Bruce trouve enfin un hippie surfeur qui peut l’aider. “Yes, you wanna get high? I got something for you, even better. His name is Jesus.” Bruce continue son chemin, déçu. C’est pas Jésus qu’il a envie de fumer.

Je me promène autour pour prendre des photos. Y’a plein de belles maisons en bois. Beaucoup de bois. Notre douche est une cabine en bois à l’extérieur de la maison. Mighty Masse et Teenage Love aiment bien se “laver” ensemble.

Mardi soir, quelques explorateurs veulent sortir. On choisit le bar The Pit. Encore des surfeurs, mais heureusement, y’a des spectacles intéressants. C’est une soirée cabaret, yé. Des filles en patins à roulettes se battent avec des oreillers en plumes. COOL. Joe, Bruce et moi, on prend le trottoir en bois pour revenir avec la brise de mer, la lune. Je retrouve mon sac de couchage pis mon plancher tard dans la nuit.

Mercredi, on descend plus au sud, Pea Island. Curieux, l’eau est encore plus froide. Les mouches encore plus voraces. Décevant. On revient pour manger. On veut aller dans ce resto de fruits de mer “familial” qui s’appelle Dirty Dick’s (!!!), dont le slogan est “I got my crabs from Dirty Dick’s (!!!!!!!)”, mais y’a trop de monde. On achète des tasses, des frisbees pis des collants Dirty Dick’s avant de mettre le cap sur Joly Roger.

Jeudi, plage, cerf-volant. Un attroupement a lieu. Je vais voir avec Kikine pis le frère de Teenage Love. Un bébé requin mort s’est échoué au bord. Tout le monde observe sans dire un mot. Une bonne femme arrive, se penche, sort un couteau, et découpe les mâchoires du bébé requin mort. Elle repart comme si de rien n’était. Je retourne jouer du ukulélé.

Joe est de plus en plus rouge au soleil. Il commence à s’emmerder. La plage, deux jours pis il a sa dose. Moi je me laisse flotter dans la mer à coups de trente minutes. Un vrai légume. J’ai quand même peur de me faire croquer le saxophone par un bébé requin vivant.

Bière-plage, et steak au souper, gracieuseté de La Ferraille. Le soir c’est les MTV Awards à la télé. Extra-crissement plate. Je vais à la plage seul. Mes amis viennent me retrouver. J’aurai pas réussi à être seul plus que vingt minutes.

Vendredi: plage! Et aussi visite au Thrift Store. Repas: pâtes à-la-Loup-Marin, extra-bière. Kikine est paquetée. Très drôle. Plage en soirée, Bruce se baigne tounu. Je m’abstiens. J’ai peur de la loterie nocturne des créatures marines affamées.

Samedi, dernier jour dé villégiatoure. La mer est furieuse, les vagues sont super fortes. Dommage, on doit partir. Je fais des hot dogs pendant que d’autres font du ménage. Y’a du sable jusque dans la télé. Le Loup-Marin, qui met un terme symbolique à une tranche de sa vie, abandonne sa planche de surf sur la plage, avec les mots suivants écrits dessus: HAVE FUN. With love, from Montréal, Québec, Canada.

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