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Reportages et entrevues

Sara(h)bande : L’opéra de la terreur (DJ set)

Sara(h)bande : L’opéra de la terreur (DJ set)

Kristof G
19 février 2013

La première fois qu’on a vu Sylvain Raymond, il était sur scène au Club Soda, haranguant salement (mais avec panache) la foule de la Grande Soirée Horreur du Festival SPASM. Au sein du duo Le Night Shift, il animait alors la plupart des soirées de l’événement cinématographique automnal, le visage maquillé de blanc et affublé de petites cornes écarlates, en parfait contraste avec le smoking très classe de location qu’il portait pour l’occasion. L’un des pères fondateurs dudit festival s’est depuis mis à l’écriture, lançant en 2010 une grinçante autofiction titrée Yupster, renvoyant aux délires intoxiqués, étincelants et dépravés de romanciers contemporains trash tel que Chuck Palahniuk et Bret Easton Ellis.

Trois ans plus tard, en plus de lancer sa propre maison d’édition (Les Éditions Y), il revient à la charge avec Sara(h)bande, une authentique série B sur papier, avec une préface d’Izabel Grondin (réalisatrice de courts horrifiques et régulière collaboratrice de SPASM). Ça se déroule dans une académie de musique classique en forme de camp d’été, où d’aussi mystérieux que crapuleux meurtres sont commis. Un policier est alors dépêché sur les lieux, pareil comme dans les gialli (d’abord, polars ritals à couverture jaune; ensuite, films salaces et salissants popularisés pars les maestros Mario Bava, Lucio Fulci et autres Dario Argento). Entrevue deux point zéro.

Lorsqu’on demande au jeune trentenaire ce qu’il l’a poussé à se lancer dans l’écriture d’un giallo, il avoue avoir voulu  « davantage écrire un récit baroque, dans la forme. Et le giallo est devenu le levier au récit, le ton. C’est un peu une suite logique, le baroque au giallo. Et je trouve que ces deux référents s’appliquent parfaitement à notre époque contemporaine. »

BangBang : En quoi? Le côté voyeur exacerbé de la culture 2.0?

Sylvain Raymond : Hypersexualité, hyper violence, le rapprochement entre les deux au sein du plaisir bourgeois. La plèbe frappe aux murailles pour renverser le pouvoir mais on se console dans nos besoins primaires de représentation en se disant que c’est la bonne chose à faire.

BB : On peut aussi relever un dégoût certain du douchebag-isme à travers le personnage de Lajeunesse, l’agent double… En quoi est-ce plus acceptable de mépriser ce genre d’individu aujourd’hui que le preppie des années ’80 qui était tout aussi superficiel?

SR : Ce n’est pas un dégoût, c’est l’archétype au pouvoir de la société bourgeoise. À une autre époque, on portait du maquillage et des perruques, maintenant, la classe moyenne au pouvoir s’habille avec des t-shirt qui brillent. C’est simplement un constat. Et j’en profite pour offrir un dialecte douchebag, une évolution de la langue française au même titre que l’évolution de la langue française depuis la période baroque. Est-ce négatif, positif, au lecteur de décider, mais la langue n’est pas immuable, et elle change. Lajeunesse, c’est le pivot entre deux visions de différentes générations.

Après la lecture du roman, on peut supposer qu’à force de contacts avec le malin, le malsain, ce dernier peut nous envahir jusqu’à nous faire sien et façonner le futur, même si c’est contre-nature.


SR : Et souvent, les gens réagissent mieux à la fiction qu’à la réalité. 19-2 en est un bon exemple. Le réalisme scénarisé fonctionne mieux que la réalité. On réagit confortablement. Je pense que j’écris un peu en suivant le même processus créatif.

BB : Sur la trame sonore (disponible en ligne), hormis la musique classique omniprésente (Bach, Chopin…), les choix de musique rétro-numérique inspiré des années ’80 (Le Matos, Vosper) sont tout aussi appropriés… à se demander si la pièce Sarah fut  composée expressément pour le roman…

SR : Non, c’est un hasard. Mais comme c’était le cas lors de la sortie de Yupster, on dirait que les gars du Matos et moi communiquons par télépathie. La pièce Sarah fait référence à un personnage de film de Dario Argento [Suspiria, vraisemblablement]. Faut croire que nous sommes justement de la même génération et que nous avons les mêmes référents.

BB : À quand une trame sonore complète et originale pour accompagner un de tes romans? Dans tes plans?

SR : J’aurais aimé intégrer de la vidéo pour Sara(h)bande. Je crois que c’est la prochaine étape. Je rêve d’une oeuvre littéraire complètement multiplate-forme. Donc oui, une composition originale pourrait être cool.

BB : On a déjà hâte.

Lancement de Sara(h)bande le mercredi 20 février (18h à 22h) @ 5295, Avenue Du Parc, avec DJ sets de Le Matos, Vosper et Zlatko Superina

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sarahbande.com

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