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Mon chat s'appelle Paul Sarrasin

Montre-moi ton top

Patrick Dion
22 mai 2012

Facebook, tu me donnes parfois envie de manger ma souris. Sans blague. Je suis plus capable des sondages, des questions, des jeux, des ostiques d’applications de marde qui polluent mon mur. Ah pis je suis plus capable non plus des amis qui te spamment  : « Clique ici pour savoir qui est la personne qui a le plus vu ton profil », « Si tu as toi aussi un enfant trisomique à pois mauves et que tu l’aimes, copie-colle ce message sur ton mur et tague tes amis dedans ». Come on! Maintenant, quand je vois un de ces trucs passer, je flushe automatiquement la personne qui en est responsable. Merci ciao bye.

Sauf une fois… (pas au chalet)

Il fallait dresser le palmarès de nos cinq meilleures chansons à vie. Cinq? Juste cinq? Aouch! Mission impossible (pas la toune, l’exercice). Au bout de ce long supplice mental, j’ai arrêté mon choix sur six chansons, incapable de trancher pour un top 5. Mais j’ai été en mesure de cerner ma meilleure chanson de tous les temps. Pas la vôtre, la mienne. Ça ne fera pas l’unanimité et certains me regarderont bizarrement. Mais bof, une fois de plus ou une fois de moins. À mon avis, la meilleure pièce musicale jamais enregistrée, toutes catégories confondues, est «Paranoid Android» de Radiohead. Elle s’est pointée un soir de printemps 1998, à un moment charnière de ma vie. Elle a changé à jamais ma vision de ce qu’était la musique. Elle a ouvert mon esprit dans une des périodes les plus creuses de mon existence. Elle m’a fait comprendre qu’il existe différentes façons de faire, qu’il est permis de déroger d’un pattern établi et qu’on peut sortir du lot. Je m’en rappelle comme si c’était hier. J’étais resté planté, immobile et incrédule au beau milieu de ma chambre, alors que la voix lyrique de Thom flottait, envoûtante entre les murs, et que la guitare de Jonny salissait l’air ambiant. Man, on a le droit de faire ça, de passer du son métallique d’une guitare à la complainte d’un chant déchirant? Ce fut une révélation, carrément. J’avais le droit de ne pas suivre les règles.

Comme dans le livre L’école des films de David Gilmour (pas le guitariste de Pink Floyd, l’écrivain torontois), je revisite en ce moment les classiques du cinéma avec mon fils. Il s’intéresse déjà aux films indépendants et/ou étrangers. Mettons que j’ai pas à le forcer pour l’asseoir au salon, surtout si je prépare une batch de popcorn. Plein de trucs américains y sont passés : The Usual Suspects, The Shawshank Redemption, Memento, et plusieurs films québécois et français, Le fabuleux destin d’Amélie Poulain, CRAZY, À l’ouest de Pluton et tellement d’autres. Il a complètement craqué pour Tarantino et Pulp Fiction. J’ai donc poursuivi son initiation cette semaine avec Inglorious Basterds, Reservoir Dogs puis Kill Bill 1 et 2.

Cet exercice m’a amené à me questionner sur le palmarès des films de ma vie. Comme pour «Paranoid Android» en musique; quel est mon meilleur film de tous les temps? J’ai dû me rabattre sur le top 250 du Internet Movie Database pour soulever les poussières de mon passé cinématographique, ce qui fait que je suis probablement passé à côté d’une foule de films étrangers qui ont meublé la pellicule de ma vie. On a aussi tendance à se souvenir des moments récents et à oublier les vieilles rencontres. Ça doit expliquer ma peur de vieillir. Après avoir longuement hésité entre Citizen Cane, Casablanca et 12 Angry Men, j’ai finalement arrêté mon choix sur le chef-d’oeuvre de Sidney Lumet.

12 Angry Men est l’histoire à huis-clos d’un jury qui doit se prononcer sur la culpabilité d’un homme accusé de meurtre. J’avais vu ce long-métrage après avoir balbutié quelques répliques du film dans mon cours de français de secondaire deux. Ce moment a été marquant dans ma vie, adolescente celle-là, parce que de jouer cette scène impromptue autour de quelques pupitres en bois rassemblés en tapon au centre d’une classe m’a donné le goût du théâtre. Et c’est grâce à ce film si j’ai eu la chance de fouler plusieurs fois les planches d’une scène.

La musique, le cinéma, le théâtre, la littérature, l’art avec un grand ou un petit A, définit qui nous sommes et où nous allons. L’art ne fait pas partie de la vie, il EST la vie. La vôtre, la mienne, celle de votre voisin, qu’il aime les Transformers, Lars Von Trier, Monogrenade ou NKOTB. Il change le monde, se pare d’un timing incroyable et trace de nouveaux chemins à emprunter. Faut juste s’octroyer le droit à cette curiosité, à cette ouverture. Faque quand les esties de gauchistes fatigants chialent contre le pouvoir en place et tentent de grappiller quelques sous supplémentaires qui leur permettraient de boucler leur budget tout en évoluant dans leur art, ouvrez votre esprit. C’est un peu beaucoup parce qu’ils veulent, eux aussi, changer votre vie.

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