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L'abominable homme des cons

Lettre à un jeune péquiste

Simon Jodoin
14 juin 2011

Une seule chose est nécessaire : la solitude. La grande solitude intérieure. Aller en soi-même et ne rencontrer pendant des heures personne, c’est à cela qu’il faut parvenir.  – Rainer Maria Rilke, Lettre à un jeune poète.

J’ai lu ta lettre, mon jeune ami, et j’ai failli m’étouffer de rire, m’éclater la rate. Je me suis retenu et ça me fait encore mal. Laisse-moi te citer.

Nous sommes d’une génération qui est ouverte sur le monde, préoccupée par la qualité de vie dans notre coin de pays, mais aussi par le sort de celles et ceux qui vivent aux quatre coins de la planète. Pour nous, la solidarité dépasse les frontières.

(…)

Nous sommes souverainistes, car nous croyons qu’il faut plus de Québec dans le monde pour défendre la démocratie, les valeurs de paix, de solidarité, pour le développement durable et la protection de l’environnement et pour assurer, bien sûr, le rayonnement de notre culture.

Nous sommes souverainistes, car nous voulons bâtir une société à l’image de notre génération, de ceux qui nous suivent et de ceux qui nous ont précédés. La souveraineté nous permettra de fonder en Amérique du Nord un nouveau pays basé sur des valeurs de solidarité et de partage de la richesse.

Ces phrases que tu écris, j’aurais pu les lire dans un pamphlet de la ligue pour la protection des cactus, dans un dépliant du mouvement pour la promotion de l’amour entre les éléphants, dans une encyclopédie de botanique et même dans le Reader Digest.

Tu me dis qu’il faut « plus de Québec dans le monde »… Que veux-tu dire mon jeune ami? Mais que veux-tu dire? Qu’est-ce que cela signifie? Le Québec est-il une substance? Le monde est-il un récipient? Mais où veux tu en venir avec cette sauce où tu mets de la solidarité, de l’environnement, du rayonnement et du durable? Que me dis-tu? Prends mon conseil mon ami : Économise tes mots… Investis dans les idées.

Mon ami… Tu dois choisir. Es-tu un Tree Hugger ou un citoyen qui porte sur tes épaules un projet de pays? Un projet pour lequel tu dois me convaincre. M’allumer.

Moi, tu vois, je me fais vieux. J’ai soif de ton inspiration. Parle-moi de toi.

Ce qui te fait obstacle, mon ami, ce n’est pas un vieux dinosaure qui a naguère dirigé le mouvement auquel tu prends part… Ton obstacle, c’est toi-même.

Toi-même… Ton chapeau, ton costume, ta manière de crier « on veut un pays » comme un cri tribal de ralliement dans les rassemblements où, au son des tam-tams des espoirs évanouis, tu te laisses porter par le mouvement. Toi-même je te dis. Ta cravate. Ton costume. Ta tête de con qui fait oui oui quand on te bouge. Il est là ton obstacle, jeune péquiste. Tu as l’air d’un agent d’immeuble qui tente de me vendre une maison sans fondation, mais avec des cadres accrochés aux murs…

« On veut un pays ». J’entends cette phrase à toutes les fois où tu sors en groupe. Pourquoi on ? … Pourquoi ce manque de conviction dans ton cri? Comme si toi-même, seul que tu es, nu quand tu te couches le soir, tu n’étais au fond personne. Comme quand tu invites les néo-poètes à la petite semaine pour te chanter « libérez-nous des libéraux »… Pourquoi cette prière où le je n’a jamais droit de cité? À qui t’adresses-tu? Qui me parle? J’en viens à me demander, existes-tu mon jeune ami? N’es-tu seulement qu’une évaporation de prière en groupe? Est-ce que ces incantations ne sont que des suppositoires pour guérir les extinctions de voix? Tu t’en rentres combien dans le cul par semaine, mon ami?

Penses-y sérieusement… Si ce qui te fait ombrage c’est réellement ton vieil oncle qui radote la même chose depuis plus de cinquante ans, c’est toi, mon ami, qui a un foutu problème.

Ça fait bien quinze années, mon ami, que je t’observe et que j’attends ta lettre. Je m’imaginais un peu naïvement que tu avais quelque chose à me dire, quelque chose à m’expliquer… J’entends, enfin, tu me comprends… Il me reste un pays à te dire… J’avais ce vers en suspens quelque part dans l’oreille, bloqué, au point de me rendre sourd. Comme un bouchon. Toi, mon jeune ami, souhaites-tu me guérir de ma surdité ou me faire regretter de ne pas être aussi aveugle ?

Où es-tu mon ami ? Où es-tu quand ceux qui marchent à tes côtés bâillonnent mes concitoyens qui n’ont pas l’heur d’être né dans le même destin que le tien ? Quand ceux qui ne parlent pas ma langue sont exclus de l’idée de nation que tu tentes de me vendre ? Où es-tu quand lorsque je fête ce que nous sommes devenus, la moitié de mes voisins sont accusés de « génocide culturel » ou quelque chose du genre de pas propre? Où es-tu quand dans tes rangs on traite de « vendeur de char usagé » et de « crosseur professionnel » un citoyen de ton pays ? À ces occasions, mon ami, es-tu en train de parler avec ton vieil oncle ou te demandes-tu, parfois, ce que ma rue est devenue pendant que tu classais tes souvenirs de famille ?

Mon ami… Lorsque tu auras terminé de contempler tes albums photos en noir en blanc, dans ta caverne, j’aimerais t’inviter à marcher avec moi. Le soleil est chaud et haut dans le ciel en cette saison qui est la mienne. Dans la lumière, comme tu le sais, convergent toutes les couleurs. Après quelques minutes, tes yeux devraient s’habituer.

Mon ami, la prochaine fois, parle-moi.

4 commentaires
  • Pat
    15 juin 2011

    Moi… dans tout ca, je me demande toujours… mais pourquoi? Faire rayonner le Quebec, se prendre en mains, se batir un societe fiere… est-ce que ca prend vraiment une ligne sur une carte?

  • Marian Elie
    15 juin 2011

    Excellente réplique M. Jodoin avec beaucoup d’humour, mais surtout avec beaucoup de cohérence et de pertinence. Je ne suis guère souverainiste, mais si un jour la société québécoise arrête de quémander et de jouer la pauvre victime… Et décide finalement de se prendre main, d’assumer ses responsabilités, parvient a devenir autonome et prospère, tout en étant fière et avide du succès, Là, se serait peut-être enclin qu’elle devienne indépendante… Mais pour y parvenir elle devra prendre une sérieuse tangente afin de prendre des allures qui ressemblent plus a celles de l’Alberta plutôt que celles de Cuba !!!

    Marian Elie

  • Pistov
    15 juin 2011

    allélouille-je!

  • Yann Ménard
    30 novembre 2011

    Ma seule interrogation, Simon : pourquoi attends-tu l’opinion de ce type là-dessus ?

    Je ne comprends pas ta ligne argumentative. On s’en fout de ce qu’en pensent les jeunes péquistes, ou de comment ils le pensent, ou de comment ils le disent. Et on s’en fout de savoir si un Québec souverain sera mieux ou pire économiquement, ou s’il penchera à droite ou à gauche; on s’en fout autant que de la coupe de cheveux de Marois et Duceppe.
    Qu’on veuille la souveraineté ou qu’on lui préfère la fédération canadienne, ce genre de choix ne devrait pas être circonstanciel.

    Il n’y a selon moi qu’un seul argument qui vaille pour vouloir la souveraineté; un argument en trois temps : 1) il faut souscrire à l’idée qu’il existe bel et bien une nation québécoise distincte, 2) vouloir que celle-ci continue d’exister de manière distincte, et 3) croire que le meilleur moyen d’y parvenir soit de la doter d’un état souverain.

    Si tu n’es pas par toi-même déjà convaincu de ces trois points, alors arrête simplement d’écouter les jeunes péquistes, tu perds juste ton temps. Ce n’est ni eux ni personne qui t’en convaincront jamais.

    Amicalement.

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