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Reportages et entrevues

Orkestar Kriminal : Partenaires dans le crime

Orkestar Kriminal : Partenaires dans le crime

Marie Mello
12 avril 2013

Pour la chanteuse Giselle Webber, passer d’un genre musical et d’une langue à l’autre est tout à fait naturel, voire nécessaire. Après Hot Springs, Giselle Numba One et Gigi French, l’inimitable créatrice raconte ce qui a inspiré Orkestar Kriminal, son nouveau groupe dont le répertoire puise dans le folklore «criminel» des années 1920-1930.

«J’écoutais depuis longtemps de la musique traditionnelle juive et j’intégrais déjà ces influences dans mes compositions « occidentales », mais ce n’était pas assez! Je sentais qu’il fallait que j’aille plus « vers l’est »», explique Giselle en faisant référence à certaines chansons de son groupe précédent, Gigi French. «J’ai toujours voulu explorer la coloratura de la voix qu’on trouve dans les mélodies orientales. Mais quand on est né à Halifax, on ne peut pas se lever un matin et sonner tout à coup comme une chanteuse de Bollywood!», poursuit-elle avec un rire franc. C’est cette soif de défi et un séjour dans un camp consacré à la musique klezmer qui ont mené à la création spontanée d’Orkestar Kriminal quelques jours avant Pop Montréal 2012… en partie pour avoir accès aux autres concerts de l’événement.

Un EP plus tard, on peut affirmer que l’«arnaque» porte ses fruits. Afin d’enregistrer Zontani! L’bin! Levende! (qui signifie «live!» dans trois langues), Giselle a réuni une douzaine de musiciens avec qui elle avait déjà collaboré. Elle leur a proposé de se plonger dans un répertoire qui ne leur était pas très familier: la musique «criminelle» de l’entre-deux-guerres, chantée en yiddish, grec, danois, espagnol, khmer… «C’est super que tout le monde ait accepté de sortir de sa zone de confort pour embarquer sur un autre bateau. On est tous vierges, c’est pour ça que c’est excitant!», s’amuse la chanteuse à l’autre bout du fil, quelque part dans la forêt des Laurentides où, me dit-elle, il aurait fallu aller chercher du bois pour chauffer la maison avant qu’il fasse noir.

En grande partie composée de membres de Gigi French, la formation comprend des artistes montréalais, des juifs comme des goys, qui jouent entre autres de l’accordéon, du tuba, du bouzouki, de la clarinette, de la scie musicale, du violon et de la contrebasse. «Je ne voulais pas chanter juste en yiddish et le but n’était vraiment pas de faire un groupe juif. En fait, je voulais faire tout ce qui n’était pas en anglais, représenter différentes communautés qui habitent ici depuis longtemps. C’est pour ça que c’est hot de vivre à Montréal!» Pour parvenir à chanter dans toutes ces langues, Giselle a eu beaucoup de plaisir à les écouter, les étudier, s’exercer. Elle a également effectué de longues recherches pour accéder au répertoire traditionnel plutôt rare qui l’inspirait («Ça ne se stream pas sur YouTube, ça!»).

Diversifiées, les cinq pièces du maxi – toutes des reprises – ont été enregistrées live à la Sala Rossa en décembre dernier, lors de la soirée de clôture du festival Objets inusités. Elles racontent les misères de prisonniers, l’agonie de la privation, la souffrance amoureuse ou encore les déboires de trafiquants de drogue. «Je chante leur histoire, la violence, leur douleur… C’est loin de glorifier les criminels, ça n’a rien à voir avec le gangsta rap, mettons!»

Laissant beaucoup de place à l’improvisation, les chansons ont déjà beaucoup changé depuis le spectacle à la Sala. Un moment qui, pour Giselle, marque le début d’une «légère» obsession pour la captation des concerts de sa bande. «Chaque show est tellement différent. Il y a des choses qui ne se reproduiront jamais et je trouve ça surprenant, même parfois spectaculaire! J’adore comment chacun transforme les chansons en quelque chose de nouveau.»

Écoutez la pièce Kapnouloudes :

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Le 19 avril
Aux Bobards

Le 31 mai
Au Il Motore

Avec le groupe roumain montréalais Shukar Roma

orkestarkriminal.tumblr.com

Crédit photo : Lars Rosing

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