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Radio Radio : Enfants du Soleil

Radio Radio : Enfants du Soleil

Stéfane Campbell
26 février 2010

Loin de leur Acadie natale et apparemment gonflés d’une nouvelle ouverture sur le monde, les jeunes hommes de Radio Radio sortent du jacuzzi et embrassent le chercheur d’or qui sommeillait en eux. Toujours dans ce langage qui se distingue au premier phrasé, le hip-hop électro-bidouillé du groupe refait surface pour vous faire timer un second tour. C’est à la rencontre de pirates voyageurs que le quatuor – devenu trio – baisse l’agressivité de quelques crans et semble plus que jamais dédié à rapper son chiac partout où la tribune le permettra. Éternellement nomades et paré à prendre le large, les trois musiciens à bord nous expliquent les prémisses du nouveau périple.

D’entrée de jeu, qui diable peut bien être Belmundo? « C’est un gars qu’on a rencontré quand on était en Nouvelle-Écosse en train d’enregistrer the disc. On s’est arrêté à Oak Island (une île au sud de la Nouvelle-Écosse qui fait fantasmer les chercheurs d’or depuis plus de deux siècles) et Belmundo, c’est un aventurier, un explorateur, qui était là pour approfondir la recherche du trésor qui s’y trouve. Et le Regal vient du plaisir de l’aventure, c’est de la haute money quand même pis c’est un gars de l’Argentine et il passe son temps sur les sailboats et le thème de l’album c’est un peu ça : le gypsy regal, le monde nomade, l’aventure… mais qui est confortable. »

Aussi, bien que le rythme ne semble rien avoir perdu de sa vibe de party, le propos, ou plutôt la façon de le livrer, se serait, selon nos principaux intéressés, apaisé de quelques crans : « Cliché Hot, c’était beaucoup plus agressif… aujourd’hui, ça tape encore, mais il y a de l’élégance là-dedans. Avant, c’était crier pour crier, mais maintenant, on choisit nos moments pour le faire. C’est frapper moins fort pour avoir plus de fun. »

Parce que le titre d’ambassadeur peut devenir lourd à porter, sans ledit fun : « Notre musique a toujours été inspirée par le monde. C’est électronique, hip-hop, c’est sûr qu’on doit le sentir et même que l’accent acadien, on est presque plus encouragé à le mettre de l’avant à Montréal que par chez nous. Par chez nous, il disent “parlez un bon français pour avoir du succès”; ici à Montréal, ils nous disent “on aime comment vous parlez” so le plus qu’on est à Montréal, le plus qu’on est encouragé à parler avec notre accent. »

C’est donc en déménageant ses pénates dans la métropole que le groupe a pu embrasser une nouvelle liberté sur le plan de la création : « C’est sûr qu’en Acadie, ils voient l’ambassadeur avant la musique, ce qui n’est pas notre cas. Ce n’est pas tant qu’on se bat pour la cause, on fait juste les choses à notre manière… Notre objectif n’est pas de représenter l’Acadie, ça arrive plutôt naturellement par la musique. »

Un homme à la mer

Sur le départ de Timo, annoncé l’an dernier, les trois membres demeurent très respectueux du choix de l’ancien complice : « Il était ailleurs dans sa vie. Il voulait prendre soin de famille et on respecte ça. Il a eu une petite fille et il s’est retrouvé pris entre deux mondes. Quand tu pars sur la route avec une famille à la maison, t’as l’esprit à quelque part d’autre. »  Ça et le fait que le jeune artiste sentait vouloir exploiter l’univers visuel de sa création, via le tatouage et l’airbrush. « C’était un autre rythme et ça feelait pus right. » Et comme une image vaut mille mots : « Quand il est parti, c’est un peu comme si on était en haut d’une butte et tes souliers sont soaking wet. T’enlèves tes souliers et t’as de quoi de moins, mais tu pars à la course et ça finit par donner un élan de plus que rien d’autre. Et c’est de même qu’on feelait avec Belmundo, c’était meant to be… »

D’autant plus que, pour le première fois, le noyau de création habite et cogite dans un seul et même lieu : « C’est la première fois qu’on est tous ensemble à la même place. Sur Cliché hot, on était tous à distance, entre l’Ontario, Moncton et la Nouvelle-Écosse. Et là, c’est la première fois qu’on vit ensemble pis je crois que l’album a plus de cohésion pis on est tous sur la même page, des fois presque trop comme à matin, on se réveille et on s’est habillé pareil. Il y a vraiment une unité qu’on n’a jamais eu avant dans le groupe. »

« À Moncton, t’es dans une bulle. Il y a les anciens patterns, les anciens mindframe, alors q’ici, tout est nouveau. L’inspiration est perpétuelle. »

En quête de grandeur et de terre promise, le trio apparaît au final plus déterminé que jamais à prendre la place qui lui revient : « Au fond, Belmundo Regal c’est nous avec notre bagage culturel qui s’ouvrons sur le monde. Un peu comme les pirates avec leurs voiliers. C’est un peu l’équivalent mythologique de tout ça. Montréal, pour nous, ça devient un accès au monde. Je pense que si notre accent ne nous a jamais nui, c’est plus le ton agressif qui pouvait le faire. C’est pour ça qu’on a baissé l’agressivité. C’est plus la voix de quelqu’un d’ouvert sur le monde, à l’écoute. »

Un patrimoine qui se mute au gré du vent : « « La culture se vit aujourd’hui, here et now, elle évolue et se transforme au fil du temps tandis que l’histoire se lit dans les livres… et l’Acadie here and now, c’est trois enfants du soleil qui sont à Montréal. »

Lancement le 4 mars au Cabaret Juste pour rire

laradioradio.com

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