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Reportages et entrevues

Ponctuation : Au point

Ponctuation : Au point

Marc-André Savard
7 décembre 2011

Moins d’un an seulement après sa formation, Ponctuation, un duo de Québec formé des frères Guillaume et Maxime Chiasson, lance son deuxième mini-album, Lèche-vitrine, sur lequel il réussit l’impossible: rocker plus qu’Éric et Hugo Lapointe. On lève le voile sur cet exploit avec Guillaume, le chanteur et guitariste.

La base sans basse

L’autre Chiasson, Maxime, joue de la batterie, alors faites bien le calcul, il n’y a pas de basse. Ce n’est donc pas une mince tâche de jouer du rock consistant dans de telles circonstances. Alors que certains font appel à la technologie pour engraisser leur son, Guillaume a abordé la situation différemment. «J’ai une pédale qui permettrait de rajouter un octave en-dessous [pour remplacer la basse], explique-t-il, mais ça scraperait le son que je veux. Ça sonnerait trop moderne à mon goût, trop comme les White Stripes. Je veux plus aller à l’essence du garage des années ’60, avoir le son étoffé de ces années-là, mais avec des influences plus récentes. J’essaie de composer pour ne pas avoir besoin d’autres instruments. Quand on dirait qu’il manque de quoi, ça veut dire que ça marche pas!»

On n’entendra donc jamais vibrer quatre grosses cordes au sein de Ponctuation. «Au départ, on était un duo par défaut, mais de fil en aiguille, c’est devenu un must. J’envisage pas ce projet autrement que sous sa forme actuelle. Je trouve que le trip de ce groupe-là, c’est l’absence de basse!»

Et puis en duo, moins de chance qu’un des membres ne vienne pas à une pratique parce que son chien a mangé son instrument. « Puisqu’on est juste deux, ça fait moins de monde qui peut choker. J’étais rarement avec du monde aussi crinqué que moi [dans mes autres projets] et mon frère est motivé. Si tu veux faire de la musique, il faut que ce soit plus important qu’à peu près n’importe quoi… Tu arriveras à rien de super bon, sinon!»

De toute façon, qui veut entrer dans le cercle infernal des inside jokes et des chicanes entre frères? « Entre frères, on se dit les affaires tel qu’elles sont. Il n’y a pas de barrières et c’est ça que j’aime le plus. Mon frère a toujours un regard critique sur ce qu’on fait. C’est rare qu’un ami va te dire carrément que c’est pourri mais mon frère, lui, va le faire. Tsé, des fois, ça peut faire chier, mais on va toujours être des frères!»

La quête de la saleté

Depuis le départ, Ponctuation fait presque tout lui-même, de la sérigraphie de ses t-shirts jusqu’à l’enregistrement des chansons (Lèche-vitrine a été enregistré dans la maison familiale pendant que les parents étaient en vacances estivales!). Charmante démarche qui n’est pas nécessairement un choix. «C’est une contrainte surtout financière, c’est sûr, parce que si j’avais les moyens d’aller dans un studio qui me plaît, je le ferais, confie Guillaume, mais ça nous donne plus de contrôle sur notre œuvre…Pour ce qui est du visuel du groupe, j’ai pour principe de payer les gens, même des amis, ou sinon de pouvoir faire des échanges. Sinon, on fait ça nous-mêmes!»

Faute d’avoir les moyens d’entrer en studio ou l’équipement nécessaire pour un fini plus léché, le groupe doit donc se rabattre sur une carte de son d’ordinateur plutôt que de se frotter à des consoles d’enregistrement d’une autre époque. Pas mal moins de trouble, direz-vous? « Une carte de son, de nos jours, ça ne coûte rien, mais c’est dur de trouver de l’équipement analogique en ordre. On veut garder un esthétique lo-fi, mais curieusement, c’est plus dur d’avoir un bon son lo-fi qu’avoir un bon son tout court. Saloper un enregistrement correctement, c’est pas si facile à faire!»

Sauf que de vrais rockers savent faire preuve d’ingéniosité et Ponctuation l’a démontré pendant l’enregistrement de leur premier 7 pouces. «On a enregistré l’album en numérique, mais on l’a salopé en transférant dans un vieux tape deck!» Et une contrainte technique en a rajouté une couche. « On sort un 7 pouces 33 tours, c’est de moins bonne qualité sonore mais on peut mettre plus de musique. Pour nous autres, ça a été gagnant parce que ça a ajouté une saleté de plus!»

En mai, Ponctuation a lancé son premier simple en cassette et le mini à paraître sera mis sur disque vinyle uniquement. Et le pauvre cd là-dedans? « Je regarde notre crowd et j’ai pas l’impression qu’on vendrait ben des cds… En tout cas, on s’en fait p’us demander. Apparemment qu’en 2012,  les compagnies de disques vont arrêter de sortir des cds!»

Pardon? La fin du monde ET du cd la même année? Respirons dans un p’tit sac brun car, tant que des groupes inspirés comme Ponctuation continuent de lancer des disques aussi excellents que Lèche-vitrine, ça devrait bien aller.

Lancement EP Ponctuation + Le monde dans le feu + Phil Console au Quai des Brumes, le 8 décembre 2011 au Quaie des Brumes. Dès 21h30.

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