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Reportages et entrevuesAvec un timbre de voix qui nous rappelle la défunte Karen Carpenter, nous pourrions facilement croire que la chanteuse Rumer, de son vrai nom Sarah Joyce, puisse être amplement irritée par les comparaisons. Mais ce n’est pas le cas. Elle prend le tout comme un compliment car d’être ainsi mise dans le même bateau que l’une de ses idoles et influences, est une récompense. Parlant d’influences, celles-ci deviennent encore plus palpables sur son deuxième album car cette toute nouvelle offrande est en réalité un album d’interprétations. Mais au lieu d’y retrouver les monotones classiques déjà revisités, Rumer nous présente quelques joyaux inconnus, ce qui est à son avantage car nous pourrions facilement percevoir Boys Don’t Cry comme un album de matériel original puisque ses choix sont si obscurs. Le premier album m’avait charmé dès l’écoute du premier extrait présenté par Sylvain Ménard lors de l’émission de Paul Arcand le vendredi matin. Lorsque je suis en période de correction, j’écoute la vitrine offerte à Ménard et il avait en liste cette chanteuse que nous pouvions découvrir en Amérique du Nord mais avec un décalage de deux ans. C’est avec «Am I Forgiven» que le tout m’a saisi au passage. Maintenant, j’ai su apprivoiser cette bête forte en voix et son nouvel album, Boys Don’t Cry, est comme une pomme au caramel musicale. Il n’y a aucune référence à faire entre le titre de son album et la pièce du même nom du groupe The Cure. Rumer explique le choix du titre: « C’est plutôt dans l’optique où la sélection de tout le matériel qui se retrouve sur l’album transporte un vaste éventail d’émotions, ce sont des quantités magistrales d’émotions que l’on retrouve dans les chansons que nous avons choisies pour ce disque. Avec l’état économique des dernières années, nous en avons vu de toutes sortes. Et tout ça nous passait sous le nez, il y a eu de nombreuses personnes qui ont souffert mais nous devions rester forts, sans broncher. Sur ce disque, il y a une chanson qui parle de la fermeture d’une mine de charbon, sur des peines d’amour ou de la mort d’un soldat sur un champ de batailles. Il y a une trame narrative qui explique ce que j’ai pu voir au cours des dernières années et qui représentent des évènements assez négatifs. » De lancer un album de reprises peut paraitre prudent, même pleutre de la part d’un artiste. Il est facile d’utiliser une belle voix déjà établie et de lui faire chanter de vieux tubes, question de brasser la boîte à émotions du public d’un certain âge, une spécialité ici au Québec. Une compagnie de disques avec quelques cravatés peut prendre ce type de décisions lucratives mais ce n’est pas le cas avec Rumer, qui a décidé elle-même d’offrir ce type d’enregistrement en guise de deuxième carte de visite. Elle me racontait avoir «pris la décision tout en acceptant des suggestions venant de quelques collaborateurs. Je n’ai pas fermé la porte, j’ai écouté tout ce que l’on me disait et j’analysais le tout. À la base, j’avais une bonne quantité de chansons qui m’intéressait, entre 50 et 60. Mais j’ai décidé de rétrécir ma vision à un moment donné car il y a tellement de musique dans l’univers. L’idée de faire un album d’interprétations m’est venue après avoir travaillé sur une chanson du nom de «Long Long Day» qui provient du film One Trick Pony. C’est une chanson de Paul Simon plutôt inconnue. Nous avons commencé par une version au piano et ensuite, nous avons accentué les arrangements en y ajoutant des cordes et d’autres instruments. Le résultat était fabuleux. C’est alors que je me suis dit que je me devais de faire un album complet dans ce genre, en y interprétant des chansons des autres mais retravaillées. » Lorsque nous regardons le choix des chansons sur ce disque, elles ont toutes un point en commun : elles proviennent toutes des années 60 et 70. Agée de 33 ans maintenant, la plupart des chansons choisies par Rumer ont été lancées alors qu’elle n’était même pas au monde ou très jeune. Pour avoir la chance de connaitre de nombreux artistes, aussi obscurs que connus, nous devons avoir un mentor pour nous guider ou certaines influences provenant de certains pairs. La portion familiale a bien aidé Rumer pour ses propres classiques personnels mais c’est grâce à l’aide d’un certain Max Bell qu’elle a pu découvrir d’autres artistes plus effacés de la scène mais très marquants. Rumer me le confirmait en entrevue : « Oui, Max Bell faisait partie du lot de gens qui m’ont aidée dans mon cheminement artistique. Il est un journaliste musical qui écrit depuis longtemps, depuis les années 60. Il a écrit dans le Melody Maker et le NME. Il a une collection de disques incroyable et j’ai fait de nombreuses découvertes grâce à lui. Je suis ami avec lui depuis longtemps, depuis que j’ai 18 ans environ, lorsque j’étais membre du groupe La Honda. » La nostalgie a une place prédominante dans la musique de cette chanteuse. Sa voix très chaude provient d’un héritage lointain qui lui vient de ses parents, sa mère qui est britannique et son père biologique, un Pakistanais. Sarah Joyce – son nom de naissance – a choisi son pseudonyme qu’est Rumer en lien avec l’auteure préférée de sa mère, Margaret Rummer Godden. Grande nostalgique, le tout se transpose dans ses chansons qui penchent énormément vers le passé ; passé qui n’a pas toujours été rose pour elle : « Moi nostalgique ? Absolument ! Que ce soit dans la façon de réaliser mes albums ou dans le choix des instruments, j’aime la vieille façon de faire les choses. Ma démarche est honnête et emplie de nostalgie, ce qui me ramène à mon passé, parfois. Et de mon nouvel album transpire cette émotivité nostalgique, je crois. » Lors de son passage à Montréal en juin dernier, le but de sa visite était la promotion de son album mais Rumer m’a confirmé qu’elle était en pourparlers pour effectuer une visite cet automne, à Montréal. D’ici ce temps, vous pouvez vous abreuver à la source même en écoutant ses deux album que sont Seasons of My Soul et Boys Don’t Cry.
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