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Reportages et entrevues

Organ Mood et Man Machine : visions expérimentales

Organ Mood et Man Machine : visions expérimentales

Julie Ledoux
29 juillet 2010

Deux groupes sortent de l’ombre pour s’imposer au Festival MEG et lancer leurs albums respectifs. Ils n’ont en commun qu’un seul membre et présentent des performances éclatées, mais diamétralement opposées, tout en demeurant expérimentales à souhait. Rencontre avec les membres d’Organ Mood et de Man Machine.

Organ Mood : expérience sensorielle

Combinaison réussie d’un musicien et d’un artiste visuel, Organ Mood regroupe Christophe Lamarche-Ledoux, à la programmation musicale, et Mathieu Jacques, à la projection visuelle : « L’idée, c’était de créer un univers visuel, qui n’était pas juste un décor pour Christophe, qui permettait de rajouter une sensation […] Le concept d’Organ Mood, c’est ben gros les idées utopiques. On s’intéresse beaucoup aux utopies comme il y en avait surtout dans le temps, dans les années 70, dans le temps du krautrock… On réactive ça d’une manière plus contemporaine. C’est ben inspirant, ces utopies-là. Ça a quelque chose d’épique dans les mélodies liées à ça », explique Mathieu.

Puisque les deux membres souhaitent mettre de l’avant ces «grands projets» – d’où le titre de leur premier vinyle -, ils incorporent cet aspect dans leur relation avec le public. Selon Christophe, « Le but c’est de donner le goût aux gens d’avoir de grands projets, d’être capable de les imaginer. T’sais, des fois, t’écoutes un film de baseball, pis c’est tellement inspirant que tu te dis que t’aimerais ça jouer au baseball, pis te rendre au championnat! »

En redonnant foi aux grands projets de société et aux utopies, le groupe tente aussi d’évacuer une certaine forme de cynisme beaucoup trop présente de nos jours, tant dans la musique que dans le quotidien. En ce sens, les années soixante-dix les inspirent dans la création musicale et visuelle. Mathieu ajoute cependant un bémol : « Bon, t’sais, on ne droppe pas de l’acide pour pratiquer nos tounes, mais y’a un intérêt pour ce genre d’univers-là dans lequel t’entrais, dans ce temps-là. Y’avait une espèce de naïveté, une absence d’ironie dans laquelle tu pouvais te laisser aller. Personne n’était vraiment cynique à cette époque-là, dans la contre-culture. Aujourd’hui, tout le monde est un peu blasé… Juste ce feeling-là, le temps d’un spectacle, on laisse notre cynisme à la porte et on peut embarquer complètement. »

C’est d’ailleurs en spectacle que le groupe s’épanouit, principalement dans le genre de spectacles qu’ils donneront lors du lancement de Grands projets. En improvisant sur scène, en faisant participer le public et en invitant d’autres artistes visuels à se joindre à la danse, le but demeure qu’« idéalement, il faudrait que la personne ressente que si elle n’avait pas été là, le spectacle n’aurait pas été aussi bon », affirme Mathieu.

Man Machine : incompréhension et illumination

Tout aussi expérimental, Man Machine rassemble quatre humains et une machine, utilisée généralement en studio : un Compresseur/Gate. Selon Olivier Pépin (guitare), « Pour Man Machine, on est arrivés avec une idée très technique pour « rendre » la musique [NDLR : le compresseur]. C’est une machine de sonorisation qui fait que c’est le drum [Philippe Bilodeau] qui active tous les autres instruments [basse de Renaud Payant-Hébert, guitare de Pépin et claviers de Lamarche]. Ce n’est pas électronique. […] On est encore en train d’essayer de dompter ce son-là. C’est encore de la pure expérimentation et de l’improvisation de groupe quand on compose. » Le travail est donc ardu puisqu’aucun autre groupe n’a tenté de créer ce genre de pièces musicales auparavant : « On n’a tellement aucune référence parce qu’il n’y a rien qui a été fait comme ça, avant nous! On n’a aucune base, on ne peut pas dire qu’on s’inspire d’un band parce qu’il n’y en a pas! », ajoute Christophe.

Puisque tout était à inventer, les gars ont pu découvrir leur propre son, laissant de côté leurs habitudes de musiciens, domptant le « son Man Machine » : « Au début, c’était ça qui était le plus difficile : il fallait réapprendre à jouer. Il ne faut jamais jouer après que le batteur soit sur une cymbale, par exemple, sinon, on ne nous entendra pas », explique Olivier. A-t-on besoin d’un batteur extraordinaire, dans ce cas-là? Pas nécessairement, selon Christophe : « Ça ne prend pas un batteur qui est techniquement impeccable, ça prend un batteur qui a de bonnes idées. »

Ces idées organisent ainsi la ligne directrice que prendra chaque pièce du groupe. Le public se rendra-t-il compte que la batterie dirige le tout? Pas sûr. Il semble que cela passe plutôt inaperçu selon Olivier et Christophe :

Christophe : Y’a beaucoup de gens qui ne s’en rendent pas compte que c’est Philippe qui contrôle. Ils ne comprennent pas trop ce qui se passe!

Olivier : On ne veut pas non plus se mettre à faire de la musique de nerds!

C : Le but, ce n’est pas de flasher un buzz technique. On veut que le monde tripe… pas juste les soundmen!

O : Ce sont des expériences, mais on veut qu’elles soient digestes, t’sais!

Man Machine et Organ Mood participeront au Festival MEG et présenteront leurs spectacles respectivement les 29 et 31 juillet au Divan Orange. Organ Mood opérera son rituel de lancement du vinyle Grands Projets le 20 août à La Sala Rossa, tandis que l’album de Man Machine est téléchargeable dès maintenant sur le site Bandcamp. Ces derniers seront d’ailleurs en spectacle le 21 août au Festival Écho à Saint-Mathieu-du-Parc, dans le coin de Shawinigan.

organmood.net

manmachine.bandcamp.com

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