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«Same same but different»

«Same same but different»

Patrick Dion
12 juillet 2012

On a tous nos travers et nos dépendances. On est tous accros à quelque chose : l’alcool, la drogue, le jeu, le sexe, le LypSyl. Moi, je suis drogué aux t-shirts. Je sais pas trop pourquoi mais ça vient me titiller une fibre (de coton) intérieure. Quand j’en vois un cool, c’est immanquable, je saute dessus. Pis après, je l’achète. C’est quand même weird parce que je suis zéro-consommateur. Mon pouls d’acheteur compulsif est presque toujours à plat. Sauf quand on jase gaminet. Si je pouvais, j’en aurais des centaines (pis là je saurais pas lequel mettre et je serais pas plus avancé).

Lorsque j’étais au Vietnam (ça paraît bien dans une conversation), je suis tombé sur un t-shirt sur lequel il était écrit Same same but different. Je me suis toujours demandé ce que les Vietnamiens avaient voulu dire par là. Me suggéraient-ils que malgré les différences culturelles flagrantes entre l’Orient et l’Occident, nous étions des êtres humains semblables, avec les mêmes peines, les mêmes peurs, les mêmes joies et les mêmes aspirations? Ou peut-être m’avouaient-ils que, malgré que l’on soit fait du même matériau, nous étions différents dans nos façons de penser et d’envisager la vie?

Je n’ai jamais réussi à répondre et ce questionnement demeure quotidien. Sommes-nous tous si distincts les uns des autres? N’avons-nous pas à la base les mêmes valeurs, les mêmes attentes envers nos semblables (d’ailleurs, ne les appelle-t-on pas nos semblables pour cette raison)?

Ma tête vacille entre deux courants de pensée. Le premier consiste à croire que nous sommes totalement différents. Issus de milieux divers, élevés à la ferme des différences culturelles et sociales, nous avons des aspirations qui se ressemblent (la sécurité et le bonheur) mais des valeurs qui se crissent les unes des autres. Malheureusement, cette théorie devient bancale dès qu’on gratte le moindrement la surface. On s’aperçoit rapidement que tout ce que tout le monde veut, dans le fond, c’est d’être aimé. Point final bâton (minou patate poil maudit cave). Chaque pas, décision, réaction se manifeste dans un seul et unique but : se faire aimer des autres. Le pouvoir, la consommation à outrance, le fait de rincer ton moteur au feu rouge, d’être le premier du peloton, le lichage de cul, de te fringuer avec des guenilles à mille piastres, d’exercer ton art, de te faire dire que tu portes tellement des t-shirts cools, ben ce sont toutes différentes façons de te faire accepter des autres donc, de te faire aimer.

Le deuxième courant, à l’opposé, propose que nous soyons identiques, coulés dans un moule à muffins uniforme, bâtis sur le même frame de vérités. Et j’ai plutôt tendance à adhérer à cette pensée. En conséquence, je peux exiger des autres la même chose que j’attends de moi. Par exemple, si le respect fait partie de mes valeurs intrinsèques, je peux m’attendre à une certaine forme de réciprocité. Vous me voyez venir là hein? Voilà, ça marche pus pantoute comme raisonnement.

J’ai tendance à penser comme ça la plupart du temps. Jusqu’à ce que ma balloune me pète en pleine face. Je me fais toujours fourrer dans ces histoires-là. J’en sors immanquablement déçu et amer de mes finalement-pas-si-semblables. Parce que la pareille ne vient pas souvent. Fuck, ma mère vient plus souvent chez nous que la pareille. Tsé!

Le respect, en particulier, est une faculté oubliée dans la marmite de l’éducation. Je sais pas où certains parents avaient la tête quand ça a été le temps de le transmettre à leur enfant mais y en a une couple qui dormaient sur la switch. C’est quoi cette réalité-là où tout le monde se crisse de tout le monde? Mais qu’est-ce qui s’est passé pour qu’on se ramasse à tout faire tourner autour de son nombril?

On a parfois besoin des autres pour mener des projets à terme. À part la masturbation, y a des trucs qui demandent à être plusieurs. Quoique même pour la masturbation… Anyway, on dirait que je suis toujours le seul à ramer comme un cave. Je suis souvent pogné avec une gang d’hurluberlus qui pagaient à contre-courant ou une autre qui pagaient pas pantoute. Certains diront que je m’associe pas avec les bonnes personnes mais tsé, des fois, tu fais ce que tu peux avec ce que t’as (pis l’important c’est ça qui compte dans vie).

Si on extrapole, je suis incapable de comprendre comment les gens peuvent être pro-peine-de-mort, anti-avortement, capitaliste, pollueur, de droite, Jesus freak ou pire du pire, voter Libéral. Alors je fais quoi? J’arrête d’espérer en l’humanité ou je me fais à l’idée qu’on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même?

Finalement, je suis ben content d’avoir acheté un autre t-shirt.

Un commentaire
  • Pinto
    24 août 2012

    Le « Same same but different » je l’ai beaucoup vécu en Thaïlande.

    Devant un vendeur de montres copiées  » Rolex same same » mais en fait en regardant bien « but different » :)

    Un lady boy devant un bar « Lady same same » … euuuuuh « but different » :) :) :)

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