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Moments en carton

Moments en carton

André Péloquin
14 août 2012

J’étais donc debout, titubant sur un toit, à admirer l’architecture un brin «Far West» de l’immeuble d’en face lorsque j’ai pris conscience du moment, de ce moment : moi, sur un toit, à Val-d’Or, à la pluie battante, alors qu’un étage plus bas, on boit, on rigole, on gueule, on s’entaille l’orteil, on se roule des patins et on fume des clopes dans un appartement qui semble, jusqu’à preuve du contraire, inhabité. C’est, bien sûr, un souvenir éphémère, voire falot, mais qui, des jours après la finale de la vitrine de l’édition 2012 du Festival de la relève indépendante musicale en Abitibi-Témiscamingue (FRIMAT), demeure le plus vibrant de mon périple à Val-d’Or.

La vitrine se déroulait sur deux jours en «première partie» de spectacles d’artistes établis : Marie-Pierre Arthur et Malajube. Les critères pour y participer sont plutôt simples : être un artiste (natif de la région ou comptant un membre né en Abitibi-Témiscamingue lorsqu’il est question de groupe, chanter en français (bien que les compositions instrumentales sont aussi admises) et, bien sûr, être «émergent». «Une quinzaine de projets ont été déposés cette année», note Mélissa Drainville, directrice adjointe du FRIMAT en entrevue alors que Malajube montait sur la scène Félix-Leclerc de la bibliothèque de Val-d’Or. Des artistes de la vitrine 2012, on retrouve peu de noms connus – le «one man band» folk Travelling Headcase étant sûrement le plus «populaire» du lot -, mais on remarque plusieurs projets prometteurs (dont l’artiste folk pop Massy Émond, qui a remporté plusieurs prix de la vitrine et qu’on reverra dans quelques jours au FME, le festival de la musique émergente d’Abitibi-Témiscamingue). Ceux-ci s’inscrivent donc dans le même sillon que les Chantal Archambault et Michèle O qui ont profité, elles aussi, du tremplin FRIMAT par le passé.

Bien que les concerts d’artistes professionnels sont «des bonbons» accompagnant la programmation axée sur la relève, ceux-ci demeurent des prestations qui, pour une raison qui m’échappe toujours, transcendent la prestation musicale. Lors de la même édition, j’ai vu Avec pas d’casque sortir son adaptation adroite de «A Boy Named Sue» des boules à mites alors que Marie-Pierre Arthur et ses musiciens entonnaient, le lendemain, la dernière pièce de leur concert a cappella dans le public. Sans être des événements exceptionnels, ni même déterminants, ces petits moments semblaient honnêtes et spontanés; à des kilomètres de Montréal et de certains concerts convenus, réglés au quart de tour. Mélissa Drainville, elle, tente une explication   : «C’est toujours une surprise! On ne se mêle pas des durées des prestations ou des pièces jouées», rétorque-t-elle lorsqu’on lui demande jusqu’à quel point ces moments sont «spontanés» pour son organisation. «C’est du “donnant, donnant”», ajoute-t-elle. «Je crois que les spectateurs viennent ici par intérêt, non pas parce que c’est “de bon goût” d’assister au FRIMAT. J’ai l’impression qu’après des heures sur la route pour se rendre ici, les artistes se laissent aller devant un public aussi “willing”. Ils jouent pour la peine et parce qu’ils le veulent vraiment. J’ai rarement croisé des airs bêtes ici!»

Sans profiter de l’attention médiatique et populaire du Festival de musique émergente de l’Abitibi-Témiscamingue (qui a lieu quelques semaines plus tard à Rouyn-Noranda), le FRIMAT – qui se veut un événement «petit, mais bien fait» selon les dires de la directrice adjointe – attire déjà son lot de passionnés. «L’année dernière, un fan de Monogrenade s’est retrouvé ici en suivant le groupe en tournée. Alors qu’il ne venait que pour le concert de Monogrenade, celui-ci a finalement passé trois jours ici et il est de retour cette année!», note-t-elle avant de mentionner que la petitesse de la fête encourage, justement, les rapprochements. «On ne veut pas d’un événement fermé. On veut un festival où les artistes professionnels ne sont pas isolés. On veut que les artistes de la relève et le public puissent avoir un contact avec eux. On veut que les participants de la vitrine puissent s’entretenir avec le jury, etc. On se fait dire qu’on porte une attention particulière au public et aux artistes. Ici, tout le monde est égal.»

J’étais donc sur ce toit, trempé à l’os, un sourire idiot aux lèvres et j’envisageais déjà la prochaine édition. Loin de moi l’idée de vous pondre une plogue ou de pisser du vinaigre sur d’autres festivals du genre, mais le FRIMAT 2012 aura été sûrement été, en ce qui me concerne, le festival le plus riche en «moments» de l’année. C’était un peu ça le «moment» finalement. «Wow. Je suis content de terminer ma carrière de chroniqueur chez BangBang avec un festival qui a tant d’âme…»

Merci, bonsoir…

… parce que, comme vous l’aurez peut-être lu dans l’édition du Voir de jeudi dernier, j’ai l’incroyable honneur de remplacer Olivier Robillard-Laveaux à titre de chef de la section du fameux hebdomadaire culturel montréalais. Comme mon blogue et ma chronique BangBang seront remisés pour (je me le souhaite) un sacré bout de temps, je voudrais aussi profiter de cette ultime chronique pour remercier nos lecteurs(trices) ainsi que nos collaborateurs qui n’ont pas hésité à s’égratigner les genoux et à se casser la gueule – bref, s’amuser tout en se faisant les dents dans une drôle de jungle : le journalisme culturel – avant de passer à un nouvel échelon. Mesdames et messieurs, ce fut un honneur de vous côtoyer.

Désormais, pour suivre les chroniques d’André Péloquin, vous faites ça ici.

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