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Reportages et entrevues

Pyongyang : Danser en attendant la fin du monde

Pyongyang : Danser en attendant la fin du monde

Marie Mello
18 septembre 2013

«On est les anti-Carpenters.» Ce n’est qu’une définition intrigante parmi toutes celles que m’ont proposées les deux membres fondateurs de Pyongyang, Marco Santos et Antonio Pavao Pereira. En spectacle bientôt à Pop Montréal, le groupe «dictatorial» de funk dystopique reconnu pour ses costumes nord-coréens revient avec humour sur sa (jeune) histoire, jase culture populaire et nous parle de quelques nouveautés.

Écoutez la pièce «Pull The Trigger» :

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D’abord composée des musiciens Marco Santos (Fear Eat Soul) et Antonio Pavao Pereira (Two Dollar Motel), les cocréateurs des morceaux du EP homonyme sorti sur le web en 2012, la formation Pyongyang a au cours de la dernière année connu d’importantes transformations. D’abord l’arrivée de la guitariste Émilie Nguyen – en partie pour «faire baisser le taux de testostérone sur la route», plaisantent-ils –, puis celle du batteur Félix Morel. Sans oublier la présence de Marc-André Roy, claviériste invité qui a pu entre autres être entendu cette année au Festival de musique émergente.

«Dès le début du projet, l’idée était de parvenir à l’énergie d’un band complet, explique Antonio, mais c’était important pour nous de garder une certaine flexibilité, de pouvoir adapter la formule du band, par exemple pour faire un show surprise dans un musée, un gros spectacle, ou un petit set plus électro.» Désormais un quatuor – qui se produit souvent à cinq! –, Pyongyang n’a toutefois pas renoncé à l’expérimentation, loin de là. Si l’arrivée d’un batteur a raréfié le recours aux rythmes préenregistrés et aux échantillonnages, le groupe se dirige à nouveau vers un changement de son live. «On veut tout faire live, mais on compte incorporer aussi des sonorités plus « chimiques », comme des triggers sur le drum, pour créer des effets et donner une texture plus large qu’un band rough», poursuit le bassiste.

Funk et dystopie

En expliquant les fondements et la démarche de leur groupe, Marco et Antonio complètent régulièrement les paroles l’un de l’autre. Les artistes aux horizons variés – le Motown, le soul, le funk, le no-wave pour Marco; le hip-hop et le post-punk pour Antonio – semblent être parvenus à créer une sorte de créature hybride qui leur ressemble. Une drôle de patente accrocheuse, bien à eux, très dansante et qui intègre à peu près tout ceci. Et ils l’ont nommée «funk dystopique». «On dit « dystopique » parce qu’il y a cette idée d’absorber les éléments qu’on trouve plutôt morts ou corrompus dans la société, de les renverser. Disons que sans vouloir renverser des gouvernements ou quoi que ce soit, on joue avec ça!», s’amuse Antonio.

Cette «absorption» passe en grande partie par les paroles (en anglais) que signe Marco, en se basant directement sur la culture populaire. «Je puise mes textes dans la musique de starlettes pop comme Beyoncé ou Lady Gaga. Je les mets dans un autre contexte pour les détourner de leur sens initial. Autrement dit, je détecte le vice dans ce qu’on fait à nos jeunes adolescentes», explique le chanteur, pince-sans-rire. «On prend les passages les plus vicieux, en plus», complète son collègue, avec le plus grand sérieux du monde. Est-ce que des chansons en français seraient envisageables? «C’est sûr que je pourrais chanter en français ou même en portugais, rien n’est exclu! poursuit Marco. Mais on dirait que les textes de Marie-Mai étaient moins inspirants.» Ensuite, on rit un peu, même si c’est aussi vrai que triste.

Au-delà de la démarche de recyclage «subversif» qui se cache derrière les textes, Pyongyang propose en spectacle un funk qui n’est pas tout à fait propre-propre. Comme le résume assez bien Antonio : «Il y a une espèce de tension, peu importe les paroles. C’est sûr qu’on ne fait pas du funk de cover bands, ce n’est pas un funk chaud et super rond. Il y a quelque chose d’un peu déglingué, de pas tout à fait correct. Une étrangeté, un malaise… une nervosité étrange.» Quiconque s’attendrait à assister à un spectacle de funk en bonne et due forme pourrait faire le saut, mettons.

«Re-lancement» et nouveautés

Depuis quelque temps, Pyongyang propose aussi en spectacle des morceaux qui ne se retrouvent pas sur le EP homonyme qu’ils prévoient «relancer», cette fois en format cassette, au cours du mois d’octobre, à La Brique. Ceux-ci témoignent de la nouvelle direction prise par le groupe, qui s’initie en ce moment à la composition à quatre plutôt qu’à deux. La première, «The Great Sun», est un «dub dépouillé et mélodique», selon Antonio, alors que la seconde, «Without Me», s’aventure en terrain afrobeat. «Ça sonne comme de l’afrobeat avec un genre de Robert Smith qui chante dessus», rigole le musicien. Il faudra toutefois attendre avant de pouvoir se mettre sous la dent un premier album complet, pour l’instant prévu pour l’été 2014.

Entre-temps, Pyongyang continue sur scène de changer les choses, à sa manière. «Est-ce qu’on a vraiment une espèce d’agenda de révolutionner quelque chose? Non. Dans ce sens-là, on n’est pas utopistes, au contraire. On est hyper pessimistes par rapport à la suite des choses, s’amuse Marco. S’il y a un message, c’est qu’on est en train de tout préparer pour mettre fin à la civilisation telle qu’on la connaît. Pis, tant qu’à ça, on va danser en attendant.»

Pyongyang @ Pop Montréal (avec Bernie Worrell & Fred Wesley, Hilotrons)

Le 27 septembre au Cabaret du Mile-End

pyongyang.bandcamp.com

popmontreal.com

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