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Semi-automatique

So-so-so! Solidarité?

So-so-so! Solidarité?

André Péloquin
16 juin 2011

Drôle d’époque!

Au moment où on souligne les anniversaires d’étiquettes alternatives comme Dare To Care et C4, de plus en plus de médias d’ici et d’ailleurs soulignent l’audace d’artistes qui financent leurs créations de façon indépendante (notamment à l’ aide de campagnes caritatives virtuelles propulsées par des sites comme Kickstarter, par exemple). Même que certains artistes et observateurs vont jusqu’à remettre en question l’utilité des labels maintenant qu’ on peut produire un maxi qui a quand même de la gueule à l’aide d’un micro, d’un ordinateur, d’une connexion Internet et de beaucoup de patience. Quoique, du même coup, plusieurs “one hit wonders” et chansonniers coincés dans le septième cercle de l’ Enfer des bistros démontrent aussi qu’un peu d’aiguillage, voire même d’éperonnage, ne peut pas faire de tort.

Et s’ il y avait un juste milieu entre l’ indépendance et les maisons de disques?

Ce mois-ci, dans le cadre de ma chronique Semi-Automatique, on jase tirelires, coopératives et compagnies!

Émergeons ensemble!

Drôle d’époque, en effet! La dernière fois que j’ai croisé Louise Girard (la dame au t-shirt noir sur la photo prise en compagnie de son C.A. constitué de Fabiola Toupin, David Robert, Annie Gélinas et Daniel Lemay), prêtresse métal derrière le défunt magazine Sang Frais, c’était à Montréal. Aujourd’hui, elle habite Saint-Justin (un petit village situé à près d’une heure de route de Trois-Rivières) et s’occupe de la Coop Émergence, une coopérative culturelle qui a à coeur les besoins des artistes de la scène de la Mauricie.

Pour Girard, ce nouveau défi est un peu la suite logique de son fanzine.« Disons que ça me réconcilie avec le milieu de la musique », s’exclame-t-elle en revenant sur la mort de son zine. « Je ne savais plus si je pouvais continuer ainsi, dans ses conditions, j’veux dire. J’ai tenu le projet bénévolement et à bout de bras pendant sept années, quand même! Ici, j’ai beaucoup de latitude et les défis qu’on rencontre me donnent beaucoup de « drive » et d’énergie. Les commentaires du C.A. sont très positifs. Bref, ça va bien! » Bien sûr que ça va bien! À l’image de sa clientèle cible – les artistes underground – Louise est une véritable touche à tout. «En plus de Sang Frais, où j’ai autant fait du journalisme que du graphisme ou de la recherche de commandite, je suis aussi musicienne à mes heures au sein du groupe Hands Of Death. Mine de rien, je crois que toutes ces expériences aident. Le dialogue entre les membres et moi est très harmonieux. On se respecte mutuellement. » C’est-tu pas beau, ça!?

Coopérative mise sur pied par les artistes David Robert et Fabiola Toupin dès 2008, la Coop Émergence privilégie les arts de la scène (donc, désolé, les artistes visuels!). L’association compte déjà 35 membres qui sont des musiciens de la Mauricie. Ça, c’est sans compter les organismes avec lesquels la bande collabore en plus des autres membres de soutien. Les artistes qui y participent sont très diversifiés musicalement, quoique très axés sur la chanson francophone. On y retrouve notamment les Frères Lemay, Baptiste Prudhomme et Les Malléchés. « Ça va aussi d’un statut à l’autre », renchérit Louise. « On a des chansonniers comme on a aussi des artistes qui souffrent du syndrome « être en région ». »

- Le quoi ?

- Le syndrome « être en région »! T’sais, ceux qu’on retrouvent sur le « cover » du  Voir Mauricie et qui font salle comble ici, mais qui sont vu que par une poignée de personnes lorsqu’ils vont jouer à Montréal ou ailleurs. C’est là qu’on intervient justement, on tente non seulement de les faire sortir de la région, histoire de jouer ailleurs, mais aussi de les sortir de leur zone de confort, de leur petit réseau de contacts, tout en demeurant dans leur région. On veut qu’ils réussissent sans nécessairement déménager. On tente aussi de créer des ponts avec d’autres régions – dont Québec et Montréal, bien sûr – en plus d’entretenir des liens avec d’autres coops, d’autres intervenants comme des labels ou des salles de spectacles.

Côté services, la Coop Émergence ratisse large… et avec raison. « Comme nos membres sont des artistes indépendants, souvent depuis longtemps, ils sont habitués de tout faire seul », explique Louise. « C’est pourquoi nos services sont à la carte : ça peut aller à de l’aide pour remplir des demandes de subventions à l’organisation d’un lancement en passant par la création d’un site web ou d’un dossier de presse, par exemple. » Bref, la Coop s’occupe de ce que ces « slackers » d’artistes indés ont l’habitude de « botcher » par manque de temps!

Comme la coopérative profite de financement que jusqu’en mars 2012. Elle planche aussi sur de nouvelles sources de revenus afin de devenir autonome financièrement. En plus d’envisager d’offrir la location d’un local de pratique, la Coop Émergence voudrait aussi se lancer dans le pistage radio. « Personne n’en fait vraiment en Mauricie », explique Girard. «  Ça se fait à Montréal et Québec, mais c’est très cher pis c’est pas très « local » comme service. »

Investir dans l’émergence

Le label communautaire montréalais Aquadima, de son côté, travaille depuis quelques mois sur une plateforme web qui permettrait autant aux visiteurs de découvrir de nouveaux artistes, mais aussi de financer leurs productions. Imaginez un Kickstarter qui se consacrerait essentiellement qu’à la musique locale et qui serait doublé d’un réseau social – surnommé Aquadima Lounge – qui lui serait propre. En entrevue avec le quotidien Métro en avril dernier, le président de la compagnie, Rénald Prébé, annonçait qu’Aquadima était la première maison de disque communautaire en Amérique du Nord.

Contrairement à Kickstarter, par contre, Aquadima semble moins flexible en ce qui concerne les objectifs et le financement des projets. Alors que, sur Kickstarter, le nombre de jours pour atteindre l’objectif est laissé à la discrétion de la personne à la recherche de mécènes, l’équipe d’Aquadima donne 12 mois maximum à l’artiste pour atteindre son objectif financier qui, lui aussi, est fixe. « Nous avons fixé à 60 000$ le prix plancher pour lancer un artiste », poursuit M. Prébé en entrevue. Montant qui me semble un peu excessif, surtout pour des artistes « qui débutent, mais qui ont du beat », mais bon. On retrouve la même rigidité lorsqu’il est question des montants que les âmes généreuses peuvent verser.

Alors que, toujours sur Kickstarter, les utilisateurs peuvent verser le montant qu’ils veulent (1$, 5$, 1000$, alouette!), Aquadima vend chaque « part » 10$. Oui, « part », et c’est là qu’Aquadima se distingue, car chaque « part » vendue donne un vote pour le choix du premier « single » et de la pochette. Et ce n’est pas tout si on en croit la suite de l’entretien :

« (Le donateur) obtiendra (aussi) un retour sur son investissement au prorata de ses parts. Les gros investisseurs (plusieurs milliers de dollars) auront droit à différentes choses, dont un album «collector» dédicacé et numéroté unique, ou à des t-shirts et à des places de concerts. Et même carrément à un week-end payé à Montréal pour passer une journée avec les artistes en studio. »

Bien que l’offre d’Aquadima semble trop belle pour être vraie (un label qui offre des week-ends payés pour côtoyer des artistes en studio !? Come on !), les types derrières la maison de disques semblent très sérieux en ce qui concerne la gestion des sous.

« Nous ouvrons autant de comptes bancaires qu’il y a d’artistes, et nous faisons affaire avec une institution financière au Québec. Dès que les sous arrivent, ils sont placés dans le compte bancaire lié à l’artiste, nous n’y touchons absolument jamais. Si au bout de 12 mois nous n’a­vons pas atteint les 60 000 $, le compte est fermé, et nous remettons l’argent à la disposition des investisseurs. »

En ce qui concerne le choix des artistes, celui-ci sera trié à l’interne. Bien que l’équipe d’Aquadima cherche surtout des artistes canadiens de l’Ontario et du Québec, elle tend aussi l’oreille pour des projets provenant de l’extérieur de ses provinces.

Jusqu’à l’échéance des douze mois, les artistes doivent s’occuper de leur promotion (le label leur offrira toutefois « plusieurs outils » pour les aider). Une fois que l’objectif de 60 000$ est atteint, toutefois, la machine Aquadima se met en branle :

« Par la suite toutefois, ils obtiendront un premier album studio. Nous nous occuperons du travail de production, de promotion, de gestion de tournée. Leurs albums seront mis en vente sur l’AquaDima Store (à venir d’ici la fin de l’été), mais aussi sur d’autres plateformes comme celles d’Apple et d’Amazon, à travers le monde. »

Personnellement, j’opterais pour la Coop Émergence (surtout si j’étais un artiste du coin), mais sûrement parce que je connais un peu la personne responsable et – surtout – parce que je suis “old school”.

Oui, oui. « Old school »…

Je suis le genre de gars qui passe toujours par le comptoir pour faire ses transactions bancaires (« j’aime le contact humain », que je dis à ma blonde tout en vivant dans le deni) et le projet d’Aquadima me fait « peur ». « Peur » parce que, à ce que j’en sais, ça semble trop « virtuel ». Après tout, combien de bonshommes du web se sont cassé la gueule avec des émules de MySpace et compagnie par le passé? Puis, bon, sans vouloir enfoncer le clou. 60 000 tomates pour lancer un premier disque?! Est-ce que Steve Albini bosse pour eux ou quoi!?

Mais bon, cette « peur », c’est un peu cet immobilisme qui m’écoeure et qui paralyse systématiquement tous les « grands projets » du Québec ces derniers temps. « Patcher » des bouts de routes ou de ponts plutôt que de créer de nouvelles voies ou, mieux encore, de nouveaux moyens pour se déplacer… et ça c’est sans parler du CHUM qui est en voie de devenir le Duke Nukem des établissements hospitaliers. Oui Pauline, la souveraineté est vraiment une priorité en ce moment. Désolé, je m’égare…

Bref, « j’ai peur », mais je travaille là-dessus, promis. Et vous? Vous embarquez avec qui?

En attendant la mise en ligne d’une nouvelle version du site, les artistes peuvent s’inscrire au aquadima-media.com
Pour plus d’information sur la Coop Émergence: coopemergence.com
3 commentaires
  • Phil de Bourg
    16 juin 2011

    Ça dépend du style je crois, mais j’adore les petites étiquettes spécialisées de Montréal, comme Poulet Neige pour du indie rock ou Big Wheel pour du punk!

  • Alexandre Turcotte
    18 juin 2011

    60 000 c’est beaucoup, non?
    et qui va faire la promo pour trouver cette argent? La compagnie ou l’artiste? Et comment sera utilisé cet argent? Pour faire un album? et de la promo?
    Enfin, je suis curieux tout de même et reste à l’affut.
    @Phil : il y à aussi Turbo Production et L’équipe MIR !

  • Mike Savard
    20 juin 2011

    Aqua chose a l’air à sentir la cravate pas propre. Moi, j’embarquerais avec Louise parce que quand je l’ai rencontré v’la 8 ans, elle enfourchait une moto avec une patch des Misfits sur une des saccoches. Crissement reeaaaaaallll!

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