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Reportages et entrevuesNutsak : Renverser la vapeurStéfane Campbell28 juin 2009
Dans la foulée de pétards mouillés et autres missives provoqués par la présence d’artistes anglophones à l’Autre Saint-Jean, le cas Nutsak prend des allures d’emblème. Un franco, un anglo, un juif et un arabe qui unissent leurs forces et nous servent une mosaïque d’influences qui puisent autant dans le rock’n’roll que le klezmer, mais aussi le be-bop, le jazz, le blues, le country, le punk et j’en passe. Le principe est ici bien simple : the sky is the limit et le sac de noix est judicieusement mélangé (on avait le droit qu’à une blague « en vrac »). Howard Chackowicz, batteur et vocaliste à ses heures pour la formation bien de chez nous discute du nouvel album, des quatorze années (!!!) nécessaires à sa création et… de la chute du Roi. Après tant d’années à rouler sa bosse, entre les bars miteux et les locaux de pratique, voici donc qu’un premier gravé officiel du groupe voit le jour, ironiquement titré Failed Musician. Comment ont-ils tenu le coup si longtemps ? « Ce qui nous rallie est le fait d’être avant tout les meilleurs amis du monde. Nutsak est ma famille. Et je peux honnêtement affirmer que nous n’avons jamais eu de disputes significatives pendant toutes ces années. Ce doit être l’entraînement des malheurs qui se sont succédé. » Et Dieu sait qu’en termes de « malheurs », les gars sont difficilement impressionnables : « Nous n’avons vraiment pas été chanceux avec tout ce qui entoure l’enregistrement de l’album, nous avons dû le réenregistrer à peu près trois fois avant d’arriver à quelque chose de potable. Après quoi, une série d’imprévus – décès, maladie, etc. – stoppait toujours le processus. Nous cherchions aussi un label pour le distribuer. Une foutue chance que Ramachandra Borcar [DJ Ram et un des gars derrière Signed By Force] s’y est intéressé. » D’ailleurs, les malheurs ne semblent toujours pas en reste même une fois l’album sorti : « Je suis encore tombé malade juste avant les répétitions pour le lancement. Je suis présentement en rémission d’une chirurgie. À un certain point, je n’étais même plus certain de pouvoir assurer la batterie au lancement. Mais ça devrait aller, peut-être pas à mon meilleur, mais j’y serai, quoi qu’il en soit. » En fait, question de garder le moral et de rallier les troupes, les gars ont fini par baptiser les embûches du destin la “Nutsak Curse”. Envers et contre tous. À l’écoute de l’album, on est saisi par le doigté et le raffinement avec lequel les musiciens arrivent à infuser leur rock tentaculaire. Définitivement, le geek a ici l’impression de s’adonner à une joute de “Quelques Arpents de Pièges”. Toutefois, selon Chackowicz, il n’est en rien essentiel d’avoir les référents pour y prendre son pied : « Le groove de Nutsak se laisse apprivoiser de lui-même. Tant que les gens s’amusent, nous sommes heureux. Nous sommes là pour l’amour de la musique avant tout, peu importe ses sources. Au point que même si nous incluons toujours quelques covers au spectacle, les gens n’y voient souvent que du feu, ce qui n’empêche en rien le party de lever. Et c’est signe qu’ils ont bien été « nutsakifiés ». Réalisé avec l’aide de Jace Lacek (Besnard Lakes) à la console, Failed Musician s’étend sur douze pièces qui illustrent à merveille le laborieux parcours du groupe qui, bien que diffus sur le plan des influences, fait preuve d’une cohésion à faire peur. « Je suis très fier du résultat, je crois que c’est la quintessence de ce que représente le groupe », affirme sans hésiter celui que certains connaissent aussi en tant que bédéiste (Howie Action Comix) ou encore pour ses collabos à la radio de CBC pour le désopilant Wiretap. L’entretien se déroulant au lendemain de l’annonce du décès de Michael Jackson, impossible pour l’intervieweur et le musicien de ne pas échanger sur le sujet. Concluons donc sur les réflexions spontanées de notre principal intéressé : « La nouvelle fut un choc comme pour tout le monde. Du coup, l’histoire de Jackson incarne exactement le fléau de cette culture de célébrité. L’ambition démesurée, l’argent, le pouvoir et tout le strass. Et après coup : la poursuite d’une enfance bafouée, Never-Never-land, les rapports douteux avec les enfants et tout le cirque médiatique. Le vrai drame est de l’avoir vu se déplumer sous nos yeux de la sorte, le voir se transmuter en cette créature quasi inhumaine en y prenant presque plaisir. Et je me demande si le vrai sens de toute cette tragédie sera réellement mis en lumière. C’est une chose très étrange culturellement parlant, d’endosser la chute dudit roi sous nos yeux. » Lancement le 2 juillet prochain au Divan Orange avec Jérémi Mourand http://www.myspace.com/nutsaklove Photo: Isa Tousignant
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L'abominable homme des cons
Simon Jodoin 26 août 2010
L’état de la chanson francophone au Québec : Je dis bullshit madame.« L’état de la chanson française au pays, en cette ère de la mondialisation »… C’était les mots, graves et pesants, prononcés par Céline Galipeau au téléjournal, pour introduire un reportage de Catherine Kovacs et France Dauphin. C’était en juin dernier, rediffusé au début de cette semaine. « En cette ère de mondialisation… ». J’ai monté le son du téléviseur. Ce n’est pas bien, ça, la mondialisation. Et si vous mettez « chanson française » et « mondialisation » dans la même phrase, ça donne un effet tragique, ça fait craindre : vous allez voir, à la fin, le gros méchant va manger le petit gentil. Et il n’y aura pas de deuxième chance. Après, c’est la fin, pas de suite la semaine prochaine. J’aime la tragédie alors j’ai monté le son que je vous disais.
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