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Profilage de pierre

Profilage de pierre

Patrick Dion
12 juin 2012

On passe tellement vite à autre chose: l’information, l’amour, le cul, Lana Del Rey. Malgré mes convictions profondes, je commence à être tanné du conflit étudiant qui perdure. J’avais de belles espérances pour un meilleur lendemain mais je dois me rendre à l’évidence que je rêvais en couleurs. Mon cynisme a gagné, y a jamais rien qui change. La population s’essouffle, les étudiants retournent sur les terrasses, les tapocheux de casseroles rentrent dans leur cuisine. Le gouvernement Charest savait tellement que la population finirait par passer à autre chose. Il est peut-être pas fin, le Premier Sinistre, mais il est pas fou. Oh que non. Damn, les Libéraux se font réélire aux quatre-cinq ans malgré la corruption, la collusion et la destruction de nos ressources. La démocratie a la mémoire courte en crisse.

Je m’essouffle, donc, et ça me fait chier. Je m’insurge toujours autant virtuellement. Je publie des centaines de trucs sur mon fil de nouvelles Facebook ou sur Twitter. Mais je ne descends plus dans la rue pour manifester, je ne tapoche plus allégrement de la casserole. Plus personne ne le fait. Sur le Plateau, dans Rosemont, dans Villeray, quartier nucléaire du mouvement casserole, on a jeté les mitaines pour le four. Pourtant, ça m’écoeure toujours autant quand je vois ce qui s’est produit lors du weekend du Grand Prix. J’ai des envies de vomir quand les libertés fondamentales sont bafouées. Déjà que j’ai l’impression de payer pour une police privée avec mes taxes, ça me met hors de moi qu’on bloque l’accès à un endroit public sous prétexte que des gens arborent un carré rouge. C’est rendu que j’ai peur de le porter. C’est pas fucking normal !

Je repense aux images de cette violence policière, véritable manifestation d’un pouvoir hors de contrôle, je réfléchis à ces gens qui se sont fait arrêter sans raison au Parc Jean-Drapeau ou dans le métro simplement parce qu’ils affichaient le symbole de leurs convictions. Crisse, c’est toujours ben juste un morceau de tissu rouge coupé à quatre angles égaux de 90 degrés. On accepte le voile musulman dans la face, le turban sur la tête et la croix dans le cou mais on musèle ceux qui s’affichent avec un carré de feutrine. Come on! Qu’est-ce qui est le plus violent, Madame la Ministre St-Pierre, un kirpan à la ceinture ou un carré de feutre rouge mou?

La population doit se rendre compte que le gouvernement est à mettre en place une culture de la peur, comme l’a fait Doublevé Bush en 2001, alors qu’il tentait par tous les moyens de s’approprier l’Iraq. Sauf que tout ce que veut Charest, c’est de vendre le Nord pour passer à l’histoire et se faire réélire pour un autre quatre ans.

À l’instar des États-Unis, je constate que mon gouvernement est maintenant l’affaire d’un seul et unique homme : Jean Charest. Le caucus libéral, les ministres et différents députés ne sont que des pantins répondant aux moindres caprices et désirs d’un Premier Ministre qui n’en fait qu’à sa tête malgré les demandes et récriminations du peuple qui l’a élu. Me semble que de me faire mener par le bout du nez comme un veau à l’abattoir, je prendrais ça comme une insulte à mon intelligence.

Le profilage politique subi par les journalistes du Devoir durant le weekend devrait être la goutte qui fait déborder de nouveau le vase, ça devrait relancer un mouvement nécessaire qui s’estompe. Mais non. On est retournés se coucher. Certains diront que c’était de la provocation inutile que d’aller manifester durant le Grand Prix. Il y avait peut-être quelques éléments perturbateurs dans cette foule. Mais pas plus qu’à n’importe quel événement du genre? Y a des caves même au Festival de Jazz. Ben oui toé. C’est pas parce que tu portes un carré rouge que t’as pas rapport au Grand Prix. T’as le droit d’aimer la course de char de gosses de riches pareil. Personnellement, j’en ai rien à cirer. Mais je suis convaincu qu’il y a des tonnes de gens qui ont remplacé, l’espace d’un weekend, le cling clang de leurs casseroles par le vroum vroum des grosses bagnoles. Pourquoi devraient-ils laisser leurs convictions au vestiaire sous prétexte d’incitation à la violence. Interdira-t-on le port du coquelicot parce que c’est une incitation à la guerre? Imaginez si on commençait à arrêter à l’étranger ceux qui affichent un drapeau du Québec. J’ai l’impression que ça grimperait dans les rideaux du salon de l’Assemblée Nationale.

Je ne suis pas violent (et encore moins intimidant). Je prône le pacifisme malgré la désobéissance. Mais j’ai pas envie de cautionner cette culture de la terreur en fermant ma gueule. Je possède le droit fondamental de crier que je n’endosse pas cette loi-matraque, pas plus que je ne supporte la hausse des frais de scolarité.

Le profilage est une méthode insidieuse et dangereuse du pouvoir. Le parallèle est boiteux et je ne veux surtout pas comparer la souffrance de millions de personnes avec le conflit actuel. Mais Hitler n’est pas arrivé au pouvoir en 1919 en disant qu’il voulait exterminer un peuple entier. Il s’y est pris malicieusement, en enfonçant quotidiennement l’idée dans la tête du peuple allemand que le malheur germanique était de la faute des Juifs. Ça lui aura pris vingt ans mais il aura réussi à convaincre une majorité du bien fondé de sa folie. Je ne vis pas dans une dictature et mon Premier Ministre n’est pas un fou furieux (sauf une fois au chalet). Mais je n’ai pas envie de laisser un seul pouce de jeu à un gouvernement, corrompu de surcroît. On ne sait jamais où nos droits et notre liberté s’arrêteront.

Un commentaire
  • Antoine
    12 juin 2012

    Je partage ton avis, mais je pense qu’il faut juste continuer à sortir manifester.
    Oui, on est fatigués, oui on en a plein le cul. Mais faut se le botter le cul. Je fesse tout seul sur ma casserole pendant 4-5 minutes avant que les voisins sortent. Mais je vais continuer. Au pire l’été sera un petit creux. Un petit mou. Mais garder les braises en vie histoire que le feu reparte bien vite…

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