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Disques

Pierre Lapointe - Punkt

Pierre Lapointe – Punkt

BangBang
1 mars 2013

Par Émilie Langlois-Pratte

Depuis son apparition sur la scène musicale, Pierre Lapointe a su réinventer le sens de la poésie à travers la chanson québécoise. Il a battu des chantiers pour les prochains mélomanes excentriques de ce monde, il réconforte les cœurs avec sa douce sensibilité, il surprend avec des arrangements instrumentaux magnifiques et il séduit les oreilles avec sa voix singulière et sa manière théâtrale d’interpréter ses textes empreints d’une intelligence émotive sans nom. Aujourd’hui encore, alors qu’on croyait qu’il avait tout exploré au niveau de la musique pop un peu tordue, Lapointe frappe fort en nous offrant son tout dernier bijou, Punkt.

On ne peut pas dire que l’auteur-compositeur-interprète ne sait pas bien s’entourer; à l’aide de ses collègues Philippe Brault et Guido Del Fabbro à la réalisation et aux arrangements, l’artiste offre cette fois-ci un matériel plus accessible  et différent. Que ce soit en version piano-voix ou sous un style plus chansonnier, tantôt sombre, tantôt festif, avec des harmonies d’instruments à corde, ou alors simplement bordé d’arrangements de cuivres, il y aura certainement des compositions pour tous les goûts. Son offrande est une véritable montagne russe d’émotions. De la mélancolie et la mort à la joie de vivre, en passant par le désir, l’amour et la sexualité; toutes les thématiques ont été abordées avec brio par des textes savamment écrits par le québécois qu’on s’amuse à suivre depuis maintenant plus de dix années.

Parmi les bons coups de l’opus, le premier extrait présenté aux radios, «La sexualité», nous réserve une bien jolie surprise; les deux chanteuses de l’explosive formation Random Recipe font leur apparition, prêtent leurs voix, leur plume et leur vibe à la ballade des plus entraînantes. Impossible de ne pas avoir le sourire accroché aux lèvres en écoutant ce tube. Le même leitmotiv revient avec les très colorées « L’étrange route des amoureux » et « Plus vite que ton corps ». On retrouve une légèreté amusante avec leurs rythmiques dynamiques.

On ne peut certainement pas passer sous silence la pièce« Barbara », qui rend l’auditeur totalement bouche-bée et presque troublé par sa violence. Le texte marié à la mélodie sombre et presque provocante rend le tout affreusement percutant. Le virtuose nous fait totalement sortir de notre zone de confort pour nous plonger au cœur une folie obscure. Dans un autre ordre d’idée, le morceau « Tu es seul et resteras seul » nous transporte dans un monde totalement burlesque, où un texte quelque peu cruel de vérités nous est dicté dans une urgence de vivre.  On embarque définitivement dans son univers criard à la fin « Des maux sur tout », l’envie de danser nous empare avec le rythme brillant de « Les ministres », et on se plait à écouter et réécouter les divines partitions de harpe que nous offre « Les enfants du diable ».

C’est avec sa transparence désarmante bien à lui, une vulnérabilité et une absence de pudeur que Lapointe nous exprime une nostalgie aigre-douce le temps de « Nu devant moi ». Il nous chante une histoire charnelle et amoureuse qui ne fonctionne pas, qui nous est cette fois-ci interprétée dans une simplicité et une efficacité émouvante. L’ambiance est toute aussi triste et douce pour le titre « Nos joies répétitives ». Il y a ce petit quelque chose de cru dans les paroles qui nous foudroie tellement c’est juste, tellement c’est bien décrit. Et c’est là toute la force de Pierre Lapointe.

Nous avons là un album franchement bien équilibré et complet, tout à fait réussi, presque impeccable. Son opération séduction est, une fois de plus, accomplie, et dieu-du-ciel! qu’on a hâte de voir son univers loufoque transposé sur les planches.

4/5

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