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DisquesMac DeMarco – Rock and roll night club (Captured Tracks) Il y a des filles qui semblent avoir été mises sur Terre pour justifier l’existence du jeans taille haute, se disait Richard Azur en allumant une de ces cigarettes trop chères qu’il avait recommencé à fumer depuis l’ouverture des terrasses. Sur les trottoirs, devant les bars qui déversaient leur flot de noceurs incapables de tolérer la chaleur, les vrais fumeurs, ceux qui grillent des cigarettes de contrebande à l’année, observaient avec un mélange de dédain et d’admiration les fumeurs saisonniers («Je suis un fumeur social», se glorifiaient-ils) et ces paquets dorés de Benson & Hedges qu’ils agitaient au bout de leurs longs doigts immaculés. Il y a des filles qui fument des cigarettes et des filles sans cigarette. Il y a des filles qui semblent avoir été mises sur Terre pour justifier l’existence du jeans taille haute et celles qui tout l’été trimballent dans les parcs de la ville d’entêtants parfums de poudre pour bébés et de lavande, malgré ces cigarettes qu’elles fument à la chaîne, le smog et la chaleur oppressante, se disait Richard, s’abandonnant à un rare élan métaphysique. Mac DeMarco faisait couler dans ses oreilles, alors qu’il s’assoupissait dans l’herbe d’un parc où le soir venu des inconnus se feraient jouir sauvagement, des litres et des litres de crème de menthe verte. L’Edmontonais expatrié à Montréal chantait la pomme à toutes ces filles qui portent des bleus jeans (Baby’s wearin blue jeans) avec sa voix de DJ-FM-si-tu-restes-en-ligne-je-t’envoie-un-t-shirt. Vie et mort de Ricky Dee, se répéta Richard, comme on égrène les syllabes du prénom d’une fille rencontrée dans un bar la veille. «Ce serait un bon titre pour mon premier roman.» Pendant un instant, Richard eut l’impression que les piles de son baladeur jaune approchaient de la fin de leur vie utile. Une main glissée dans la poche de son jeans le ramena rapidement à l’été 2012 qui étalait devant lui tous les possibles. L’époque des baladeurs jaunes n’était qu’un vieux souvenir auquel Mac DeMarco donnait corps aujourd’hui. L’ex-Makeout Videotape, dans le iPod de Richard, élevait un monument à cet European Vegas qu’est Montréal avec sa fantomatique voix de crooner emprisonné dans un baladeur jaune dont les batteries commenceraient à fléchir à perpétuité. Richard marchait à présent sur une rue passante. Il entra dans la première taverne qu’il croisa. Il était environ 17h30 et un client déjà cruellement éméché vociférait «L’été est arrivé, tabarnac!». En dessous des clameurs et de tout ce que l’on tentait de taire en le hurlant, les haut-parleurs s’acharnaient à propager un message d’intérêt public: «Oh here she comes / Watch out boy she’ll chew you up / Oh here she comes / She’s a maneater». Le son du saxophone, même en sourdine, fit à Richard l’effet d’un long frisson. Le genre de frissons qui irradie tout le corps et monte à la tête sans avertissement en pleine canicule. 3,6 Benson & Hedges sur 5
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