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Semi-automatiqueSelon greatfirewallofchina.org, un outil permettant de voir si un site est censuré en Chine, myspace.com a été bloqué plus de 2000 fois lors de 2147 tests. Même chose pour Facebook qui a disparu du web chinois 856 fois sur 897 tentatives de connexions. Avec la récente décision du CRTC concernant la neutralité de réseau, les artistes québécois et canadiens, émergents ou pas, désirant se promouvoir à l’aide de ce genre de sites pourraient bien se frotter aux mêmes problèmes que les internautes de la République. Chronique d’un futur aussi virtuel qu’incertain. WHOIS : network neutrality Le « network neutrality» – ou neutralité d’un réseau en français – se veut un idéal échafaudé en 2005 par un professeur de l’Université Columbia. Une idéologie prônant la non-discrimination entre les utilisateurs d’un même réseau. Bref, une formule très « peace and love » voulant empêcher les administrateurs d’un réseau de favoriser certains flux et utilisateurs (un peu comme le débat public-privé en Santé… ou le laissez-passer permettant d’éviter les fils d’attentes à La Ronde si vous voulez des exemples plus concrets). Quatre années plus tard, aux Rencontres mondiales du logiciel libre, Benjamin Bayart, le président de French Data Network (le doyen des fournisseurs d’accès Internet en France), allait actualiser la formule en la décomposant en quatre préceptes tout simples : « on transmet les données sans en regarder le contenu, on transmet les données sans privilégier d’adresse sur le réseau, on transmet les données sans privilégier un protocole et on transmet les données sans en altérer le contenu. » C’est du Chinois tout ça? Utilisons un autre exemple. Prenons Vidéotron. La neutralité du réseau empêcherait les administrateurs du géant de « ralentir » l’accès aux sites qui ne sont pas membres du portail Canoë (une autre création de Québécor). Bien que ce droit de regard sur les données aurait permis d’attraper Jean-François Harrison beaucoup plus tôt, il réserverait aussi une sale surprise aux Internautes téléchargeant illégalement des chansons d’artistes endisqués par Musicor (un autre tentacule de l’Empire)… quoique si quelqu’un est assez con pour pirater du Patrick Groulx alors qu’il y a tant de bonne musique d’ici et d’ailleurs distribuée gratuitement sur le Web, il mérite beaucoup plus qu’une simple amende. Beaucoup plus. Depuis des années, plusieurs fournisseurs d’accès Internet canadiens contournent tout de même cette fameuse neutralité. Plusieurs compagnies, dont Bell, contrôle notamment le flux de données (limitant notamment la vitesse des données téléversées). Dans un article de CBC News mis en ligne en 2006, la relationniste de Bell Jacqueline Michelis déclarait que sa compagnie croyait que la neutralité du réseau devrait être déterminée par les forces du marché plutôt que par des préceptes. Bref, la compagnie aux castors voit ses clients comme des branches d’arbres : des trucs muets et inertes sur lesquels on construit son domaine. Pire encore, en 2005, Telus a bloqué l’accès à une panoplie de blogues mis sur pied par ses employés pendant un conflit syndical. Dans « la vraie vie», ça serait presque comme faire disparaître un piquet de grève à coup de chars d’assaut. Inquiétant. À quelques jours de l’Halloween, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes plonge les internautes dans ce qui pourrait bientôt s’avérer un véritable film d’horreur (ou, du moins, un suspense futurisco-distopique coté six dans le TV Hebdo): il vient de se prononcer contre la neutralité de réseau. Bien que la décision précise que les fournisseurs devraient plutôt envisager des solutions économiques avant d’en venir au contrôle de données sur leurs réseaux, la marge de manœuvre est là, la zone grise est étendue, la réglementation demeure nébuleuse à souhait et les cadres d’entreprises doivent déjà plancher sur des présentations PowerPoint expliquant de nouvelles façons 2.0 pour cravater leurs clients. Bien qu’il soit encore trop tôt pour rebaptiser la Plaza St-Hubert en Place Tian’anmen, plusieurs observateurs envisagent déjà le pire. « C’est une initiative qui est dangereuse à long terme. Je ne dis pas qu’on va vouloir contrôler ce qu’on veut et peut voir sur le Web, mais ça laisse quand même présager des choses. » lance Pierre B. Gourde, attaché de presse et stratège numérique chez Indica Records, «Tweetomane» et nerd à froc de cuir. « Avant d’être inquiétant à titre de gars-qui-œuvre-dans-l’industrie-musicale, c’est frustrant pour «le client en moi». Disons que je suis sur Bell, que je ne fais que des trucs légaux sur le Web, que je paye ma facturation à temps chaque mois et que – du jour au lendemain – cette compagnie commence à ralentir ma bande passante pour des raisons X ou Y, c’est vraiment frustrant. » Les options suscitées par les penseurs du Web sont multiples. On parle autant de la censure de sites de compétiteurs directs que de la vente d’abonnements d’accès à la carte (un peu comme la télé satellite avec forfaits de canaux thématiques et tout le bataclan). Et la scène locale là-dedans ? « Dans quelle mesure ça va avantager Musicor ou d’autres étiquettes près de distributeurs Internet, je ne le sais pas encore, mais ça va quand même influencer une industrie qui se tournait de plus en plus vers le numérique pour des raisons économiques et environnementales. » poursuit Gourde avant une montée de lait. « Un autre truc que je trouve frustrant, c’est que quand je fais de la recherche pour le mot « musique » sur Google, le premier résultat qui s’affiche mène à une pub de Vidéotron. Chez Vidéotron, on t’offre un abonnement à gros prix pour télécharger plus de musique plus vite, mais maintenant on veut aussi me contrôler? On profite de mon envie de musique pour m’attirer vers un service, un service que je payerais assez cher en plus, puis on profite de cette passion pour surveiller ce que je ferais de ce service. C’est Big Brother un peu, disons. » Puis, la question vide : qu’est-ce qui s’en vient? « C’est une question qu’on se pose depuis plus d’une dizaine d’années – tu te souviens de Napster? – et à laquelle on n’a toujours pas trouvé de réponse. » tranche Gourde, philosophe. « Le Web est un médium dont on ne voit toujours pas la finalité, qui est toujours en évolution et qui change rapidement. Ce qui est le fun par contre, c’est que le peuple se l’est rapidement approprié. C’est très « power to the people ». » Les initiatives à la « Creative Commons » ou « Open source » en témoignent d’ailleurs. Heureusement, la neutralité du réseau compte plusieurs sympathisants dont les fournisseurs de contenu chez Google, Microsoft et Yahoo! ainsi que la plupart des partis politiques canadiens (Paul Crête du Bloc, Charlie Angus du NPD, le Parti Vert et même Marc Garneau chez les Libéraux). Les conservateurs, eux, se font évasifs. Malgré le poids de ses appuis, ceux-ci n’ont eu l’effet que de tapes dans le dos ou de collants dans le coin supérieur d’un devoir. Selon Gourde, la riposte ne se fera pas dans la Chambre des communes, mais sur la Toile. « On va donc espérer qu’on, le peuple, les artistes, l’industrie, ne va pas se laisser prendre en otage aussi facilement. Je ne veux pas parler de soulèvement, mais on voit déjà sur le Web qu’il y a une certaine grogne, les citoyens prennent positions, des événements contre vont s’organiser. » ajoute Pierre avant de conclure sur l’évolution de ce média insaisissable. « C’est drôle quand même à quel point ça change. Y’à cinq ans, mes collègues de travail chez Bonsound me taquinaient avec le fait que je passais beaucoup de temps sur MySpace et les sites du genre. Que c’était une perte de temps, etc. Aujourd’hui, les compagnies qui ne profitent PAS de ces réseaux sociaux sont de plus en plus rares. » C’est vrai, j’ai bossé comme webmestre pour un festival de musique cet été et une de mes tâches étaient de créer des événements pour ses concerts sur les profils de la boîte sur différents réseaux sociaux. Je pouvais donc dire que je bossais sur Facebook! Si seulement les compagnies pouvaient maintenant s’accaparer le trafic de sites pornographiques, je n’aurais plus de limites! Je «bosserais» autant tard le soir lorsqu’il fait «frette» à l’appart qu’en plein jour dans un café grano-hipster du Mile-End. Je vois déjà la publicité avant une de ces capsules vidéo « Cette scène de DP est présentée par Scott Towels, parce que tsé veut dire». Du bonbon! André Péloquin / podmodernisme.bangbangblog.com / podmodernisme arobas gmail.com Photo: Jeff Widener
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