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Ordures Ioniques : Rebut actif

Ordures Ioniques : Rebut actif

Marc-André Savard
7 mars 2012

Le punk rock a un côté attardé et ce n’est pas étonnant que ceux qui le joue cultivent cet esprit enfantin. On a qu’à penser à Greg Attonito, des Bouncing Souls, qui a sorti un livre pour enfants, il y a quelques années, ou à GG Allin qui avait autant de fun à jouer avec son caca qu’un flot de 3 ans à l’heure du bain…

Sur la scène locale, Marc-André Pilon est un bel exemple du phénomène (pas de phase anale tardive, là, je parle bien de connexion avec les jeunes). Enseignant de français au secondaire, ce sympathique jeune homme (qui doit se ramasser avec une batch de pommes sur son bureau le lundi matin) est aussi un auteur jeunesse à succès et batteur pour les Ordures Ioniques.

Tout juste après le grand retour de cette mythique formation en février dernier au Petit Campus — après près de 10 ans d’absence —, lors du Buck Fest, on a accroché Pilon pour jaser de ses projets.

Bang Bang: Et puis, comment s’est passé le retour des Ordures?

Marc-André Pilon: C’était vraiment cool! Bien entendu, on s’est pas mal trompés à toutes les tounes, mais grosso modo, on est vraiment satisfait. Il y avait assez d’énergie dans la place pour donner le goût de faire d’autres shows!

BB: Qu’est-ce qui explique cette pause de 10 ans?

MAP: Il faut se replacer en 2003. À ce moment-là, notre compagnie de disques, Farmer Records, cesse ses activités. On était aussi à un moment où on entrait tous dans notre vie professionnelle et elle commençait à gruger nos temps libres…

On travaillait sur notre troisième album, les nouvelles chansons étaient super bonnes, mais on composait très lentement et on s’est un peu découragé à travers ça… on a juste décidé de déclarer forfait. Ce n’est pas à cause de chicanes — parce qu’on continue encore de se voir depuis 10 ans — c’est juste que ça n’avait pas adonné qu’on ait le temps de jouer. Comme tu as pu voir aussi, la chanteuse [Sophie Girard] n’était pas là. De ce côté, on n’a pas réussi à reformer le band au complet…

BB: Pourquoi?

MAP: En fait, ça ne l’intéresse pas vraiment de refaire des shows. Il y a deux ans, on a recommencé à pratiquer ensemble, en espérant qu’une de nos deux chanteuses viennent [Katerine Regis, qui a été dans le groupe de 1996 à 2000, ou Sophie, dans le groupe de 2000 à 2003], mais ça n’avait pas adonné alors on avait arrêté de nouveau. Cet été, on a recommencé à jouer ensemble pour le plaisir, puis on s’est dit: «Let’s go, on fait des shows sans chanteuse! Les gens décideront s’ils aiment ça encore!»

BB: Votre chanteuse était en couple à l’époque avec Christian [Lefebvre, le guitariste]…

MAP: C’est sûr que ça a un impact, peut-être que ce n’est pas la raison principale, mais ça doit peser dans la balance de devoir rentrer à nouveau en relation intime avec ton ex, se revoir à toutes les fins de semaine, et tout…

BB: Qu’est-ce qui va se passer du côté des nouvelles chansons écrites?

MAP: On en a fait deux ce soir et il en reste 4 ou 5 qu’on aime encore vraiment. Si on recompose d’autre matériel, peut-être qu’on refera un autre disque. Pour l’instant, on est vraiment en mode «jouons pour le plaisir». Christian est tout le temps en train de penser à de nouvelles chansons…

BB: Ce soir, sur scène, il y avait Dominic Nudo, le tout premier guitariste des Ordures?

En fait, il était le bassiste des Ordures en 1995, donc avant que V8 [de son vrai nom, Luc Boucher, le chanteur], Alex [Skerlj, le bassiste] et moi soyons dans le band. Il n’a fait que deux shows, je crois, avec les Ordures. Ce soir, c’était son 3e à vie, en 17 ans!

BB: Ce soir, est-ce que c’était un retour des Ordures pour un soir seulement?

MAP: On voulait vraiment faire une apparition surprise, sans trop de pression et sans créer d’attentes. On voulait casser la glace… On va refaire d’autres shows, j’suis pas mal sûr!

BB: Justement, est-ce qu’il y a d’autres shows qui s’en viennent?

MAP: Pour l’instant, on n’a rien de prévu. On voulait partir la machine à rumeurs, puis laisser ça aux organisateurs. S’ils ont des shows intéressants ou besoin d’une première partie, on est disponible! On aimerait faire des festivals cet été, comme le Rockfest en Outaouais. On avait fait les Francofolies en 2002, ça serait vraiment spécial de les refaire en 2012, mais on verra!

BB: Pour quels bands aimerais-tu ouvrir?

MAP: Il y en a vraiment plusieurs! Des States, j’aimerais ça ouvrir pour Rancid. De France, il ne reste plus grand chose malheureusement, mais Parabellum est encore en vie. L’ancien gars des Sheriff a aussi un band qui s’appelle The Hop La…

BB: Pendant les dernières années, est-ce que vous aviez d’autres bands?

MAP: Moi, j’ai joué un moment dans Rockets Away avec Alex de Ripcordz (d’ailleurs, on avait un blog sur Bang Bang pendant notre tournée canadienne!), V8 joue encore dans Riktus, qui est son band depuis qu’on a arrêté. Je crois qu’ils veulent faire un album cette année…

BB: Tu écris aussi des romans. Peux-tu nous en dire plus?

MAP: J’ai écrit 2 romans jeunesse, dont le deuxième est sorti en fin de semaine. Le premier tome s’appelle La revanche du myope et le deuxième, Le myope contre-attaque, des romans qui mettent en scène un nerd dans une école et les aventures rocambolesques qui lui arrivent.

BB: C’est sorti où?

MAP: Aux Éditions de Mortagne. Le premier roman a gagné le prix Cécile-Gagnon pour le «meilleur premier roman jeunesse» au Salon du livre de Montréal en 2011. En ce moment, c’est un coup de coeur à la Foire du livre de Bruxelles.  Ça va bien, en un an, j’ai quand même vendu plus de livres que les Ordures ont vendu de disques en 7 ans! [rires] Il y a un public plus large pour le roman jeunesse que le punk francophone…

BB: Il y a vraiment tout un contraste entre jouer dans un band punk et écrire des romans jeunesse…

MAP:  Surtout qu’aujourd’hui, je faisais des dédicaces au Salon du livre jeunesse de Longueuil! [rires] Lundi, je retourne enseigner au secondaire…

BB: Y a-t-il des élèves qui viennent te voir pour te parler des Ordures?

MAP: Je dirais que les jeunes en ce moment ne connaissent pas vraiment le punk francophone du Québec. Il n’y a pas tant de relève qui rayonne et qui suit encore la scène. Il y en a qui connaissent les Ordures, mais juste parce que c’est un band de Vaudreuil et que j’enseigne à Vaudreuil. Je ne pense pas que ça rayonne dans les autres écoles secondaires…

BB: Est-ce que tu essaies des fois de ploguer subtilement ton band?

MAP: En fait, j’utilise une fois de temps en temps notre chanson Héritage pour montrer un exemple de l’emploi erroné du pronom relatif. En plus, on n’avait pas réussi à obtenir une subvention pour faire un vidéoclip avec cette chanson-là, alors je leur dis que la morale de l’histoire, c’est que pour obtenir une subvention gouvernementale, il faut bien utiliser le pronom relatif! [rires]

Crédit photo : Marc-André Savard

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