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Reportages et entrevues

Profession hommes-orchestres (ou faire cavalier seul)

Profession hommes-orchestres (ou faire cavalier seul)

Anne Laguë
23 mars 2011

Musiciens solitaires et habiles, les hommes-orchestres fascinent. Regard sur le phénomène, à travers l’expérience de trois lonesome cowboys des temps modernes: Scott Dunbar, Jimmy Hunt et Bloodshot Bill.

À Prince George en Colombie-Britannique, Scott Dunbar jouait dans un groupe métal, comme beaucoup de musiciens là-bas. Puis il a découvert Chad Vangaalen, en formule homme-orchestre : percussions, guitare et voix. « Une lumière s’est allumée! Le lendemain, j’ai arrangé mes tambours exactement comme lui » raconte Scott Dunbar qui écoutait déjà beaucoup de soul et de blues. Après essai, il a adapté la configuration pour lui, une claquette à un pied et une valise munie d’une pédale à l’autre. Impressionnés, ses amis l’ont encouragé à voyager pour faire entendre son truc… et il s’est retrouvé à Montréal sans le sou. Classique.

« Hit the road, Jack! »

Il s’est alors installé pour chanter sur la rue Mont-Royal avec une pancarte : « Just got to town. Need a place to live, need friends, need gigs ». Deux mecs se sont approchés, ils venaient d’ouvrir une auberge… Ils lui ont offert une chambre pendant trois mois. « C’est probablement l’exemple le plus magique de mon expérience », s’exclame Dunbar, sautant sans problème de l’anglais au français.

Pour le chanteur folk Jimmy Hunt, cette formule multitâche a aussi été le moyen de jouer dans une ville où il n’avait pas d’amis encore pour l’accompagner. Fraîchement débarqué à Montréal et inspiré par les bluesmen qu’il admirait, il a commencé à jouer dans le métro en one man band. Hunt considère la prestation de l’homme-orchestre comme un médium pour un musicien, comme la peinture pour l’artiste, par exemple. « Au-delà de la musique, les gens sont impressionnés par la façon dont c’est interprété. Ça ajoute une valeur au spectacle, les gens observent autant la performance physique que musicale. »

Seul maître à bord

La transition d’homme-orchestre à musicien au sein d’un groupe (il a d’abord fondé Chocolat avant de poursuivre son projet solo) s’est bien passée pour Hunt, bien qu’il dût apprendre à jouer un autre rôle. « Au début, la musique part dans tous les sens et tu te rends compte : ah! merde, c’est vrai, faut que je sois un leader de groupe! (rires) Faut que tu dises au guitariste de baisser le volume, au drummer de lâcher ses cymbales un  peu et au bassiste de s’accorder! » Solitaire, Jimmy Hunt? « Ouais… J’avoue que des fois, j’étais en groupe et tout allait bien, mais ça me manquait de donner un spectacle en one man band. Y’a quelque chose… Tu as vraiment le spectacle entre les mains. »

Le chanteur rockabilly Bloodshot Bill préfère aussi cette formule pour la liberté de partir en tournée quand ça lui plaît, mais déplore le manque d’imagination des programmateurs qui ont souvent le réflexe d’organiser des soirées de one man bands. « Si le groupe était un trio, personne ne dirait : « Oh, on va booker une soirée de trios! » Ils traitent les hommes-orchestres comme une curiosité, tout comme les groupes de filles, d’ailleurs. »

Scott Dunbar se plaît aussi à faire sa petite affaire sur la rue Ste-Catherine ou au Marché Jean-Talon. « Avec la formule one man band, tu peux gagner ta vie en tant que musicien sans t’encombrer de l’industrie musicale, qui ne rapporte à personne ces temps-ci de toute façon! Tout le monde joue la game… et personne ne fait d’argent. Moi je sors dehors, je joue de la musique, je paie mon loyer et je fais ce que je veux! »

Scott Dunbar se produit gratuitement à L’Esco, tous les dimanches en 5 à 7 avec un invité diffèrent chaque semaine. Un plan de partenariat avec le Quai des Brumes circulerait, histoire d’en donner plus au public sans entrer en conflit d’horaire… Bonne idée!

Jimmy Hunt se produira également à L’Esco le 29 mars pour fêter les 11 ans du bar.

Bloodshot Bill sort le LP Thunder & Lightning le 29 mars.

Photo de Jimmy Hunt: Grosse Boîte
Photo de Bloodshot Bill: Voir.ca
Photo de Scott Dunbar: LOYAL K.N.G.

4 commentaires
  • claudia
    23 mars 2011

    Super portrait. Excellent ! (larme qui coule sur ma tendre joue)

  • André
    24 mars 2011

    J’ai découvert Dunbar par hasard, sur Ste-Cath, proche du square Philips, je trouvais ça entrainant, mais mon horaire m’a poussé à continuer ma route. En regardant les groupes taggé Montréal sur Bandcamp, j’ai retrouvé Dunbar et sans perdre de temps j’ai acheté son album et je me le repasse régulièrement, une bonne voix inspirante. Bloodshot est aussi un favori, il me faut un de ces albums, je vais faire un plus grand effort pour m’en procurer un. Je ne connais pas Jimmy Hunt, vous me le faites découvrir. Vive les one man bands. ;-)

  • Billie Hillbilly
    24 mars 2011

    Selon le site web et la page FB de Bloodshot Bill le nouvel album Thunder & Lightning sort le 5 avril, et non pas le 29 mars :) Et faut aller le voir en show, Bloodshot Bill y rocke ça en ti pépère!

  • [...] ces filles qui décident de se la jouer solo jusqu’au bout, en «One Man Band» assumé. Un travail fort difficile mais ô combien salutaire pour plusieurs, mais toujours fort intrigant pour le commun des mortels. C’est pourquoi Jon [...]